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Safran porté par ses moteurs civils / Les ateliers tournent à plein régime
« Nous avons eu un très bon premier trimestre ». Cette appréciation factuelle de la publication des trois premiers mois de l’année, livrée par Olivier Andriès, le directeur général du groupe, s’appuie sur des indicateurs de début d’exercice particulièrement solides.
L’équipementier aéronautique a ouvert 2026 sur un chiffre d’affaires ajusté de 8,624 milliards d’euros, en hausse organique de 23 %, soit 4 % au-dessus du consensus. Dans un environnement rendu plus incertain par la crise au Moyen-Orient, la surprise ne vient pas seulement de l’ampleur de la croissance, mais de sa qualité : elle reste d’abord tirée, au sein de la division Propulsion, par son moteur le plus rentable, l’après-vente civile sur moteurs.
La Propulsion au cœur de la performance
Les revenus de la division Propulsion ont atteint 4,55 milliards d’euros sur le trimestre écoulé, soit 8 % de plus qu’attendu par le consensus, portés par une croissance organique de 33,1 %. Les pièces détachées pour moteurs civils progressent de 29 % en dollars, quand Deutsche Bank tablait sur une hausse de 18 %. Les services pour moteurs civils bondissent, eux, de 43 %, contre une prévision de la banque de 20 %.
« Nous avons été positivement surpris au premier trimestre par le nombre élevé de visites en atelier avec un contenu de maintenance important - en fait, plus élevé que ce que nous avions anticipé. », a expliqué Olivier Andriès en présentant jeudi les chiffres aux analystes.
Le LEAP confirme sa montée en cadence
En ce qui concerne les pièces de rechange, le principal pourvoyeur de revenus reste le CFM56, moteur de génération précédente très répandu sur les moyen-courriers Airbus et Boeing, qui a bénéficié d’une base de comparaison favorable par rapport au premier trimestre 2025. Son successeur, le LEAP, qui équipe notamment les A320neo et 737 MAX, monte en puissance : les contrats à l’heure de vol et l’entrée en comptabilisation des bénéfices sur le LEAP-1A à compter du deuxième trimestre 2025 ont alimenté la ligne Services.
Le LEAP apporte aussi un signal plus rassurant du côté des livraisons de moteurs neufs. Safran en a livré 520 exemplaires au premier trimestre, contre 319 un an plus tôt, soit une hausse de 63 %. C’est le troisième trimestre consécutif au-dessus du seuil des 500 unités. Cette cadence ne règle pas toutes les contraintes de chaîne d’approvisionnement, mais elle confirme que le redressement observé au second semestre 2025 se prolonge. Les activités de première monte au sein de la Propulsion progressent ainsi de 35 %, tandis que l’après-vente augmente de 32,1 %, préservant l’équilibre du modèle.
Un cycle porteur, mais moins éternel
La vraie question reste désormais celle de la durée de ce cycle porteur dans l’après-vente. Les analystes d’UBS relèvent un premier signal de tassement sur les anciennes générations de moteurs : les heures de vol des CFM56 ont reculé d’environ 10 % sur les quatre dernières semaines, ou de 8,5 % hors vols au départ du Moyen-Orient.
Le raisonnement est simple : si les appareils volent moins, les besoins de maintenance finissent mécaniquement par ralentir. UBS n’en déduit pas un choc immédiat sur 2026, mais plutôt une normalisation plus marquée à partir de 2027. Son scénario table ainsi sur une croissance des pièces de rechange ramenée à 3 % et des services à 10 %, bien en deçà des attentes actuelles du consensus. Pour autant, Safran est « bien préparé à un retournement du cycle », estime la banque, grâce à un bilan solide, une comptabilité prudente et des moteurs performants.
En attendant, la direction ne voit pas encore de rupture opérationnelle. « Nous n’avons vu aucun signe de ralentissement des déposes de moteurs ou des entrées en atelier », a indiqué Olivier Andriès. Même lecture du côté des retraits d’avions : 44 appareils équipés de CFM56 ont été sortis de flotte au premier trimestre, soit moins de 2 % du parc concerné. Le directeur général juge dès lors peu probable une accélération des mises à la retraite à court terme, dans un marché où les compagnies aériennes continuent de dénoncer un déficit de capacité.
Prévisions confirmées sous vigilance géopolitique
Safran a ainsi confirmé ses objectifs 2026, avec une croissance de chiffre d’affaires attendue entre 12 % et 15 %, un résultat opérationnel courant de 6,1 à 6,2 milliards d’euros et un cash-flow libre de 4,4 à 4,6 milliards. Mieux, « la solidité de notre performance du premier trimestre renforce notre confiance dans notre capacité à atteindre le haut de notre fourchette d’objectifs annuels 2026 », a déclaré Olivier Andriès aux analystes.
S’agissant de la crise au Moyen-Orient, Safran dit n’avoir observé « peu ou pas d’impact » jusqu’ici, mais reconnaît que ses effets potentiels sur le trafic aérien restent difficiles à mesurer. Le premier semestre devrait être largement préservé, selon la direction. Les tensions se manifestent plutôt dans les coûts de certaines matières premières. « Le cobalt et le tungstène sont des exemples typiques de matières dont les prix ont fortement augmenté », a relevé Olivier Andriès, ajoutant que le groupe dispose de marges de manœuvre pour en absorber l’effet.
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