WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Macro-économie / Taux

Macro-économie / Taux

Fed : le choix paradoxal de Donald Trump / Un faucon pour faire voler les taux plus bas ?

En portant son dévolu sur Kevin Warsh pour diriger la Réserve fédérale américaine, le président des États-Unis agit de façon surprenante. Plaidant pour une politique monétaire sensiblement plus accommodante, il soutient un banquier central qui fut historiquement - trop - attentif aux aléas haussiers entourant l’inflation.
Kevin Warsh - Photo par KEVORK DJANSEZIAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
Kevin Warsh - Photo par KEVORK DJANSEZIAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

« J’aurais bien eu besoin de toi ici. Pourquoi n’as-tu pas été plus insistant quand tu voulais ce poste ? Pourquoi n’as-tu pas été plus insistant, Kevin ? ». Nous sommes le 15 janvier 2020 quand Donald Trump, président des États-Unis, taquine Kevin Warsh, à l’occasion d’une conférence de presse. Le républicain regrette alors de lui avoir préféré Jerome Powell pour piloter la Réserve fédérale américaine (Fed).

Six ans plus tard, le 47e président américain a fait le choix de proposer la nomination de Kevin Warsh à la tête de la plus puissante Banque centrale du monde. Si le Sénat donne son aval, il succédera à Jerome Powell à la fin du mois de mai.

Agé de 55 ans, Kevin Warsh est diplômé de Stanford et de Harvard. Il commence sa carrière en M & A chez Morgan Stanley où il restera pendant sept ans avant de rejoindre l’administration du président George W. Bush en 2002. Il travaillera au Conseil économique national (NEC) où il rencontrera Ben Bernanke, qui deviendra patron de la Fed en 2006.

La même année, George W. Bush choisit de nommer Kevin Warsh au sein du board de l’institution de Washington, ce qui en fera le plus jeune gouverneur de l’Histoire. Deux faits saillants sont à retenir de son mandat.

D’une part, Ben Bernanke dira de lui qu’il s’est révélé être un pont très efficace entre Wall Street et la Fed au moment de la crise des subprimes, évoquant une connaissance « inestimable » des institutions financières.

D’autre part, à cette époque, Kevin Warsh faisait partie des faucons (les banquiers centraux attentifs aux aléas haussiers sur l’inflation) et il aura souvent surestimé le danger inflationniste. Huit mois seulement après la faillite de Lehman Brothers et alors que le taux de chômage était à 9 % (contre 5 % un an plus tôt), il déclarera être plus préoccupé par les risques à la hausse de l’inflation que par les risques à la baisse.

Il a également été de ceux ayant dénoncé l’utilisation par la Fed de l’assouplissement quantitatif (quantitative easing – QE) voyant là aussi dans cet outil non-conventionnel une menace pour la stabilité des prix.

Les retranscriptions des échanges du Comité de politique monétaire (FOMC) montrent qu’il n’a pas toujours été tendre avec Ben Bernanke, ardent défenseur de ces mesures pour éviter une redite de 1929, même s’il n’a jamais voté contre le déploiement des QE. « Si j’étais à votre place, je ne guiderais pas le FOMC dans cette direction, et franchement, si j’étais à la place de la plupart des personnes présentes dans cette salle, je m’y opposerais », lancera-t-il au Prix Nobel d’Economie 2022, durant les réunions des 2 et 3 novembre 2010 lorsque la décision de muscler le QE était en débat. Il démissionnera quelques mois plus tard alors que son mandat courait jusqu’en janvier 2018. Par la suite, il rejoindra la Hoover Institution en tant que chercheur.

Nommer un banquier central historiquement faucon peut sembler un paradoxe de la part de Donald Trump. En effet, celui-ci désire que le taux d’intérêt directeur soit porté à 1 % alors qu’il se situe à date entre 3,5 % et 3,75 % et que l’inflation annuelle est à 3 %.

Xiao Cui, Senior US Economist chez Pictet Wealth Management, explique que si Kevin Warsh conserve sa réputation de banquier central vigilant sur l’inflation, il a plaidé pour des baisses de taux sous Donald Trump.

"Kevin Warsh a peut-être un profil plus politique que ce qu’on lui prête généralement. Dans ce cadre, on pourrait se demander si Warsh n’était pas très faucon dans les années 2009/2010/2011 car le président de l’époque était démocrate (Obama)", suggère Bastien Drut, responsable de la stratégie et des études économiques de CPR AM.

De son côté, Christophe Boucher, directeur des investissements chez ABN AMRO Investment Solutions, juge que confier la Fed à un ancien faucon est plutôt habile, en ce sens que "la nomination d’un ultra-colombe [attentif aux aléas baissiers sur la croissance, ndlr] aurait risqué de provoquer une envolée des taux longs".

En tout cas, le marché ne souscrit pas à la thèse d’une perte d’indépendance de la Fed du fait de cette nomination. "Le dollar s’est renforcé, tandis que l’or et l’argent ont reculé", pointe Christophe Boucher.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article