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Société Générale sous le prisme des coûts / La discipline interne compense des revenus contrastés

Société Générale ouvre 2026 sur un trimestre nuancé : bénéfice net supérieur aux attentes, coûts en nette baisse et rentabilité déjà au-dessus de l’objectif annuel, mais revenus sans élan et banque de financement en retrait. Une publication techniquement solide, que le marché a pourtant sanctionnée.
Slawomir Krupa (Photo by JOEL SAGET / AFP)
Slawomir Krupa (Photo by JOEL SAGET / AFP)

Des résultats à la lecture pas forcément évidente, et d'ailleurs diversement appréciés. Côté pile, un bénéfice net supérieur aux attentes, des coûts en forte baisse, un coût du risque au plancher de sa fourchette cible et une rentabilité sur fonds propres tangibles (ROTE) qui dépasse déjà l'objectif annuel. Côté face, des revenus globalement stables, une banque de financement et d'investissement en retrait, et un marché qui a accueilli la publication avec scepticisme. L’action Société Générale a cédé 3,6% jeudi, à 68,4 euros.

« Des résultats globalement en ligne, allant dans la bonne direction, mais sous-estimés selon nous », résument les analystes d’UBS. Plus précisément, « un bénéfice net supérieur de 6 %, grâce à des coûts inférieurs de 1,5 % et à un coût du risque 10 % plus bas, pour des revenus conformes aux attentes », note de son côté Bank of America. En d’autres termes, la discipline opérationnelle a compensé ce que les revenus n’ont pas apporté.

 

Les coûts tiennent la promesse, la France revient

 

« Notre engagement à réduire notre base de coûts est total », a martelé le directeur financier Leopoldo Alvear lors de la présentation des chiffres aux analystes. Les frais de gestion reculent de 6,0 % sur un an, à 4,33 milliards d'euros, soit le double de l'objectif annuel affiché de -3 %. La décomposition révèle plusieurs leviers : 100 millions liés aux cessions réalisées dans le cadre du plan de transformation, 57 millions d'effet de change, 62 millions de réduction des charges de transformation, et 55 millions de baisse organique des frais. Le coefficient d'exploitation tombe à 60,9 % contre 65,0 % un an plus tôt et ressort même sous 60 % en neutralisant l’effet saisonnier de certaines taxes comptabilisées dès le premier trimestre, soit déjà au niveau de la cible annuelle du groupe.

Sur le plan des revenus, la banque de détail en France offre le point le plus positif du trimestre. Le produit net bancaire du pôle progresse de +8,9 % à 2,50 milliards d'euros, porté par une marge nette d'intérêt en hausse de 12 % et des commissions en croissance de 5,5 %. La reprise s'explique par la combinaison d'un repricing favorable du bilan, d'une conservatisme assumé sur l'origination hypothécaire ces trois dernières années qui joue désormais en faveur du groupe, et d'une légère amélioration du mix. La rentabilité normative du pôle bondit à 13,7 % contre 9,5 % un an plus tôt.

 

Une BFI contrastée

 

La Banque de Grande Clientèle et Solutions Investisseurs offre une lecture plus contrastée. À périmètre et change constants, les revenus reculent de seulement 0,5 %, mais l'effet de change sur le dollar amplifie le repli à -4,9 % en données publiées. Les activités actions tirent leur épingle du jeu avec un trimestre record, les revenus progressant de +5,5 % (et de +10,9 % à change constant), portés par une forte activité sur les produits de flux et la hausse des volumes en prime brokerage.

C'est sur les taux, crédit et change que le bât blesse : les revenus chutent de -18,2 % par rapport au premier trimestre 25, victimes d'une activité commerciale moins dynamique et de conditions de marché défavorables en Europe. Slawomir Krupa a expliqué le mécanisme lors de la conférence téléphonique : « Notre principal métier au sein du fixed income, ce sont les taux euro. Et cette activité, en raison des mouvements de taux courts en Europe et de la volatilité, a pesé sur la performance, parce que les conditions de couverture étaient bien plus difficiles. » Il a aussi pointé un facteur structurel de différenciation concurrentielle : l'absence, chez SocGen, du métier de principal commodities, « un important contributeur aux revenus de fixed income chez certains de nos concurrents ».

Le pôle Mobilité, Banque de détail et Services financiers à l'International apporte une contribution positive, avec un résultat net part du groupe en hausse de 21,6 % à périmètre et change constants, à 365 millions d'euros. La banque de détail à l'international, tirée par la République tchèque et la Roumanie, affiche une croissance des crédits de 6,1 % et des dépôts de 9,6 % en Europe. Ayvens, la filiale de location longue durée et de gestion de flottes issue du rapprochement d’ALD et LeasePlan, bénéficie de son recentrage sur la rentabilité : sa marge atteint 587 points de base, en hausse de 25 points, tandis que ses revenus progressent de 1,7 %. Le crédit à la consommation poursuit quant à lui sa forte amélioration, avec des revenus en hausse de 13,9 %, soutenus par l'expansion des marges.

 

Des coussins solides face aux incertitudes

 

Sur la qualité des actifs, le coût du risque à 25 points de base se situe au bas de la fourchette cible 2026. Le stock de provisions sur encours sains reste stable à 2,9 milliards d'euros, représentant environ deux ans de coût du risque. Slawomir Krupa a confirmé que le groupe avait constitué une provision forward-looking de 80 millions d'euros liée aux incertitudes géopolitiques, partiellement compensée par des reprises. Son scénario central table sur un impact macroéconomique contenu, avec une amputation de 50 à 75 points de base de croissance en zone euro, « quelque chose de contenu par nature en termes d’ampleur ».

Côté capital, le ratio CET1 s'établit à 13,5 %, stable par rapport à fin 2025 et représentant environ 325 points de base au-dessus de l'exigence réglementaire, malgré un impact de -6 points de base lié à la consolidation des activités de Bernstein aux États-Unis. L'augmentation prochaine du coussin systémique de 25 points de base (en deux tranches, en 2027 puis 2028) était anticipée dans la trajectoire du groupe et, selon le directeur financier Leopoldo Alvear, « ne change en rien notre objectif de pilotage du ratio CET1 ».

Les analystes de Bank of America estime qu’un nouveau programme de rachat d’actions de 1,5 à 2 milliards d’euros pourrait être annoncé aux semestriels. Avec un ROTE de 11,7 %, déjà supérieur à la cible annuelle de plus de 10 %, Société Générale aborde en tout cas la suite de l’exercice avec une marge de manœuvre qu’elle n’avait pas toujours eue ces dernières années.

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