Macro-économie / Taux
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Fed : Kevin Warsh lance une réflexion sur son cadre conceptuel / Cinq groupes de travail déployés
« Dans toute institution, un changement de direction constitue une occasion naturelle et opportune de réaffirmer sa mission, d’examiner ses pratiques actuelles et de déterminer si celles-ci répondent au mieux à ses objectifs». C’est peut-être la phrase la plus importante que Kevin Warsh, président de la Réserve fédérale américaine (Fed), a prononcée hier soir, à l’occasion du compte-rendu des discussions du Comité de politique monétaire (FOMC). Comme c’était attendu, celui-ci a choisi, à l’unanimité, de laisser inchangé le niveau des taux d’intérêt directeurs, c’est-à-dire dans une fourchette comprise entre 3,5% et 3,75%.
Alors que l’inflation s’est établie à 3,8% en glissement annuel au dernier relevé et n’a eu de cesse de se situer au-dessus de l’objectif de la Fed depuis 2021, le successeur de Jerome Powell a déclaré que c’était « un fardeau pour les Américains ». Propulsé à la tête de la Fed par Donald Trump pour baisser les taux d’intérêt, le banquier central a affirmé que le FOMC rétablira la stabilité des prix et qu’il le fera en toute indépendance.
Jusqu’ici rien de bien surprenant. Toutefois, sur un autre terrain, celui qui fut gouverneur de la Fed pendant la crise financière mondiale a fait des déclarations qui ont pour le moins intrigué. En effet, Kevin Warsh a indiqué mettre en place un groupe de travail dans chacun des cinq domaines qui sont au cœur de la conduite générale de la politique monétaire.
Pour chacun de ces groupes de travail il est prévu de faire appel « à certains des meilleurs experts, tant au sein qu’en dehors de la profession économique », ajoutant que « leur mission sera simple et directe : repartir des principes fondamentaux ; poser les questions difficiles ; examiner les pratiques actuelles ; envisager des alternatives ; et, en définitive, proposer des pistes d’action que les décideurs pourront étudier ».
D’une part, la façon de communiquer de la Fed sera analysée. « Depuis l’été dernier, mes collègues réfléchissent à d’éventuelles améliorations […]. Ce nouveau groupe de travail s’appuiera sur ces efforts et, je l’espère, proposera plusieurs changements mûrement réfléchis, notamment concernant le SEP (Summary of Economic Projections) », a-t-il précisé.
Pour rappel, le SEP consiste notamment, pour chacun des membres du FOMC, à dévoiler sa prévision, une fois par trimestre, concernant la trajectoire du taux d’intérêt selon ce qu’il estime être pertinent pour l’atteinte des objectifs de la Fed en matière d’inflation et de taux de chômage. Cet outil est critiqué par Kevin Warsh car créant, selon lui, un biais d'engagement pour les grands argentiers. « La Fed s’accroche plus longtemps à ces prévisions qu’elle ne le devrait », avait-il dénoncé.
D’autre part, un groupe de travail se consacrera à la politique de bilan et examinera les avantages et les risques du régime actuel de réserves abondantes, ainsi que la composition du bilan de la Fed. Il évaluera également des cadres alternatifs pour la conduite et la mise en œuvre de la politique monétaire. La taille du bilan de la Banque centrale américaine a explosé après la crise financière mondiale pour éviter que les Etats-Unis connaissent une déflation. Cette politique non-conventionnelle a toujours suscité la circonspection de Kevin Warsh, qui a estimé dans le passé que l'empreinte de la Fed sur le système financier était devenue trop importante.
Le troisième groupe de travail, lui, sera consacré aux données et évaluera de nouvelles sources d’information et envisagera des évolutions méthodologiques afin d’améliorer la collecte des données. « L’objectif est de fournir aux décideurs des informations plus précises, plus pertinentes, plus contemporaines et, peut-être surtout, plus directement exploitables sur l’état de notre économie », a déclaré Kevin Warsh.
Quatrièmement, il y aura un groupe de travail sur la productivité et l’emploi qui analysera le rythme de développement, l’ampleur de la diffusion et l’impact économique des nouvelles technologies à usage général, y compris l’intelligence artificielle (IA). Il étudiera leurs implications pour la Fed dans la poursuite de ses mandats en matière d’emploi et de stabilité des prix.
Enfin, "le groupe de travail sur les cadres de lutte contre l’inflation examinera les déterminants de l’inflation à partir des principes fondamentaux et évaluera l’ensemble des approches susceptibles d’assurer la stabilité des prix dans une économie en mutation", a expliqué Kevin Warsh.
A noter que le président de la Fed a précisé que l'objectif d'inflation de 2% par an sur le long terme n'entrait pas dans le périmètre de la mission.
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