Macro-économie / Taux
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Épargne : une double défaite française / Ménages et entreprises en font les frais
Epargner beaucoup, gagner peu. La France affiche un taux d’épargne financière élevé, comparable à celui des États-Unis, voire supérieur ces dernières années. Pourtant, le patrimoine financier des ménages reste très inférieur à celui des Américains, des Danois ou des Suédois lorsqu’il est rapporté au revenu disponible brut. « Si le patrimoine financier des Français était au niveau de celui des Américains ou des Scandinaves, il serait presque deux fois plus élevé », souligne une étude de Rexecode.
Ce paradoxe s’explique principalement par la composition même de cette épargne. Les ménages français privilégient les placements peu risqués : dépôts bancaires, livrets réglementés et assurance-vie en fonds euros. En regardant les actifs réellement détenus derrière les produits financiers, Rexecode constate que les actions ne représentent qu’environ 19 % du patrimoine financier des Français. Et même parmi les ménages les plus aisés, cette proportion reste limitée.
Inversement, les pays d’Europe du Nord et les États-Unis ont massivement développé des véhicules d’épargne de long terme investis en actions, notamment via les fonds de pension. De sorte que le rendement du patrimoine est nettement supérieur sur longue période. Rexecode estime l’écart de rendement annuel moyen entre les patrimoines financiers français et scandinaves entre trois et quatre points de pourcentage.
Faut-il y voir la conséquence d’une plus grande aversion au risque du côté de l’Hexagone ? Les enquêtes internationales montrent qu’elle est proche de la moyenne européenne. Selon les auteurs, d’autres facteurs jouent un rôle déterminant : fiscalité, réglementation, éducation financière ou encore stratégies commerciales des établissements financiers.
Le développement récent du Plan d’épargne retraite (PER) illustrerait d’ailleurs la capacité des ménages à modifier leurs comportements lorsque le cadre réglementaire évolue. Rexecode estime qu’une allocation légèrement plus orientée vers les actions aurait permis aux ménages français de gagner près de 340 milliards d’euros supplémentaires sur les vingt dernières années, soit environ 12 % du PIB, avec une hausse du risque jugée limitée.
L’étude de Rexecode met également en avant l’enjeu macroéconomique. Elle insiste sur le rôle des fonds propres dans le financement de l’innovation et de l’investissement productif, les pays disposant des plus importants fonds de pension sont aussi ceux qui investissent le plus dans les technologies innovantes. La Suède est citée comme modèle : son système de capitalisation partielle a permis de constituer une épargne abondante investie à la fois dans les marchés mondiaux et dans les entreprises nationales. Selon Rexecode, cette profondeur financière contribue directement au dynamisme entrepreneurial du pays. La Suède a enregistré quatre fois plus d’introductions en Bourse entre 2016 et 2023 que la France et l’Allemagne réunies.
Pour remédier à cette situation, l’institut avance plusieurs pistes. Certaines relèvent d’ajustements réglementaires : assouplir les contraintes pesant sur l’investissement en actions dans les contrats d’assurance-vie ou revoir certains effets de la directive MiFID 2, accusée d’assimiler manque de connaissances financières et refus du risque. D’autres propositions sont plus structurelles, comme le développement d’une dose de capitalisation dans le financement des retraites.
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