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Nexans accélère sa mue électrique et passe à l’attaque aux États-Unis / Republic Wire en tête de pont
Trois chiffres résument la journée de Nexans : 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires au premier trimestre, 680 millions pour acquérir Republic Wire, et une envolée de plus de 8 % en Bourse.
Ils traduisent surtout une transformation de fond : le vieux Nexans cyclique continue de s’effacer. À sa place émerge trimestre après trimestre un groupe arrimé aux grands besoins d’électrification. Sur les trois premiers mois de l’exercice, la croissance organique du groupe s’établit à + 0,1 %, chiffre en apparence modeste mais qui masque un contraste marqué : hors derniers actifs non stratégiques appelés à quitter le périmètre, notamment l’activité automobile Autoelectric, ainsi que certaines activités de métallurgie, l’Électrification progresse de + 4,9 %.
La mue industrielle porte ses fruits
Car c’est là que bat désormais le cœur de Nexans. PWR-Transmission, dédié aux câbles haute tension sous-marins et terrestres pour les grandes interconnexions énergétiques, affiche + 8,8 % de croissance organique. PWR-Grid, centré sur les réseaux moyenne tension et les équipements de distribution électrique, progresse de + 5,7 %. PWR-Connect, qui regroupe les câbles basse tension destinés aux bâtiments, à l’industrie et aux infrastructures de proximité, avance de + 2,5 %. « Le choix de nous recentrer sur ce secteur porte ses fruits à travers la croissance que nous sommes capables de démontrer », résume Vincent Piquet, directeur financier depuis trois mois.
Le carnet de commandes ajusté de PWR-Transmission atteint 7,9 milliards d’euros au 31 mars, en hausse de 2,6 % par rapport à fin décembre, offrant une visibilité solide jusqu’en 2028, en dépit du réaménagement du calendrier du Great Sea Interconnector, projet de câble électrique sous-marin destiné à relier Chypre à la Grèce et, à terme, au réseau européen. Les perspectives 2026 sont confirmées : EBITDA ajusté entre 730 et 810 millions d’euros, free cash-flow entre 210 et 310 millions.
Ce virage vers l’électrification pure, Nexans l’a engagé bien avant que les marchés n’en fassent un thème consensuel. La dernière étape, la cession d’Autoelectric, spécialiste des harnais automobiles, doit être bouclée prochainement. « Une fois que cette transaction sera réalisée, 100 % de l’activité de Nexans sera recentrée sur l’électrification », explique Vincent Piquet.
Une base américaine pour accélérer
C’est dans ce contexte que le groupe accélère désormais aux États-Unis. L’acquisition de Republic Wire, annoncée mardi en parallèle de la publication des chiffres trimestriels, vient désormais lui offrir une base industrielle et commerciale de premier plan sur ce marché stratégique. « Ce que nous voulons surtout acquérir, c’est la force des relations commerciales établies par Republic Wire depuis 45 ans par ses agents et distributeurs », insiste Vincent Piquet. Nexans ne rachète donc pas simplement un fabricant de câbles basse tension : il s’offre une tête de pont commerciale et industrielle sur le premier marché mondial.
Jusqu’ici, Nexans opérait aux États-Unis depuis ses usines canadiennes et latino-américaines. Pour honorer une récente commande de 50 millions de dollars remportée auprès de l'un des GAFAM pour un data center, le groupe a ainsi dû coordonner simultanément les capacités de plusieurs sites répartis sur le continent. Republic Wire change cette équation en créant une base industrielle de plain-pied sur le territoire américain, avec une usine de 32 500 m² à haut niveau d’automatisation et un entrepôt de 30 000 m² récemment achevé. Un programme d’expansion en cours de finalisation augmentera la capacité de production d’environ 30 % d’ici fin 2026.
Le moment n’a rien de fortuit. Le marché américain de la basse tension, estimé à 12 milliards d’euros selon Roland Berger, traverse une phase de réaccélération après un ralentissement post-Covid, portée par la réindustrialisation, la modernisation d’un réseau vieillissant et surtout l’explosion des data centers d’intelligence artificielle. « Les data centers tirent aujourd’hui l’ensemble du monde de l’électrification et de l’énergie aux États-Unis, et entraînent des multiples très élevés sur tous les acteurs exposés à ce secteur », observe le directeur financier. Republic Wire opère principalement sur les segments résidentiel et commercial, mais Nexans entend utiliser cette plateforme pour pénétrer plus avant le marché des data centers, en s’appuyant sur son portefeuille de produits moyenne tension.
Le bilan reste armé pour la suite
Sur le plan financier, le groupe paie 10,3 fois l’EBITDA ajusté 2027 avant synergies, un multiple qui descend à 7,6 fois en régime de croisière une fois les 23 millions d’euros de synergies attendues intégrées, auxquels pourraient s’ajouter des avantages fiscaux liés à la législation américaine. « Nous pensons avoir obtenu des multiples et un deal positifs pour nous par rapport à un marché relativement cher », juge Vincent Piquet.
Nexans entend d’ailleurs utiliser Republic Wire comme plateforme de consolidation future. « Nous regardons d’autres entreprises aux États-Unis », glisse Vincent Piquet, en rappelant que la capacité d’acquisition restera significative après l’opération.
Le groupe assure en avoir conservé les moyens. La transaction, valorisée environ 680 millions d’euros hors complément de prix, sera financée par dette et trésorerie disponible. Le ratio dette nette sur EBITDA ajusté 2025 remonterait à 1,2 fois en pro forma, avant de repasser sous 1 fois d’ici fin 2028 grâce à la génération de cash attendue.
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