Start-up / Private Equity
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Moins de sorties, moins de capitaux levés : comment les fonds de capital-risque peuvent-ils s’adapter aux nouvelles réalités du marché ? / Certains moyens de se démarquer auprès des investisseurs
En Europe, le capital-risque a moins d’argent… mais toujours des idées. Si les jeunes entreprises investies par les fonds de capital-risque (VCs) obéissent depuis quelques années à de nouveaux paradigmes, les VCs ne font pas exception à la règle. Depuis la remontée des taux d’intérêt de 2022 et les contraintes de sorties auxquelles leurs gérants (GPs) font désormais face, les redistributions de liquidités à leurs investisseurs (LPs) ralentissent. Ce qui, conjugué à certaines tendances de réallocation sur des classes d’actifs plus traditionnelles, réduit mécaniquement les capitaux disponibles à pouvoir être levés.
Et de fait, selon le dernier rapport d’Invest Europe, 316 fonds de VC ont levé 17 milliards d’euros l’année dernière, ce qui représente un net recul de 29 % sur un an, tandis que la durée de détention des participations s’est aussi allongée. « La saine époque où il était possible de boucler un fonds de 100 millions d’euros en quelques mois, avec dix investisseurs, est révolue. Il y a beaucoup de négociations qui s’étendent désormais, tandis que la diversité des LPs s’agrandit. Certaines clauses peuvent aussi leur être de plus en plus favorables, ou être plus rigoureuses », estime Thibault Dupont-Nougein, associé au sein du bureau parisien de Hogan Lovells, spécialiste en structuration de fonds. Parmi ces dernières, l’on peut retrouver la négociation plus stricte sur la gouvernance d’un fonds et de ses gérants clés, ou bien un calibrage plus serré des frais dont les investisseurs supportent une quote-part.
Se démarquer
Le paysage des investisseurs semble effectivement en mouvement, notamment au regard de la part toujours plus grandissante des acteurs publics : les agences gouvernementales ont pesé à hauteur de 40 % dans le total des fonds levés par les VCs européens l’année dernière, soit un bond de plus de 10 points sur un an. Et alors que les grands investisseurs institutionnels traditionnels (banques, assurances, fonds de pension) ont vu leur poids se réduire sur le segment du capital-risque, d’autres typologies de LPs poursuivent leur montée en puissance. C’est le cas, par exemple, des family offices et des investisseurs particuliers fortunés. Ensemble, ils ont pris la deuxième position des financeurs des fonds de capital-risque européens en 2025, à 19 %. Ils ont ainsi devancé les corporates (17 %).
Leur présence a par ailleurs rebondi depuis 2024 et reste peu éloignée de son niveau de 2021. « Cela permet de diversifier les sources de financement, avec des investisseurs qui ont aussi un peu moins de contraintes réglementaires ou de structuration pure, mais capables d’investir des tickets intéressants. D’autant que le dialogue s’opère facilement avec eux, dans la mesure où leur mentalité se rapproche davantage de celle d’un business angel », remarque l’avocat. Dans un secteur hautement concurrentiel, l’historique reste le plus important pour convaincre les investisseurs, estime-t-il. Ce qui rend, il est vrai, les levées plus délicates pour les fonds qui se prêtent à l’exercice pour la première fois.
Dans la structuration des fonds, aussi, des tendances vont en s’accélérant afin de se démarquer auprès des investisseurs. Alors que les fonds « standards », qui réunissent tous les souscripteurs et déploient ensuite directement les investissements, étaient auparavant la norme, d’autres mécanismes semblent désormais aussi intéressants. C’est le cas, par exemple, des différentes catégories de parts dans les fonds, permettant d’ajuster les termes économiques en fonction, avec des taux de management fees différents. Ou bien encore de véhicules de co-investissement, où le carried interest touché par les gérants et les frais sont réduits, explique l’avocat. « Il y a aussi les fonds nourriciers, adossés à un assureur ou une banque et permettant de lever des fonds auprès de personnes physiques. De nombreux canaux existent pour attirer les investisseurs et il est de plus en plus fréquent de voir plusieurs véhicules qui, pris en entier, forment un fonds », résume Thibault Dupont-Nougein, ajoutant que le lancement d’une nouvelle stratégie pouvait aussi être une pratique utilisée par les GPs pour se différencier. « Il y a beaucoup de créativité dans ce milieu », ajoute-t-il.
Des tendances qui se diffusent
Le raisonnement se duplique aussi aux mécanismes de sortie. Il est vrai qu’elles ont effectivement nettement marqué le pas, l’année dernière, en Europe. Les faillites d’entreprises en portefeuille de VCs ont même pris le pas sur les sorties réalisées en bonne et due forme (cession à d’autres fonds, à des industriels ou introductions en Bourse), rapportait une récente étude du cabinet Interpath. Mais les tendances qui s’observent sur l’ensemble des classes d’actifs privés se reflètent dans le venture. Les fonds de continuation, très en vogue dans le capital-investissement depuis plusieurs années, commencent aussi à se répandre dans le capital-risque, observe Thibault Dupont-Nougein. « Cela permet à la fois de retourner des liquidités aux investisseurs qui le souhaitent, mais aussi de garder un actif en portefeuille. C’est intéressant pour un VC, puisque la valeur d’une participation peut augmenter de manière exponentielle. Les fonds de continuation sont devenus une vraie voie de sortie », indique-t-il.
En attendant, le tableau du capital-risque européen n’est pas entièrement sombre. Bien que le nombre de sorties s’affiche en recul, les cessions d’actifs se sont par exemple maintenues à flot en valeur et ont atteint 3,2 milliards d’euros, soit une hausse de 4 % par rapport à l’année précédente, note Invest Europe, tirée par la vente à des acquéreurs stratégiques. Et la mécanique d’investissement ne s’est pas complètement enrayée. Les VCs européens ont investi davantage de fonds dans les start-ups l’année dernière, à hauteur de 20 milliards d’euros, pour plus de 4 800 entreprises. Ce qui représente une légère hausse de 4 % sur un an, d’après Invest Europe. Sans surprise, les sociétés du secteur de la défense ont aussi été bien davantage à être financées – en hausse de 62 % sur un an.
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