Macro-économie / Taux
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Emmanuel Moulin lève le voile sur ses priorités pour la Banque de France / Et se défend d’être la marionnette des institutions financières
« En termes d’indépendance, c’est peut-être un avantage si la personne qui vous nomme quitte ses fonctions dans moins d’un an ». Évidemment, à l’occasion de ses auditions par les commissions des finances du Sénat et de l’Assemblée nationale, en lien avec la proposition de nomination par Emmanuel Macron au poste du gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, ancien secrétaire général de l’Elysée, a dû faire face à de nombreuses questions de parlementaires sur les garanties d’indépendance qu’il pouvait apporter, celle-ci étant au cœur du rôle de banquier central.
« L’indépendance est une trajectoire pas un point de départ », a-t-il indiqué, rappelant que la nomination de François Villeroy de Galhau, qui était directeur général délégué de BNP Paribas avant de diriger la Banque de France, avait suscité des doutes chez certains parlementaires à l’époque. « Personne ne peut dire aujourd’hui qu’il n’a pas fait preuve d’indépendance au cours des onze années écoulées », a fait valoir Emmanuel Moulin.
A l’Assemblée nationale, où l’ambiance fut sans surprise moins monacale qu’au Sénat, il s’est engagé à consulter le déontologue de la Banque de France dans les cas où il devrait se déporter de certains dossiers. « Les mécanismes de déports entre deux institutions publiques n’ont pas beaucoup de sens », a toutefois jugé l’ex-patron du Trésor. « Quand des intérêts privés sont en jeu c’est différent », a-t-il pointé.
La question des intérêts privés a justement été au cœur d’une passe d’armes entre le député du Parti socialiste, Philippe Brun, rapporteur dans le cadre de cette proposition de nomination, et l’ancien directeur de cabinet de Bruno Le Maire à Bercy. « Par voie de communiqué, vous avez indiqué que j’avais été le défenseur du lobby bancaire, une critique très blessante pour un haut fonctionnaire, notre objectif étant de défendre l’intérêt général », a regretté Emmanuel Moulin, avant d’évoquer le sujet sur le fond.
« En 2008, j’ai été celui qui a proposé à Christine Lagarde de mettre fin aux dérives du crédit à la consommation, très bien décrites dans l’excellent ouvrage d’Emmanuel Carrère, ‘D’autres vies que la mienne’, et qui a donné lieu à la loi Lagarde. Lors de la crise financière, j’ai participé à tous les G20 de Washington, de Londres et de Pittsburgh, où nous avons mis en place toutes les règles prudentielles sur les banques pour renforcer leurs exigences en capital. Bâle III va se traduire par une augmentation du capital nécessaire de 16 % pour les banques européennes, alors qu’elle va se traduire par une diminution de 5 % pour les banques américaines », a-t-il d’abord lancé.
« Avec le président Nicolas Sarkozy, j’ai plaidé pour la fin du secret bancaire, que nous avons mise en place. J’ai plaidé pour la régulation des bonus des preneurs de risques et des traders, que nous avons mise en place. J’ai également transposé Bâle III dans des conditions que les banques ont fortement critiquées et qu’elles continuent à critiquer. Dernier point, je suis favorable à l’euro numérique alors que toutes les banques françaises sont contre », a-t-il ajouté.
Ces auditions n’ont pas seulement été le théâtre de polémiques et ont permis à Emmanuel Moulin, dont la nomination a été avalisée par le Parlement, de dévoiler son projet comme gouverneur de la Banque de France.
Le premier axe évoqué fut la stratégie monétaire dans une période d’incertitude économique accrue. Emmanuel Moulin a estimé que la résurgence de l’inflation, alimentée notamment par les tensions énergétiques liées au conflit au Proche-Orient, imposait une lecture fine de la situation avant toute décision de politique monétaire.
Selon lui, les Banques centrales ne peuvent agir directement sur un choc pétrolier. En cas de hausse temporaire des prix de l’énergie, il a indiqué qu’une réaction immédiate de la banque centrale ne se justifiait pas nécessairement, à condition que l’inflation reste transitoire. Il a donc aussi mis en garde contre un risque de diffusion plus durable dans l’économie réelle. Emmanuel Moulin, a jugé indispensable de surveiller de près les anticipations d’inflation, les évolutions salariales et l’inflation sous-jacente. « Si les anticipations d’inflation venaient à se désancrer, la BCE serait conduite à réagir pour respecter son mandat », a-t-il prévenu.
La souveraineté européenne en matière monétaire sera un autre sujet d’importance. « Le projet d’euro numérique doit être approuvé en juin au Parlement européen. Il s’agit d’un atout essentiel pour la souveraineté monétaire, alors que se développent de nouvelles formes de monnaie privée numérique. Il conviendra de trouver les modalités adaptées pour que l’euro numérique puisse être réalisé à moindre coût et soit largement diffusé », a-t-il indiqué.
Emmanuel Moulin a également indiqué vouloir faire de la Banque de France un acteur central de l’innovation monétaire pour en faire un « fer de lance de la souveraineté monétaire européenne dans le monde numérique ». Il a cité plusieurs domaines dans lesquels l’institution s’était déjà illustrée : l’utilisation de la blockchain, les expérimentations sur les monnaies numériques de banque centrale, les systèmes de paiement instantané ou encore la tokenisation de la finance.
Troisième pilier de son projet : la stabilité financière. Emmanuel Moulin a souligné que les banques et les assurances françaises demeuraient solides, mais a estimé que de nouveaux risques émergeaient rapidement. Il a évoqué notamment la possibilité d’ajustements brutaux sur les marchés financiers, les risques liés à la fraude, ainsi que les vulnérabilités créées par certains acteurs non bancaires. Le futur gouverneur a insisté également sur les enjeux de cybersécurité et sur les menaces technologiques à venir, y compris celles liées aux technologies quantiques et à certains modèles d’intelligence artificielle comme Mythos.
Enfin, Emmanuel Moulin voit dans le changement climatique une problématique fondamentale pour une Banque centrale et a salué l’action menée par François Villeroy de Galhau sur cette question qu'il a jugée "pionnière". Il a estimé que ces enjeux ne relevaient plus uniquement de la politique environnementale, mais influençaient désormais directement la croissance potentielle, l’inflation et la stabilité financière.
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