éditorial / Laurent Bigorgne
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Laurent Bigorgne
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LFI : vaguelette ou vague ?
par Laurent Bigorgne
Le sentiment d’une poussée de LFI au premier tour des élections municipales dimanche dernier a semblé être le fait marquant de la semaine. Ce récit, largement relayé par les médias, sert évidemment la stratégie de Jean-Luc Mélenchon qui, à la différence des précédentes élections locales de 2020, a décidé de faire du scrutin de 2026 une étape importante vers la présidentielle de 2027. Adepte d’une stratégie conflictuelle et patiente, son objectif immédiat est moins électoral qu’idéologique.
Une France plus apaisée qu’il n’y paraît
Les premiers enseignements des municipales, mis en lumière par Opinion Way, contrastent avec la vision du « bruit et de la fureur » souvent associés au discours mélenchoniste. Dans cette enquête d’entre-deux tours*, 64% des Français interrogés se disent satisfaits du scrutin de dimanche dernier. Plus ils vivent dans une petite ville (moins de 20 000 habitants), plus leur satisfaction est importante – la situation est certes un peu différente dans les villes de plus de 100 000 habitants, où la compétition est plus politique, plus clivée, voire extrémisée. Le taux de satisfaction y chute à 52%.
Les habitants des villes centristes ou « sans étiquette » sont les plus satisfaits (68%), soit sept points de plus que dans les villes dirigées par des majorités de gauche ou de droite (61%). On y verra une forme d’éloge de la modération et une recherche d’une forme d’équilibre que peu d’observateurs avaient relevée à chaud dimanche soir.
Les jeunes ne font pas exception : 64% des 18-24 ans et 70% des 25-34% se déclarent satisfaits. Fait notable, aucune différence significative de perception entre CSP+ et CSP – (68% de satisfaits). Ainsi se dessine le portrait d’une France plus apaisée qu’on ne le dit souvent, où 94 % des maires ont été élus dès le premier tour. En conséquence, 43 millions de Français ne sont pas appelés à voter aujourd’hui.
Dès lors, comment expliquer que l’idée d’une poussée de LFI se soit imposée ? Un premier facteur tient à notre lecture toujours très métropolitaine des élections. En 2020, elle avait déjà contribué à installer le récit d’une « vague verte ». Or, les communes effectivement conquises par les écologistes furent peu nombreuses, mais symboliques (Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Poitiers, Grenoble). Cette victoire en trompe-l’œil n’avait pas prémuni Yannick Jadot d’un score médiocre à la la présidentielle de 2022 (4,63%).
La vaguelette LFI
Une note produite par la Fondation Jean Jaurès** permet de prendre une plus juste mesure du phénomène de « l’insoumission municipale ». Les chiffres sont sans appel : LFI n’est arrivé en tête que dans cinq communes (Saint-Denis, Roubaix, Étampes, La Courneuve, Saint-Fons), contre 53 occurrences pour le RN.
Le sentiment d’une vague LFIste est largement entretenu par un effet de contraste qui doit tout à la stratégie de Mélenchon : son mouvement fut inexistant dans la campagne de 2020, qu’il fallait enjamber pour soutenir des listes essentiellement citoyennes (75 à 100 listes), alors qu’il a présenté 247 listes cette année. Ces dernières ont enregistré un score moyen de 12,4%, soit 6 points de moins que les résultats de LFI aux élections européennes de 2024 dans ces territoires et 19 points de moins que le score de Mélenchon en 2022.
LFI dépasse 20% dans 30 communes seulement, dont 16 en Île-de-France, ce qui a fait dire à Valérie Pécresse, présidente de cette région : « Le poison de La France insoumise se répand dans toute l’Île-de-France ». Et de nommer ouvertement les turpitudes de LFI : « l’antisémitisme, la complaisance avec l’islamisme, le communautarisme revendiqué, la brutalisation du débat public, les attaques contre la police ».
Parmi les grandes villes, seules trois ont voté insoumis à plus des 20% : Toulouse (28%), Limoges (25%) et Lille (23%). Dans le deux premières, un accord a été trouvé entre le PS et LFI, au grand dam de Patrick Kanner, président du groupe PS du Sénat, qui a rappelé cette semaine la condition posée par le bureau national de son parti pour des rapprochements locaux, à savoir une prise de « distance avec Jean-Luc Mélenchon ». Or, déplore-t-il, « aucun des candidats LFI avec qui nous avons réalisé un accord n’a pris ses distance ».
En revanche, la bataille idéologique fait rage
Avec les accords acceptés par le PS, on touche au cœur de la stratégie de LFI. Pas un socialiste ne peut croire en effet que LFI a renoncé à « plumer la volaille socialiste », expression qui remonte à l’époque – la deuxième partie des années 1920 et le début des années 1930 - où le parti communiste français, alors Section française de l’Internationale communiste (SFIC) était dans sa stratégie de « bolchevisation », dont le levier principal était la lutte « classe contre classe » vis-à-vis de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO), à savoir Léon Blum et ses camarades.
Les socialistes ne peuvent pas plaider l’ignorance s’ils tombent à nouveau dans le panneau de l’appel de Manuel Bompard, le coordinateur de la France insoumise, dimanche dernier à la constitution d’un front anti-fasciste. Cet énième avatar de l’union des gauches doit moins à la culture du Front populaire qu’aux années qui le précédèrent. Celles durant lesquelles, tout ce qui trouvait à la droite des communistes était au minimum social-traître et même fasciste. C’est ce qui permit à Sophia Chikirou en 2023 de comparer Fabrice Roussel à Jacques Doriot, d’abord communiste, maire de Saint-Denis de 1931 à 1937, puis chantre de la politique de collaboration avec l’Allemagne. Ou il y a quelques jours à Éric Coquerel de comparer Benoît Payan à Marseille à ceux qui rendirent possible l’accession d’Hitler au pouvoir.
Pour LFI, les municipales constituent moins l’occasion de s’affirmer comme un parti de dirigeants locaux qu’un nouveau coin enfoncé dans la culture de gouvernement du parti socialiste dont des pans entiers sont déjà tombés. La construction de son hégémonie politique et morale sur la gauche doit lui permettre de se qualifier au second tour de la présidentielle de 2027 contre le candidat du Rassemblement national. Puis Mélenchon passera du registre de Trotski ou de Robespierre à celui de Victor Hugo. Rien de moins.
* Baromètre OpinionWay – Sfil pour Les Échos et Radio classique
** Noé Fridman, François Kraus, victoire LFI aux élections municipales : la grande illusion ? Fondation Jean Jaurès, 19 mars 2026
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