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Macro-économie / Taux

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SNBC 3 : une stratégie de décarbonation ambitieuse sur le papier / Le Haut Conseil pour le climat doute de sa crédibilité

Dans un avis, l’institution indépendante salue les progrès de la nouvelle Stratégie nationale bas-carbone tout en pointant ses fragilités : baisse des émissions trop lente, hypothèses incertaines et manque de garanties sur la mise en œuvre.
Monique Barbut, ministre de la Transition écologique - Photo par LUDOVIC MARIN / AFP
Monique Barbut, ministre de la Transition écologique - Photo par LUDOVIC MARIN / AFP

La crédibilité de la trajectoire climatique française est en question. Saisi en décembre 2025 pour évaluer le projet de troisième Stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3), le Haut Conseil pour le climat (HCC) publie un avis nuancé, où les critiques dominent. Si l’organisme indépendant reconnaît certaines avancées, il met surtout en garde contre les risques d’écart entre les objectifs affichés et la réalité de leur mise en œuvre.

Premier signal d’alerte : le rythme de réduction des émissions en France. Malgré l’atteinte du budget carbone 2019-2023, le HCC souligne que ce résultat tient en partie à des circonstances exceptionnelles comme la crise sanitaire ou l’inflation.

Depuis, la dynamique ralentit nettement. « Les années récentes (2024, 2025) voient des baisses d’émissions très limitées sans certitude d’améliorations », constate le rapport. Selon ses estimations, les émissions n’ont diminué que de 1,8 % en 2024 et d’environ 1,6 % en 2025.

Or, pour respecter la trajectoire prévue, l’effort devra s’intensifier fortement. « Les émissions brutes doivent baisser de plus de 4 % par an », rappelle l’institution.

Le Haut Conseil souligne également plusieurs faiblesses structurelles dans le scénario proposé par la SNBC 3.

La stratégie repose notamment sur des hypothèses élevées concernant la disponibilité du parc nucléaire français et sur un développement important de la biomasse. Or ces deux paris comportent des incertitudes.

Le rapport juge par exemple que l’objectif fixé pour la biomasse solide d’ici 2030 paraît « excessivement ambitieux », alors même que les tensions internationales sur les ressources s’accentuent. Un recours accru aux importations fragiliserait selon lui la souveraineté énergétique française.

Autre point sensible : les forêts et les sols, qui constituent un puits de carbone essentiel. Dans le scénario retenu, la France ne respecterait pas l’objectif européen pour ce secteur en 2030, avec un déficit estimé à environ 16 millions de tonnes de CO₂.

Plus largement, le HCC s’interroge sur la solidité de la trajectoire de long terme. La stratégie prévoit encore un niveau significatif d’émissions résiduelles à l’horizon 2050, compensées par des puits technologiques de carbone appelés à doubler entre 2040 et 2050.

Ces hypothèses interrogent la capacité réelle de la France à atteindre durablement la neutralité carbone. « La possibilité d’atteinte durable du net zéro en 2050 est questionnée », souligne le rapport.

Après 2050, la situation pourrait même se compliquer davantage : les projections indiquent que le puits de carbone naturel lié aux forêts et aux sols tendrait vers zéro.

Au-delà des hypothèses techniques, le Haut Conseil met en cause la gouvernance de la transition climatique.

L’institution pointe notamment l’instabilité des dispositifs de soutien public, qui fragilise les investissements nécessaires à la décarbonation. Or la stratégie prévoit environ 82 milliards d’euros d’investissements supplémentaires d’ici 2030.

« L’assurance de la stabilité des trajectoires financières à long terme est indispensable et manque aujourd’hui », insiste le rapport.

Pour renforcer la crédibilité de la stratégie, le HCC recommande la création d’une feuille de route opérationnelle centralisée précisant les mesures concrètes, leur calendrier et leurs financements.

Enfin, le rapport appelle à des choix politiques plus clairs dans certains secteurs. Il recommande notamment de mieux maîtriser la croissance du transport aérien, fortement dépendant de carburants durables produits à partir de biomasse.

« L’ampleur des besoins en biomasse (…) nécessite de stabiliser ce secteur plutôt que d’envisager sa croissance », prévient le HCC, évoquant la construction de nouvelles infrastructures aéroportuaires.

Au total, l’organisme reconnaît que la SNBC 3 constitue un document stratégique essentiel pour la politique climatique française. Mais il prévient que l’ambition affichée ne suffira pas.

« Les mesures (…) sont aujourd’hui identifiées et disponibles, elles doivent être déployées et disposer des moyens à la hauteur du potentiel de réduction d’émissions attendu », conclut le rapport - une manière de rappeler que, face à l’urgence climatique, la question n’est plus tant celle des objectifs que de leur mise en œuvre.

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