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Macro-économie / Taux

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France : ces étonnantes révisions de la croissance par l’Insee / Le regard neuf qu'elles permettent de jeter sur l’économie hexagonale

La croissance du Produit intérieur brut (PIB) en 2023, et dans une moindre mesure en 2024, a été sensiblement réévaluée à la hausse. Si cette modification n’a pas d’impact sur les finances publiques, elle invite néanmoins à établir une analyse différente sur l’évolution de la productivité du travail, qui avait jusqu’ici fait l’objet de jugements particulièrement sévères.
Sébastien Lecornu, Premier ministre - Photo par STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
Sébastien Lecornu, Premier ministre - Photo par STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

L’économie française s’est bien mieux comportée qu’on ne le pensait en 2023 et 2024. Par rapport aux premières estimations de l’Insee, la croissance du Produit intérieur brut (PIB) en volume de chacune de ces années a été révisée à la hausse de respectivement 1 et 0,3 point, a révélé l’institut statistique, pour atteindre 1,9% et 1,4%. Après plusieurs années, les révisions de l’Insee s’élèvent en moyenne autour de 0,3 point, 2023 apparaît ainsi comme une sacrée anomalie.

« La révision du PIB s’explique surtout par la forte inflation en 2023 et des évolutions de prix très différentes selon les produits. Cela a rendu les calculs plus difficiles, car il faut séparer ce qui relève des prix et ce qui relève des volumes », indique à WanSquare Marie Leclair, cheffe du département des comptes nationaux de l’Insee. « Comme les variations étaient très fortes, les petites erreurs de mesure ont eu plus d’impact. De ce fait, les différentes sources de données utilisées pouvaient raconter des histoires un peu divergentes, ce qui a compliqué l’obtention d’un chiffre final », ajoute l’économiste.

Cette réévaluation du partage prix-volume implique à première vue que les conséquences pour les finances publiques sont neutres. En effet, c’est la croissance en valeur qui importe pour celles-ci puisque influant sur la vitesse de progression des recettes perçues par les administrations publiques. Oui mais voilà, en regardant de plus près les comptes nationaux, on peut constater que le Produit intérieur brut (PIB) en valeur a également été révisé à la hausse, même si dans une bien moindre ampleur que sa composante volume.

Avec le recul, on peut donc se demander pourquoi les recettes publiques, au cours de l’année 2023 marquée un dérapage budgétaire, n’ont pas été plus allantes. « L'une des raisons de la révision du PIB en valeur tient notamment au traitement des stocks. Les entreprises valorisent ceux-ci selon les règles comptables : les stocks du début d'année sont valorisés aux prix du début d'année et ceux de fin d'année aux prix de fin d'année », nous explique Marie Leclair.

Dans le détail, « en comptabilité nationale, nous corrigeons cela afin d'éliminer les effets purement liés aux variations de prix. Sinon, la variation des stocks refléterait en partie l'inflation plutôt que des phénomènes économiques réels », poursuit-elle. Or, « pour la comptabilité des entreprises, cette correction n'existe pas », rapporte Marie Leclair, qui souligne que « c’est cette comptabilité qui sert notamment à calculer l'impôt sur les sociétés (IS). Il est donc normal qu'il existe une divergence entre notre mesure économique du PIB et les bases fiscales utilisées pour l'IS ».

N’y aurait-il donc rien à retenir de cette nouvelle mouture des comptes nationaux ? Pas vraiment. Cela permet entre autres choses de corriger le diagnostic qui a souvent été porté dans le débat public à propos d’un effondrement de la productivité en France. En effet, puisque la croissance en volume a été révisée à la hausse, contrairement à la quantité de personnes en emploi laissée inchangée, alors chaque travailleur a généré davantage de valeur ajoutée qu’on ne le pensait.

Initialement, entre fin 2019 et fin 2023, l’emploi salarié marchand progressait de +6,6 % en France alors que la valeur ajoutée des secteurs marchands non agricoles augmentait de +2,2 %. C’est l’inverse de ce qu’il se passait en zone euro. « Dans les nouveaux comptes, la productivité des salariés du secteur marchand non agricole retrouve dès fin 2023 son niveau d’avant-crise (+6% de valeur ajoutée et +6.1% d’emplois salariés). Et au premier trimestre 2026, elle dépasse désormais de 2,6 % son niveau de 2019 », relève Eric Heyer, directeur du département « analyse et prévision » de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

L’économiste reconnaît qu’un accroissement de la productivité du travail de 2,6 % en six ans reste plutôt faible toutefois il est plutôt semblable à ce qu’on observe ailleurs en Europe. « La France n’apparaît plus comme le principal maillon faible européen depuis la crise sanitaire. Le retard accumulé vis-à-vis de ses partenaires semble résorbé depuis la mi-2024 », juge-t-il.

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