Macro-économie / Taux
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La chaleur influerait sur le crédit bancaire en France / Comment elle modifie l’accès au financement des PME
Quand la chaleur s’invite dans les décisions des banques. Un document de travail de la Banque de France réalisé par Skander Maraoui et Olivier de Bandt met en évidence que les banques françaises intègrent déjà, de manière implicite ou explicite, les risques liés à la température dans leurs décisions de prêt aux microentreprises et PME.
En distinguant deux dimensions du risque thermique, les épisodes de chaleur aiguë et le réchauffement chronique, l’étude montre que ces deux formes d’exposition ne produisent ni les mêmes effets, ni les mêmes temporalités de réaction du système bancaire. Les résultats, qui s’appuient sur des données couvrant la période 2010 à 2023, indiquent que la croissance du crédit diminue significativement lorsque l’exposition des entreprises aux températures élevées augmente. Cette contraction ne touche pas uniformément l’ensemble du financement : elle est particulièrement concentrée sur les crédits de moyen et de long terme.
Les épisodes de chaleur extrême provoquent des ajustements rapides du crédit, traduisant des perturbations immédiates de l’activité économique (baisse de productivité, tensions sur les chaînes de production locales, ou recul temporaire de la demande). Ces effets sont toutefois relativement transitoires, avec un retour progressif vers les tendances initiales. À l’inverse, le réchauffement climatique tendanciel entraîne des ajustements plus lents mais persistants, compatibles avec une révision structurelle du risque perçu par les banques.
D’autre part, les auteurs mettent en évidence une forte hétérogénéité sectorielle. Les secteurs du commerce et du transport, ainsi que ceux de l’industrie manufacturière et extractive, apparaissent particulièrement vulnérables aux deux formes de risque thermique. Inversement, des secteurs comme l’immobilier et la construction, les utilities, l’hébergement et les loisirs, ou encore les services et les technologies de l’information, réagissent davantage aux épisodes de chaleur extrême qu’au réchauffement de long terme. L’étude mentionne aussi qu’il existe des effets non linéaires, il y aurait donc des seuils de sensibilité au-delà desquels les banques modifient plus fortement leur comportement de prêt.
« Dans leur ensemble, ces résultats invitent à repenser la nature du risque climatique dans le secteur financier », estiment Olivier de Bandt et Skander Maraoui, considérant que le réchauffement progressif et les événements extrêmes ne peuvent pas être traités comme deux expressions interchangeables d’un même phénomène. « Pour les autorités de supervision et les décideurs publics, ces résultats soulignent l’importance de cadres d’analyse plus granulaires. Une approche uniquement agrégée du risque climatique risque de masquer des effets importants sur certains secteurs ou territoires », soutiennent-ils.
Les deux économistes expliquent aussi que cela pose la question du maintien de l’accès au financement de long terme pour les entreprises les plus exposées. « Si le crédit se raccourcit systématiquement sous l’effet du risque climatique, cela pourrait limiter les capacités d’investissement nécessaires à l’adaptation des firmes elles-mêmes. Autrement dit, sans dispositifs adaptés, le système financier pourrait non seulement refléter le risque climatique, mais aussi contribuer à en amplifier certaines conséquences en contraignant la transformation de l’économie réelle », pointent-ils.
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