Macro-économie / Taux
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Finances publiques : quand la Zambie électrifie une créance / Un échange « dette-énergie » qui pourrait essaimer
La Zambie fait d’une pierre deux coups. Le pays vient de boucler une opération financière présentée comme sans précédent par nombre d’observateurs : un échange « dette contre énergie » (debt-for-energy swap). L’opération porte sur le rachat anticipé de 1,36 milliard de dollars de dette obligataire qui arrivait à échéance en 2053. Le gouvernement a obtenu l’approbation des créanciers pour racheter cette dette grâce à un prêt semi-concessionnel, d’une maturité de 17 ans avec un différé de remboursement de 8 ans, de 600 millions de dollars accordé par la Banque africaine de développement (BAD), le reste venant de ressources propres du pays.
Cette opération permet à la Zambie de liquider un instrument financier hérité de la restructuration de sa dette. Celui-ci comportait une clause contingente liée au Debt Carrying Capacity (DCC), un indicateur utilisé par le Fonds monétaire international (FMI) pour mesurer la capacité d’un pays à supporter son endettement. Si ce score s’améliorait, comme cela était anticipé avec la reprise économique du pays, le mécanisme prévoyait une hausse progressive du coupon, pouvant porter le taux d’intérêt jusqu’à 7,5 %, contre 0,5 % jusqu’à aujourd’hui.
Tant et si bien que le gain est double. D’une part, la dette a été rachetée avec une décote d’environ 17 %, réduisant immédiatement le stock d’endettement du pays. D’autre part, les charges d’intérêts futures diminuent sensiblement grâce à un financement beaucoup moins coûteux, le coupon associé au prêt de la BAD étant très inférieur à 7,5 %. Sans compter que Lusaka se défait d’un instrument particulièrement délicat à manier, dont la dynamique est difficilement prévisible, dans la mesure où le DCC ne repose pas exclusivement sur des données en dur.
Ces économies alimenteront pendant quinze ans des investissements dans le réseau de distribution électrique à hauteur de 275 millions de dollars. L’enjeu n’est pas mineur pour un pays où près de la moitié des 22 millions d’habitants ne disposent toujours pas d’un accès fiable à l’électricité.
Les opérations de debt-for-development swap ne sont pas nouvelles (réduction de la dette d’un pays en échange de la mise en œuvre de projets de développement), toutefois celle réalisée par la Zambie est inédite à plusieurs égards.
La première innovation réside dans le rôle joué par la BAD. Jusqu’à présent, ce type de montage reposait généralement sur l’Agence américaine de développement (DFC), qui apportait une garantie permettant aux États de lever des fonds à moindre coût. « Cette fois, la BAD est allée plus loin en prêtant directement les fonds nécessaires au rachat de la dette. Cette architecture apparaît plus simple, moins coûteuse et plus lisible pour les investisseurs », explique à WanSquare, Jérôme Alexis, gérant chez Lazard, qui a conseillé la Zambie sur l’opération. En effet, les montages précédents étaient en grande partie fondés sur des véhicules ad hoc complexes.
La deuxième innovation concerne l’usage des économies générées. Pour la première fois, les ressources dégagées financent des infrastructures énergétiques. « Le choix traduit une logique plus directe de développement : améliorer l’accès à l’électricité, soutenir la croissance et renforcer la résilience du réseau national », juge Jérôme Alexis.
Enfin, il y a du neuf côté gouvernance avec un partenariat public-privé. Le coordinateur du programme chargé de déployer les économies générées n’est pas une ONG, mais un acteur issu du secteur privé, Africa GreenCo. Celui-ci a créé une « compagnie-projet » privée avec des représentants du gouvernement au board, mais en position minoritaire. « Cela pourrait servir de modèle reproductible pour d’autres pays et d’autres secteurs, en offrant un cadre plus souple, plus efficace et pérenne », estime Jérôme Alexis. Le contexte géopolitique, marqué par un effondrement de l’aide internationale au développement, pourrait également renforcer les ambitions de certains pays.
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