Macro-économie / Taux
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Les écosystèmes de carbone bleu, des trésors sous-financés / Une opportunité économique majeure largement négligée
Une richesse naturelle largement ignorée. Les écosystèmes côtiers dits de « carbone bleu » s’étendent à l’échelle planétaire avec une ampleur souvent peu évoquée dans le débat public. « Les mangroves, marais salants tidaux et herbiers marins – ensemble appelés écosystèmes de carbone bleu – s’étendent sur plus de 51 millions d’hectares de terres et d’eaux », explique un rapport du Forum économique mondial (WEF). Derrière cette surface considérable se cacherait un potentiel climatique exceptionnel.
Il faut dire que ces milieux naturels figurent parmi les plus efficaces pour capter et stocker le dioxyde de carbone. « Les écosystèmes de carbone bleu peuvent stocker jusqu’à cinq fois plus de carbone par hectare que les forêts tropicales », détaille le rapport. Et leur utilité ne s’arrête pas là puisqu'ils abritent une biodiversité importante, par ailleurs ils soutiennent les économies locales et sont un bouclier contre les événements climatiques extrêmes.
Dans de nombreuses régions du monde, ces écosystèmes sont essentiels à la survie des populations côtières. Ils protègent les infrastructures, limitent l’érosion et assurent des ressources économiques, notamment via la pêche et le tourisme. "Ces écosystèmes fournissent des services évalués à 190 milliards de dollars par an à l’économie mondiale", met en avant le rapport.
Le problème est que malgré cette valeur économique considérable, les financements alloués à ces solutions restent dérisoires. « Les solutions fondées sur la nature côtière reçoivent moins de 1 % des financements climatiques internationaux », souligne le rapport, qui y voit l’un des paradoxes majeurs de la transition écologique.
Les conséquences sont visibles et préoccupantes puisqu'en lien avec un manque de moyens pour leur conservation et leur restauration, ces milieux déclinent à un rythme sensible. « Environ 30 % des mangroves dans le monde ont disparu au cours des 45 dernières années », tandis que « 7 % des herbiers marins disparaissent chaque année ».
Gouvernements, institutions publiques, entreprises, organisations philanthropiques et certains acteurs financiers privés s’efforcent de rediriger des capitaux vers ces écosystèmes. Et pour cause, l’essor de l’économie bleue ouvre en effet de nouvelles perspectives d’investissement. L’investissement dans les mangroves peut être source de rendements financiers et de gains réputationnels.
Le rapport identifie cinq barrières principales à l’investissement privé : des délais de développement longs, une complexité réglementaire élevée, des coûts de transaction importants, des incertitudes sur la demande, notamment pour les crédits carbone, et un manque de projets de grande envergure.
Pour surmonter ces obstacles, le recours au financement mixte apparaît central. Il s’agit de combiner capitaux publics, philanthropiques et privés afin de financer les premières phases des projets, souvent les plus risquées. Le rapport du Forum économique mondial juge nécessaire d'également renforcer la coordination entre les différents types d’investisseurs pour assurer une continuité des financements sur toute la durée de vie des projets. Le développement de plateformes financières permettant d’agréger des projets de petite taille est également mis en avant. De fait, cette approche permet de mutualiser les risques et d’atteindre une échelle compatible avec les exigences des investisseurs institutionnels.
Certes, la variable financière importe mais le rapport insiste aussi sur l’impact social. Les communautés côtières dépendent fortement de ces écosystèmes, tout en ayant un accès limité aux services financiers, aux infrastructures de santé et aux sources de revenus alternatives. De sorte que, « les projets ne produiront des résultats durables que s’ils améliorent aussi les moyens de subsistance des communautés du carbone bleu ».
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