Macro-économie / Taux
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France 2030 coche la plupart des cases de l’exécution / Il reste fragile sur la transformation économique
France 2030 tient ses promesses d’exécution, mais peine encore à transformer l’essai. C’est le constat dressé par le Comité de surveillance des investissements d’avenir (CSIA), qui livre une analyse approfondie de ce programme, pilier de la stratégie industrielle et technologique française.
Pour mémoire, ce plan doté de 54 milliards d’euros, a entre autres pour objectifs de faire émerger en France des réacteurs nucléaires de petite taille innovants et avec une meilleure gestion des déchets, décarboner l’industrie hexagonale, faire de la France le leader de l’hydrogène vert, produire près de 2 millions de véhicules électriques et hybrides en 2030 ainsi que le premier avion bas-carbone, ou encore 20 biomédicaments contre les cancers et les maladies chroniques dont celles liées à l’âge.
Fruit de plus de 575 auditions menées auprès de 402 acteurs (chercheurs, entreprises, investisseurs et opérateurs publics), le rapport du CSIA s’est essayé à dresser un bilan du déploiement du plan. « Le plan France 2030 a été déployé dans les temps, ce qui constitue en soi une réussite opérationnelle notable », déclare à WanSquare, Eric Labaye, président du CSIA.
Depuis le début de son déploiement en 2022, l’État a engagé près de 10 milliards d’euros par an - un rythme près de quatre fois supérieur à celui des précédents programmes d’investissements d’avenir (PIA). Cette accélération s’accompagne d’un effet d’entraînement notable sur les capitaux privés. « Pour chaque euro d’argent public investi, ce sont 1,3 euro d’argent privé qui sont mobilisés, il y a donc un effet d’entraînement sensible », souligne Eric Labaye. Cet effet de levier est d’autant plus puissant que l’on se situe en aval de la maturité du projet.
Le rapport met également en avant une montée en gamme des projets soutenus : leur taille moyenne atteint désormais 5 millions d’euros, soit un montant supérieur à celui des précédents PIA. « Cette évolution témoigne d’une ambition accrue et d’une volonté de soutenir des initiatives d’envergure, capables de générer un impact économique et technologique plus important », juge Eric Labaye.
Autre point fort : l’orientation stratégique des financements. Entre 40 et 50 % des fonds sont consacrés à la décarbonation, en cohérence avec les objectifs climatiques. Plus largement, France 2030 couvre les grands axes de la compétitivité européenne, de l’innovation de rupture à la souveraineté industrielle, en passant par les technologies critiques.
Malgré ses succès, France 2030 souffre en effet de plusieurs limites structurelles. Première critique : des délais de décision jugés trop longs et inadaptés aux cycles de l’innovation. « Cette lenteur administrative peut freiner la dynamique des projets », avertit Eric Labaye.
La gouvernance du plan constitue un autre point de fragilité. Si elle a permis de renforcer la coordination interministérielle, elle a aussi complexifié les circuits de décision. « La gouvernance est perçue comme trop complexe, avec une dilution des responsabilités », note le rapport, qui appelle à un pilotage recentré sur l’impact.
Le manque de lisibilité du dispositif est également pointé. Pour de nombreux acteurs, publics comme privés, France 2030 reste difficile à appréhender dans sa globalité. Cette opacité limite l’engagement des parties prenantes. « Il est crucial d’améliorer la communication et la transparence », insiste Eric Labaye, notamment vis-à-vis du Parlement, dont l’adhésion est essentielle à la pérennité du programme.
Autre faiblesse majeure : le suivi de l’impact réel des projets. Si les montants engagés sont précisément documentés, leur traduction en termes de souveraineté technologique, de leadership industriel ou de création de valeur reste insuffisamment mesurée. « Il apparaît nécessaire de renforcer le pilotage du programme et le suivi des projets », souligne le président du CSIA.
Le rapport insiste également sur la nécessité d’aller au-delà des seuls financements. L’État dispose d’autres leviers, encore sous-exploités, pour maximiser l’impact du plan. « La commande publique peut jouer un rôle clé en stimulant l’investissement privé », rappelle Eric Labaye, citant les exemples américains et nordiques. Une meilleure articulation entre politiques industrielles, réglementaires et d’achat public apparaît indispensable.
La question de la répartition des aides est aussi soulevée. Les entreprises de taille intermédiaire (ETI), pourtant responsables d’une part significative de l’effort de R&D, ne captent que 3 % des financements. Un déséquilibre pointé par le CSIA.
Au-delà des constats, le rapport formule 18 recommandations structurées autour de cinq grands leviers : améliorer l’efficience opérationnelle, refondre la gouvernance, renforcer la communication, mobiliser tous les instruments d’action publique et, surtout, inscrire France 2030 dans une vision de long terme.
C’est peut-être le point le plus structurant. « Transformer un secteur économique ne se fait pas en cinq ans, mais bien sur une période de 15 à 20 ans », rappelle Eric Labaye. Le comité est favorable à stabiliser l’effort d’investissement dans la durée, à construire des stratégies sectorielles intégrées et à s’appuyer sur une analyse continue des évolutions technologiques.
Les résultats sectoriels illustrent cette nécessité d’un pilotage fin. « Dans les biothérapies, la France a regagné la deuxième place européenne, grâce à un programme bien structuré et à une forte implication des scientifiques. Le programme Proqcima inspiré du modèle Darpa, a également permis de dynamiser le secteur du quantique, en se concentrant sur les résultats plutôt que sur les processus », explique Eric Labaye.
A l’inverse d’autres domaines comme l’hydrogène ou les batteries rencontrent davantage de difficultés, en raison d’un décalage entre maturité technologique, attentes du marché et choix stratégiques.
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