Macro-économie / Taux
Macro-économie / Taux
Fed : Jerome Powell quitte les commandes mais fera durer le plaisir / Il va rester au board
Un caillou dans la chaussure de Donald Trump. Alors que Jerome Powell, président de la Réserve fédérale américaine (Fed), tenait hier sa dernière conférence en qualité de patron de la Banque centrale des Etats-Unis, il a fait une annonce qui a éclipsé ses autres commentaires sur les taux d’intérêt directeurs (maintenus dans une fourchette comprise entre 3,5 % et 3,75 %) et les retombées de la guerre au Moyen-Orient.
S’il va quitter ses fonctions de président dans les prochaines semaines pour laisser la place à Kevin Warsh, qui doit encore voir sa candidature avalisée par le Sénat, le grand argentier a annoncé qu’il allait demeurer au Conseil des gouverneurs après avoir passé la main comme numéro 1. Pour mémoire, si son mandat de président court jusqu’au 15 mai, celui de membre du Conseil des gouverneurs prend fin le 31 janvier 2028. Cette décision est inédite depuis plusieurs décennies, les patrons de la Fed quittant l’institution de Washington lorsqu’ils n’y sont plus à la tête même si leur mandat de gouverneur s’étend au-delà.
Il faut dire qu’elle s’inscrit dans un contexte lui aussi sans précédent du fait des pressions politiques de Donald Trump pour assouplir la politique monétaire et qui se sont concrétisées par des assignations à comparaître adressées à Jerome Powell en lien avec le coût de la rénovation de deux bâtiments historiques de la Fed.
« J’ai accueilli favorablement l’annonce faite vendredi dernier par la procureure des États-Unis pour le district de Columbia selon laquelle elle avait clos l’enquête pénale. Elle a toutefois précisé qu’elle n’hésiterait pas à rouvrir l’enquête si nécessaire », a commenté à ce propos Jerome Powell.
« Au cours du week-end, le ministère de la Justice a fourni des assurances indiquant qu’il ne rouvrirait pas l’enquête sauf en cas de signalement pénal de la part de l’inspecteur général de la Réserve fédérale. Et, en l’absence d’un tel signalement, s’il devait faire appel de la récente décision de justice, il ne chercherait pas, dans le cadre de cet appel, à rouvrir l’enquête ni à émettre de nouvelles assignations à comparaître », a-t-il ajouté, en indiquant qu’il ne quittera pas le Conseil des gouverneurs tant que cette enquête ne serait pas entièrement terminée. « J’ai l’intention de rester discret dans ce rôle. Il n’y a qu’un seul président du Conseil de la Réserve fédérale à la fois. Lorsque Kevin Warsh sera confirmé et prêtera serment, il deviendra ce président », a-t-il affirmé.
Pendant la conférence de presse, le banquier central s’est épanché à propos de ce qui l’avait poussé à prendre cette décision. « Ma préoccupation porte vraiment sur la série d’attaques juridiques contre la Réserve fédérale, qui menacent notre capacité à mener la politique monétaire sans tenir compte de facteurs politiques", a-t-il lancé. Il a indiqué ne pas être gêné par les critiques des responsables politiques mais a estimé qu’un cap avait été franchi. « Ces actions juridiques de l’administration sont sans précédent dans nos 113 ans d’histoire, et il existe des menaces continues d’actions supplémentaires de ce type », a-t-il déclaré.
"C’est extrêmement important pour notre économie et pour les personnes que nous servons, qu’elles puissent compter, dans la durée, sur une Banque centrale qui fonctionne ainsi, à l’abri des influences politiques", a souligné Jerome Powell, pour qui ce mode de fonctionnement distingue les pays prospères de ceux qui ne le sont pas.
La décision de Jerome Powell contrarie les plans du président Donald Trump car elle le prive d’une majorité au board composé de 7 membres. En effet, Kevin Warsh va succéder à Stephen Miran, nommé par Donald Trump, dont le mandat s’achevait en janvier. Si Kevin Warsh avait pris le siège de Jerome Powell, Donald Trump aurait pu compter sur une majorité de personnalités propulsées par lui au board (hors Jerome Powell avec lequel il est en indélicatesse).
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

