WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Macro-économie / Taux

Macro-économie / Taux

Russie : les revenus issus des énergies fossiles ont chuté d’un quart depuis l’invasion de l’Ukraine / Moscou maintient ses volumes grâce à une flotte “fantôme” et aux failles des sanctions

Selon une étude du Centre pour la recherche sur l'énergie et la propreté de l'air (CREA), la Russie a vu ses recettes tirées des exportations d’énergies fossiles reculer nettement au cours de la quatrième année de la guerre. Malgré cette érosion financière, les flux de pétrole brut restent supérieurs à leur niveau d’avant-guerre, révélant les limites du dispositif de sanctions occidentales.
Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie - Photo par MIKHAIL METZEL / POOL / AFP
Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie - Photo par MIKHAIL METZEL / POOL / AFP

Quatre ans après le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, la rente fossile russe s’effrite. En 2025, Moscou a engrangé 193 milliards d’euros de revenus issus du pétrole, du gaz et du charbon, soit une baisse de 19 % sur un an et de 27 % par rapport au niveau d’avant février 2022, montre un rapport du Centre pour la recherche sur l'énergie et la propreté de l'air (CREA). Selon le CREA, cette contraction marque un tournant : la part des hydrocarbures dans le budget fédéral russe est tombée à environ 25 %, contre 30 à 50 % historiquement.

Le pétrole brut demeure le pilier des finances énergétiques russes. Les recettes tirées du brut ont reculé de 18 % sur un an, à 85,5 milliards d’euros, tandis que les volumes exportés ont diminué de 6 %, à 215 millions de tonnes. Ces volumes restent encore 6 % supérieurs à ceux d’avant l’invasion.

Trois pays absorbent 93 % des exportations russes : la Chine (43 milliards d’euros), l’Inde (31,6 milliards) et la Turquie (5,4 milliards). Mais la pression s’intensifie. Les sanctions américaines du Bureau du contrôle des avoirs étrangers (OFAC) visant les géants russes Rosneft et Lukoil à l’automne 2025 ont provoqué un net repli des achats indiens et turcs en fin d’année. En janvier 2026, les cargaisons maritimes issues de ces groupes vers certains marchés étaient quasiment à l’arrêt.

L’Union européenne, autrefois premier client énergétique de Moscou, a drastiquement réduit ses achats. En 2025, ses importations de combustibles fossiles russes ont chuté de 36 % sur un an, à 14,5 milliards d’euros.

Les importations de gaz naturel russe sont tombées à 37 milliards de mètres cubes (-33 %), leur plus bas niveau depuis 2022. La fin du transit via l’Ukraine a concentré les flux restants sur le gazoduc TurkStream, tandis que le gaz naturel liquéfié (GNL) russe représente désormais plus de la moitié des volumes importés par l’UE.

Certaines infrastructures ont particulièrement souffert des sanctions. Les exportations de GNL depuis les terminaux baltes de Vysotsk et Portovaya se sont effondrées respectivement de 96 % et 77 %, faute d’accès aux services occidentaux.

Deux États membres continuent toutefois d’importer massivement du brut russe par oléoduc : la Hongrie et la Slovaquie. Profitant d’une dérogation adoptée en 2022, leurs importations combinées ont même augmenté de 11 % sur les dix premiers mois de 2025.

Selon le CREA, cette dépendance accrue n’est pas justifiée par des contraintes techniques : l’oléoduc Adria, via la Croatie, disposerait d’une capacité suffisante pour couvrir leurs besoins. Les auteurs dénoncent ainsi une fragilisation des efforts européens de diversification.

Les exportations de produits pétroliers raffinés, elles, ont reculé de 8 % en volume, mais leurs recettes ont plongé de 27 %, à 49,9 milliards d’euros, leur plus bas niveau depuis 2022. Le marché est plus fragmenté que celui du brut : 58 pays ont acheté des carburants russes en 2025. La Turquie, la Chine, l’Arabie saoudite, Singapour et le Brésil figurent parmi les principaux clients.

L’étude du CREA pointe également un phénomène préoccupant : la réexportation vers l’UE de produits raffinés d’origine russe via des ports turcs ou géorgiens. Entre janvier 2025 et janvier 2026, 82 % des importations de produits raffinés dans trois grands ports turcs provenaient de Russie, avant qu’une partie ne soit expédiée vers des pays européens, notamment la Grèce.

Face aux sanctions, Moscou a perfectionné ses stratégies de contournement. Au total, 312 navires ont été sanctionnés durant la quatrième année de guerre, davantage que lors des trois premières années cumulées.

Pourtant, les volumes globaux exportés restent stables. Les navires non sanctionnés ont accru leurs transports, compensant en partie la baisse des tankers visés. Le nombre de navires opérant sous pavillon falsifié a explosé, passant de 12 début 2025 à un pic de 109 en octobre 2025. Ces bâtiments ont acheminé pour 8,4 milliards d’euros de pétrole et de produits russes en 2025, dont 3,1 milliards via des eaux européennes.

Sur le gaz, la Russie fait face à des contraintes structurelles. Le gazoduc Power of Siberia vers la Chine fonctionne déjà à pleine capacité, tandis que les projets d’extension restent hypothétiques ou lointains. Le marché européen, en voie de fermeture complète d’ici 2027, sera difficile à remplacer.

Le charbon offre un tableau contrasté, les volumes exportés ont progressé de 8 %, avec des hausses marquées vers l’Inde et la Turquie, toutefois, les prix fortement en baisse et les coûts logistiques élevés pèsent sur la rentabilité. Selon les estimations citées, les rabais auraient entraîné 2,7 milliards d’euros de pertes en 2025.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article