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Marges sur le carburant : Alexandre Bompard dénonce une suspicion permanente / Carrefour renvoie l’Etat à la question des taxes

Quatre semaines après le début de la crise iranienne, la hausse des prix reste contenue dans les rayons, malgré l’envolée des carburants. Auditionné à l’Assemblée nationale, Alexandre Bompard s’est voulu rassurant sur l’absence de tensions inflationnistes à court terme. Mais le patron de Carrefour a surtout profité de l’occasion pour défendre une nouvelle fois la distribution, et dénoncé les soupçons récurrents visant les marges des distributeurs, plaidant contre toute intervention de l’État dans l’encadrement des prix du carburant.
Alexandre Bompard (Photo : Bertrand GUAY / AFP)
Alexandre Bompard (Photo : Bertrand GUAY / AFP)

Pas d’inquiétude dans les rayons pour l’instant. « Quatre semaines et demie après le déclenchement de la crise iranienne, l’effet principal se concentre sur le pétrole et l’augmentation du prix du carburant. Nous ne voyons pas à date de tension inflationniste sur les produits. Nous ne sommes pas dans la même situation que lors du conflit ukrainien. D’abord parce que nous ne sommes pas dans le même cycle économique, ensuite parce qu’il n’y a pas de pénurie immédiate, comme ce que nous avons pu connaître avec le blé ukrainien », a assuré ce mercredi le président-directeur général de Carrefour, Alexandre Bompard, auditionné par la Commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale. « Evidemment il y a aura des effets en cas de durée du conflit avec notamment la question des engrais azotés qui auront un impact sur les prochaines récoltes. Mais l’effet inflationniste est à date encore très maîtrisé et la consommation des ménages reste sur les mêmes tendances que depuis le début de l’année », a-t-il poursuivi.

Ce que n’accepte pas en revanche Alexandre Bompard, c’est que la distribution soit pointée du doigt sur les marges qu’elle pourrait enregistrer sur le prix du carburant. « Je continue à regretter que la distribution soit souvent abordée sous l’angle de la suspicion, soit de manière récurrente, comme au moment de négociations commerciales annuelles, soit de manière ponctuelle, comme sur les soit-disantes marges cachées. Cela me semble d’autant plus paradoxal que nous avons toujours répondu présents aux sollicitations des pouvoirs publics, que ce soit pour la crise du Covid, ou pendant la période d’hyper-inflation », a-t-il déclaré devant les députés, répétant qu’il négociait tous les jours le prix du carburant sur la base du cours. « Ma capacité de pression sur les raffineries est nulle. Il y a une cotation mondiale du prix du gasoil et de l’essence. La marge que je prends est extraordinairement faible. Elle est d’un ou deux centimes. Nous avons toujours fonctionné comme cela. Pourquoi ? Parce que c’est un produit d’appel fort et nous continuerons à ne pas marger sur cette activité ».

Et Alexandre Bompard de rappeler la composition du prix : « 60 % de taxes et contributions, 20 % de prix lui-même et le reste en transport et distribution ». « La tentation d’intervenir sur les prix et dans le libre jeu des acteurs privés demeure en France beaucoup trop forte. Aucun autre pays ne connaît une telle tentation permanente d’intervention. Je suis convaincu que tout encadrement – prix plafond, prix plancher ou encadrement des marges – ne va pas dans le bon sens et qu’il faut laisser les acteurs mener leur concurrence. Au final, c’est le client qui arbitre. Mon message est simple : veillons collectivement à préserver cet équilibre et à donner suffisamment de marges de manœuvre aux acteurs du secteur. C’est à cette condition que le commerce pourra continuer à jouer pleinement son rôle économique, social et territorial », a-t-il insisté, invitant, dans ce contexte, le gouvernement à plutôt se tourner du côté des taxes appliquées sur le carburant, comme l’ont fait l’Italie ou encore l’Espagne.

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