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Macro-économie / Taux

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Zone euro : les firmes financières non bancaires en pincent de plus en plus pour les Etats-Unis / Les entreprises européennes pénalisées

Des économistes de la Banque centrale européenne font un double constat contrariant pour la transmission de la politique monétaire en zone euro. D’une part, les institutions financières non bancaires du Vieux continent allouent une part croissante de leurs investissements aux Etats-Unis, d’autre part, les banques consacrent davantage de prêts à celles-ci au détriment des entreprises européennes.
Photo par BERNARD JAUBERT / ONLY WORLD / ONLY FRANCE VIA AFP
Photo par BERNARD JAUBERT / ONLY WORLD / ONLY FRANCE VIA AFP

Des flux de capitaux qui ne font pas les affaires de la politique monétaire en zone euro. Dans une note publiée sur le blog de la Banque centrale européenne (BCE), plusieurs de ses économistes rapportent que le comportement de certaines institutions financières n’est pas sans poser question pour la transmission des décisions de l’institution de Francfort à l’économie.

Les institutions financières non bancaires (NBFI), qui regroupent notamment les fonds d’investissement et les assureurs, occupent désormais une place centrale dans le financement de l’économie européenne. En effet, leurs portefeuilles de titres sont passés de 11 000 milliards d’euros début 2018 à 17 000 milliards fin 2025. Les fonds d’investissement représentent à eux seuls près de 60 % de ces actifs. « Il est frappant de constater que la composition de ces portefeuilles s’est récemment éloignée des actifs européens », expliquent Dorian Henricot, Caterina Mendicino, Luis Molestina Vivar, Wouter Wakker et Jakob Wenzl, auteurs de la note.

Ne serait-ce pas là le simple reflet de la montée des valorisations plus rapide aux Etats-Unis qu’en Europe ? Pas uniquement, rétorquent les économistes. « Depuis la fin de l’année 2023, les NBFI de la zone euro ont augmenté leur allocation aux actions d’entreprises américaines d’environ 2,7 points de pourcentage grâce à des achats nets. Dans le même temps, ils ont réduit leur allocation aux actions d’entreprises de la zone euro d’environ 1,5 point de pourcentage. Cette réallocation s’est faite, dans une moindre mesure, au détriment des obligations souveraines de la zone euro et des actions bancaires », indiquent-ils, estimant que ces évolutions ont clairement des conséquences importantes pour le financement des entreprises de la zone euro.

Des recherches montrent qu’une augmentation de la part des actions d’entreprises américaines dans les portefeuilles des NBFI est associée à une diminution de la part des actions de la zone euro. « Une hausse de 1 point de pourcentage de la part des actions américaines dans les portefeuilles des IFNB est associée à une baisse de 0,3 point de pourcentage de la part des actions d’entreprises de la zone euro. Même si l’effet de substitution n’est pas proportionnel, il reste significatif et tangible. Cela suggère que l’appétit croissant pour les actifs américains pourrait évincer le financement en actions des entreprises européennes », arguent-ils.

Un autre type d’institution financière est ciblée dans la note : les banques. Leurs expositions aux NBFI ont progressé ces dernières années pour s’établir à 11% du total de leurs actifs. La majeure partie de cette exposition prend la forme de prêts directs, principalement accordés à des fonds d’investissement et à d’autres institutions financières et une part importante de ces prêts est dirigée vers des entités opérant en dehors de la zone euro. « Il est particulièrement notable que cette tendance se fasse au détriment des prêts aux entreprises. Les recherches de Li, Ma, Mendicino et Supera montrent que lorsqu’une banque augmente ses prêts aux NBFI de 1 point de pourcentage, l’accès au crédit bancaire des entreprises qui empruntent auprès de cette banque diminue en moyenne de 0,55 point de pourcentage », peut-on lire dans la note. « Fait crucial, les entreprises ne peuvent pas facilement compenser ce manque en se tournant vers d’autres banques ou vers les NBFI pour obtenir des financements alternatifs », est-il ajouté.

La note fait valoir que ce double phénomène pourrait expliquer en partie pourquoi le rebond du financement en zone euro est faible par rapport à ce que la baisse des taux d'intérêt directeurs depuis deux ans aurait dû générer.

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