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Macro-économie / Taux

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Semi-conducteurs : des milliards d'euros publics pour une souveraineté encore fragile / Une stratégie industrielle française ambitieuse mais encore insuffisamment pilotée et évaluée

Dans un rapport, la Cour des comptes a analysé la stratégie française et européenne de soutien à la filière des semi-conducteurs entre 2018 et 2025. Si les investissements publics atteignent des niveaux historiques, leur efficacité, leur cohérence et leur pilotage restent largement perfectibles.
Photo par JULIEN DE ROSA / AFP
Photo par JULIEN DE ROSA / AFP

Des moyens financiers sans précédent déployés de façon discutable. En France, le soutien public à la filière microélectronique a connu une accélération nette depuis 2022. Sur la période 2018-2025, la Cour des cοmptes évalue à 8,7 milliards d’euros les aides programmées, entre subventions nationales, financements européens et dispositifs territoriaux. D’après un rapport de la Cour des comptes, cette stratégie est loin d’être aboutie.

La Cour souligne l’absence de cartographie stratégique de la filière. L’État ne disposerait pas d’une vision suffisamment précise des capacités de production, des dépendances industrielles et des segments technologiques prioritaires. Tant et si bien que cela limite sa capacité à arbitrer entre montée en gamme technologique, relocalisation industrielle et sécurisation des approvisionnements.

Alors qu'elle est indispensable à l’ensemble des secteurs industriels, de l’automobile à l’intelligence artificielle, en passant par la défense et les télécommunications, la microélectronique possède une dimension stratégique aux enjeux géopolitiques, indique le rapport. Cela s’explique par la concentration extrême de la production mondiale et par la dépendance des grandes puissances à des chaînes de valeur mondialisées.

L’Europe, malgré certains atouts industriels et technologiques, reste en position fragile. De fait, elle ne représente "que" 7 % de la production mondiale de semi-conducteurs et demeure largement absente des branches les plus avancées. En France, la situation est contrastée. Oui, le pays dispose d’acteurs industriels majeurs et de centres de recherche de premier plan. Toutefois, la production est fortement concentrée. La Cour relève que « cinq entreprises réalisent 85 % de la production ». Reste que, si cela permet une certaine efficacité industrielle, cela accroît aussi la vulnérabilité du secteur.

La Cour des comptes s’est notamment penchée sur certains projets du secteur des semi-conducteurs, à commencer par Liberty. Implanté à Crolles, en Isère, il vise à augmenter fortement la production nationale de semi-conducteurs, avec l’objectif affiché de « doubler les capacités de production des puces en France d’ici 2028 ».

Pour mémoire, Liberty repose sur un partenariat industriel entre STMicroelectronics et GlobalFoundries. L’investissement total est évalué à environ 7,5 milliards d’euros, dont 2,9 milliards d’euros de subventions publiques françaises. Ces aides sont conditionnées à l’avancement des investissements réalisés par les deux partenaires. À fin juin 2025, 574 millions d’euros avaient été versés à STMicroelectronics.

La Cour estime que le projet affiche des fragilités. Elle souligne que « la bonne fin du projet pourrait pâtir du report d’investissement de GlobalFoundries ». Dans le détail, l’engagement incomplet de l’un des partenaires remet en cause l’équilibre du montage industriel puisque la réussite du projet dépend de la réalisation conjointe des deux parties.

La Cour pointe également une faiblesse dans la sécurisation juridique du dispositif. Les subventions sont attribuées séparément à chaque entreprise, sans mécanisme pleinement intégré garantissant la cohérence d’ensemble du projet en cas de défaillance partielle.

D’autre part, la Cour des comptes met en avant la difficulté à mesurer l’impact réel des politiques publiques sur la souveraineté industrielle. Les dispositifs actuels permettent principalement de suivre l’avancement des projets industriels, mais pas leurs effets économiques ou stratégiques globaux. Le lien entre dépenses publiques et gains de souveraineté reste ainsi insuffisamment évalué. Or, cette limite est d’autant plus cruciale que les investissements sont très élevés et s’inscrivent dans des temporalités longues, dans un secteur caractérisé par une innovation rapide et des cycles technologiques courts.

Enfin, les Sages de la rue Cambon mettent en évidence la complexité des dispositifs administratifs. Les procédures d’attribution des aides sont longues, tant pour l’administration que pour les entreprises. De sorte que, sans surprise, cela peut constituer un frein pour les entreprises de taille intermédiaire ou les acteurs innovants.

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