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Macro-économie / Taux

Macro-économie / Taux

Quand la productivité fracture les pays / Ces inquiétantes disparités régionales

Alors que les écarts de productivité entre nations s’amenuisent peu à peu entre les économies avancées, les disparités à l’intérieur des pays se sont creusées au cours des deux dernières décennies dans de nombreux pays, notamment en Italie et en Espagne. Une étude de l’OCDE s’est essayée à comprendre les raisons de ce phénomène.
Naples - Photo par CARL RECINE / GETTY IMAGES EUROPE / GETTY IMAGES VIA AFP
Naples - Photo par CARL RECINE / GETTY IMAGES EUROPE / GETTY IMAGES VIA AFP

Une cassure économique inquiétante à l’intérieur des pays. Dans l’ensemble des pays de l’OCDE, la productivité ne se joue pas seulement entre nations, mais d’abord à l’intérieur de leurs frontières.

L’Italie et l’Espagne illustrent de façon emblématique cette fracture interne. Dans les deux pays, la différence de produit intérieur brut par travailleur entre régions les plus et les moins productives dépasse 35 %. Et surtout, ces écarts ne se résorbent pas. Malgré la réduction des inégalités de productivité entre pays de l’OCDE depuis le début des années 2000, les disparités régionales internes se sont creusées dans plus de la moitié des États analysés, s’alarme une étude de l’OCDE.

Les régions les moins développées, définies par un PIB par habitant inférieur à 75 % de la moyenne européenne, ne convergent pas vers les régions les plus avancées. En Espagne, la productivité progresse lentement mais régulièrement dans ces territoires. En Italie, elle stagne, voire recule dans plusieurs régions depuis le milieu des années 2000.

Contrairement à une idée répandue, ces écarts ne s’expliquent pas par une surreprésentation d’entreprises peu performantes. L’étude montre que, dans les régions en retard, les entreprises sont en moyenne 20 à 30 % moins productives que leurs équivalentes des régions développées, quels que soient leur taille, leur âge ou leur secteur. 

Les différences institutionnelles joueraient un rôle clé. En Italie, la centralisation des négociations salariales limite l’ajustement des salaires à la productivité locale, freinant l’embauche, l’investissement et la croissance des entreprises dans les régions les moins développées. À cela s’ajoutent un accès plus restreint au financement et une qualité institutionnelle plus faible, marquée par une corruption perçue plus élevée. En Espagne, une plus grande flexibilité au niveau des entreprises permet un meilleur alignement entre salaires et productivité, atténuant certains blocages.

L’analyse révèle également que la spécialisation sectorielle n’explique qu’une part limitée des écarts. En Italie, l’alignement des parts d’emploi sectorielles entre les régions moins développées (LDR) et les régions développées (DR) réduit l’écart de productivité de 44 % à 32 %. De même, en Espagne, cinq sixièmes de l’écart de 32 % s’expliquent par des différences au sein des secteurs.

La majeure partie des différences de productivité provient de disparités à l’intérieur même des secteurs, y compris dans les activités exposées à la concurrence internationale. 

Selon les économistes à l’origine de l’étude, il faut améliorer l’accès au crédit, renforcer les infrastructures, doper la qualité des institutions et adapter les cadres de négociation salariale.

L’étude explique que certaines entreprises parviennent pourtant à réussir dans les régions les plus en difficulté. Comprendre ce qui leur permet de surmonter les contraintes locales (réseaux, compétences, gouvernance, ancrage territorial) pourrait ouvrir la voie à des stratégies de développement plus efficaces, jugent les économistes.

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