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Avec son IPO, SpaceX ne fait pas de mystère sur ses ambitions dans l’IA / La décomposition de son marché potentiellement adressable donne quelques indices
Il fallait s’y attendre, car avec Elon Musk, les choses se font rarement à moitié. Tant attendu, le document d’information de SpaceX (Space Exploration Technologies Corp), en vue de sa cotation prochaine au Nasdaq, a été déposé à la Securities and Exchange Commission. Il ne contient pas encore les informations sur le montant que l’entreprise compte lever, mais les médias anglo-saxons avancent des chiffres jamais vus : la société aérospatiale du milliardaire chercherait à lever 75 milliards de dollars à cette occasion, pour une valorisation comprise entre 1 750 et 2 000 milliards de dollars. De quoi dépasser la plus grande introduction en Bourse réalisée jusqu’ici, celle du géant saoudien du pétrole Aramco en 2019.
Le document contient une multitude d’informations intéressantes, dont celle des comptes financiers et des perspectives de l’entreprise. Il indique par exemple que son marché adressable et exploitable s’élève à 28 500 milliards de dollars. Un chiffre, là encore, rarement vu. Selon le document, il s’agirait même du « plus grand de l’histoire ». Il se décompose comme suit : 370 milliards dans l’espace, 1 600 milliards de dollars pour la connectivité et 26 500 milliards de dollars dans l’IA, grâce aux infrastructures que l’entreprise prévoit de déployer dans l’espace, les abonnements grand public, la publicité numérique et les applications pour les entreprises.
Un signe qu’il compte donc sérieusement mettre le cap sur ce terrain, pour l’heure marginal dans son activité. SpaceX repose en effet sur trois piliers. La connectivité est son fer de lance, tirée par Starlink et son réseau de satellites (10 millions d’abonnés, 9 600 satellites). Elle a généré 11,4 milliards de dollars de revenus l’année dernière et 4,4 milliards de dollars de profits opérationnels. Puis, le segment espace (lancement de satellites) pèse pour 4 milliards de dollars de chiffre d’affaires et a enregistré 657 millions de dollars de pertes opérationnelles en 2025, mais règne, d’après le document, en maître sur son marché. Elle a lancé l’année dernière 2 200 tonnes dans l’espace, soit 85 % du marché mondial, se targue le document.
Quant à lui, le segment d’IA, composé de la start-up xAI (acquise par SpaceX en février, qui avait elle-même absorbé l’ancien Twitter, X, depuis son rachat par Elon Musk) a généré en 2025 3,2 milliards de dollars de chiffre d’affaires, pour une perte opérationnelle de 6,3 milliards de dollars. « Notre activité d’IA est encore à ses débuts », reconnaît le document, long de près de 300 pages. Pour l’heure, elle opère des infrastructures de calcul, développe des modèles - dont le controversé robot conversationnel Grok - et des applications pour les consommateurs et les entreprises (comme Tesla). « Elle est en cours d’intégration au sein de notre organisation, sa stratégie commerciale est toujours en développement et elle nécessitera d’importants investissements pour financer la puissance de calcul, l’infrastructure, la production d’énergie, l’entraînement des modèles et le développement des produits », poursuit-il, ajoutant qu’elle reste confrontée aux défis inhérents à un secteur naissant : une forte intensité concurrentielle et capitalistique, ainsi que des évolutions à marche forcée.
Un moteur intégré
De même, restent les sujets de rupture technologique, d’évolution des normes sectorielles et réglementaires ou bien l’émergence de nouveaux concurrents disposant de ressources financières importantes. À noter, de plus, que les rivaux de SpaceX en matière d’IA, comme OpenAI ou Anthropic, restent plus en avance – et prévoiraient aussi de s’introduire en Bourse de manière imminente.
Il convient toutefois de noter que l’acquisition de xAI par SpaceX avait été pensée pour créer un moteur d’innovation verticalement intégré, avait alors indiqué Elon Musk, rendant tous ces développements imbriqués. « Nous avons créé de nouveaux marchés distincts dans les secteurs spatial, de la connectivité et de l’IA en construisant l’infrastructure matérielle et logicielle intégrée de demain et en combinant notre large éventail de compétences. Par exemple, l’acquisition récente de xAI par SpaceX associe les capacités de lancement et le réseau de connectivité mondial de SpaceX aux capacités de développement en IA de xAI. Plus précisément, nous pensons que les fusées réutilisables, la production à grande échelle de satellites et l’expertise opérationnelle de SpaceX peuvent permettre le déploiement rapide et rentable de vastes constellations de satellites de calcul IA — potentiellement composées de millions de satellites — pour les centres de données orbitaux », relève d’ailleurs le document.
En attendant, les investissements sont donc au rendez-vous. En tout et pour tout, SpaceX a généré 18,7 milliards de dollars de revenus en 2025 (contre 10,4 milliards en 2023), déployé 21,26 milliards de dollars d’investissements, enregistré une perte opérationnelle de 2,6 milliards de dollars et une perte nette de 4,9 milliards de dollars. À la fin du mois de mars, SpaceX était aussi endettée à hauteur de 29 milliards de dollars. Et pour l’heure, l’entreprise ne garantit pas qu’elle sera profitable par la suite. Au sein de la (très longue) liste de risques liés à l’opération mentionnés dans le document, elle indique : « Nous avons un historique de perte nette et il est possible que nous ne parvenions pas à être rentables à l’avenir », précisant plus loin que si elle était atteinte, il serait possible qu’elle ne soit pas maintenue. Et de poursuivre : « Nous prévoyons également une augmentation de nos dépenses d’investissement et de nos charges d’exploitation, notamment de nos frais généraux et administratifs, en raison de la hausse des coûts liés à notre statut de société cotée et de nos investissements continus pour notre croissance future, y compris des investissements importants pour concevoir, développer, étendre et maintenir nos technologies et infrastructures nécessaires à nos activités ».
La rémunération prévue d’Elon Musk, là aussi hors norme, s’aligne en tout cas sur cette vision. Il détient à date 85,1 % des droits de vote de l’entreprise qu’il a fondée en 2002 (il détient la quasi-intégralité des actions de classe B, offrant 10 droits de vote par titre). Ce plan s’inscrit dans la même veine que celui dont il bénéficie désormais chez Tesla : juteux, ainsi que conditionné à des objectifs ambitieux. En janvier, l’attribution sous condition d’un milliard d’actions de classe B à l’homme d’affaires a ainsi été approuvée, divisées en quinze tranches égales de capitalisation boursière. La dernière est de 7 500 milliards de dollars. Autre condition pour les débloquer en totalité, celle d’établir une colonie humaine permanente sur Mars, abritant au moins un million d’habitants… À cela s’ajoute un autre plan d’attribution d’actions, cette fois articulé à l’installation de data centers dans l’espace. Cité au début du document de cotation, Elon Musk indique : « Il s’agit de croire en l’avenir et de penser qu’il sera meilleur que le passé. Et je ne saurai imaginer rien de plus exaltant que de partir à la conquête de l’espace et de nous retrouver parmi les étoiles ». À la suite de l’opération, il est prévu qu’il soit le président du conseil d’administration de la société, son directeur général, ainsi que son directeur technologique.
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