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La démonstration belge de BNP Paribas / Comment le groupe veut transformer le retail banking
BNP Paribas consacrait lundi un « Deep Dive » à sa filiale belge, BNP Paribas Fortis, opérant sous la bannière CPBB - Commercial & Personal Banking Belgium. L'exercice avait une visée précise : démontrer que, même dans un marché bancaire mature, la combinaison de l’intelligence artificielle, de la discipline des coûts et de l’optimisation du capital peut encore faire bondir la rentabilité.
Le message adressé au marché est d’ailleurs particulièrement ambitieux. BNP Paribas relève les objectifs de rentabilité de sa banque commerciale belge à 22 % de RONE avant impôt - le rendement des fonds propres alloués à l’activité - en 2028, contre 20 % auparavant, puis à 25 % en 2030, contre 23 % précédemment. Un saut spectaculaire par rapport aux 13,6 % affichés en 2025. Dans le même temps, la contribution de la Belgique à la trajectoire de RoTE (return on tangible equity, ou rentabilité des fonds propres tangibles) du groupe est revue à la hausse, à environ +0,5 point d’ici 2028 contre +0,3 point auparavant, renforçant l’objectif désormais affiché par BNP Paribas d’un RoTE « au-dessus de 13 % en 2028 ».
Le sujet dépasse largement la seule filiale belge. BNP Paribas présente désormais la Belgique comme l’un des démonstrateurs les plus avancés de la transformation de ses banques commerciales en zone euro. « Mon équipe et moi sommes en train de construire la banque commerciale de demain en Europe », a ainsi résumé Yannick Jung, directeur de Commercial & Personal Banking Eurozone chez BNP Paribas.
Une franchise bancaire ultra-dominante
Le terrain belge offre il est vrai des caractéristiques particulièrement favorables. BNP Paribas Fortis revendique des positions de numéro un sur l’ensemble de ses grandes franchises : banque des particuliers, banque privée et banque d’entreprises. Le groupe contrôle ainsi 27 % des comptes courants du marché belge, 23 % des crédits hypothécaires et 25 % des prêts corporate. Dans la banque privée et la gestion de fortune, les actifs sous gestion atteignent 125 milliards d’euros, plaçant la filiale largement devant ses concurrents belges. Avec 88 % de pénétration auprès des grandes entreprises belges comme banque principale, CPBB domine également la banque de financement et d'investissement locale.
La taille du marché constitue un autre argument central du raisonnement présenté aux investisseurs. BNP Paribas rappelle que le patrimoine financier des ménages belges atteint 109 000 euros par habitant, très au-dessus de la moyenne européenne, tandis que l’économie belge reste fortement exportatrice et dominée par les entreprises familiales. "Nous sommes une économie ouverte, où les entreprises familiales dominent », a souligné Michael Anseeuw, directeur général de BNP Paribas Fortis et responsable de Commercial & Personal Banking en Belgique.
Surtout, BNP Paribas estime disposer en Belgique d’une architecture de distribution difficilement réplicable ailleurs en Europe. Le groupe revendique plus de 1 000 points de présence, mais avec un modèle largement flexibilisé grâce aux partenariats avec Bpost et au recours aux agences indépendantes. « Plus de 85 % [du réseau] repose désormais sur une base de coûts variable », a précisé Michael Anseeuw à propos du réseau physique belge.
Cette logique hybride physique-digital apparaît au cœur de la stratégie. BNP Paribas Fortis revendique « la plus grande base d’utilisateurs de banque digitale en Belgique pour les particuliers », avec 3 millions d’utilisateurs actifs et 1,2 milliard de sessions en 2025. Plus de 40 % des ventes bancaires et d’assurance transitent déjà par les canaux digitaux.
L’industrialisation de l’intelligence artificielle
L’accélération de l’intelligence artificielle constitue désormais l’étape suivante. BNP Paribas explique vouloir « industrialiser l’IA pour les économies de coûts dans les opérations et le servicing ». L’objectif affiché est massif : près de 7 millions d’interactions via assistants virtuels en 2028 contre 1 million en 2025, soit une croissance annuelle moyenne supérieure à 90 %.
La banque détaille déjà plusieurs cas d’usage : automatisation du KYC, assistants conversationnels, tarification intelligente des crédits hypothécaires, outils d’assistance aux centres d’appels ou encore systèmes d’analyse commerciale destinés aux chargés de clientèle. Les dirigeants évoquent également des « role specific assistants » pour les métiers de la banque privée, du marketing ou de l’informatique.
Le sujet est loin d’être uniquement technologique. Toute l’équation financière du plan repose sur cette industrialisation progressive. BNP Paribas vise une croissance annuelle moyenne des revenus de 9 % entre 2025 et 2028, principalement portée par le produit net d’intérêt, tout en abaissant le coefficient d’exploitation d’environ 10 points, à près de 59 % en 2028. Le groupe promet « plus de +5 % d’effet de ciseaux positifs par an en moyenne ».
Faire croître les revenus sans consommer de capital
La Belgique sert également de laboratoire pour la gestion du capital réglementaire. BNP Paribas entend démontrer qu’il est possible de faire croître les revenus bien plus vite que les actifs pondérés du risque. La banque prévoit ainsi une hausse des crédits d’environ 2 % par an entre 2025 et 2028, mais une progression des RWA inférieure à 1 %, « limitée à la moitié de la croissance des crédits ».
Pour y parvenir, BNP Paribas accélère les opérations de titrisation, les solutions d’assurance sur certains financements spécialisés et les dispositifs d’optimisation sous CRR3. « Nous avons mis en place un programme complet d’optimisation des RWA qui devrait permettre de générer près de 20 milliards d’euros d’économies cumulées de RWA d’ici 2028 », a détaillé Franciane Rays, directrice financière de BNP Paribas Fortis et de Commercial & Personal Banking Belgium.
Le profil de risque de la banque belge constitue un autre élément clé de la démonstration. Près de 45 % du portefeuille de crédits est constitué de prêts hypothécaires résidentiels, décrits comme caractérisés par « un coût du risque quasi nul et une faible volatilité ». BNP Paribas prévoit ainsi un coût du risque d’environ 10 points de base par an en moyenne sur le cycle, l’un des niveaux les plus faibles du secteur bancaire européen.
L’effet plateforme du modèle BNP Paribas
Autre message important du Deep Dive : la transformation de CPBB ne se joue pas en silo. Les infrastructures partagées permettent à la filiale de bénéficier d'économies d'échelle sans en supporter seule les coûts. Par exemple, le Payment Competence Centre, hub de traitement des paiements déployé par CPBB et aujourd'hui opérationnel dans plus de 23 pays du groupe - dont BNP Paribas France et BNL en Italie - a permis une réduction de 67 % des coûts de traitement.
Une logique de mutualisation qui s'étend aux revenus. En 2025, les activités de CPBB ont généré plus de 700 millions d'euros de revenus additionnels pour le reste du groupe : plus de 200 millions dans les métiers de gestion d'actifs et de protection (IPS), environ 250 millions dans la banque de financement et d'investissement (CIB) et environ 250 millions dans les services financiers spécialisés (CPBS). « Pour chaque 100 euros de revenus générés par un client corporate chez CPBB, 32 euros additionnels sont générés ailleurs dans BNP Paribas hors Belgique », a détaillé Michael Anseeuw.
BNP Paribas chiffre même à plus de 700 millions d’euros les revenus additionnels générés en 2025 dans le reste du groupe grâce aux activités belges. Une manière de rappeler que derrière le cas belge, c’est toute la logique du modèle intégré européen de BNP Paribas qui est désormais mise en avant auprès des investisseurs.
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