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L’indice de résilience numérique se lance pour doter les décideurs d’une boussole stratégique / Des partenaires publics et privés de premier plan
Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement… mais encore faut-il avoir des outils permettant de le faire. Ce lundi, les premières Rencontres de la souveraineté numérique qui se tenaient à Bercy ont permis de dresser un état des lieux des prises de conscience et autres manières de résoudre ce grand nœud français et européen. Et qui dit souveraineté numérique, dit avant tout lucidité, a pointé la ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle (IA) et du Numérique Anne Le Hénanff, en ouvrant l’évènement. "Il faut savoir d’où et quoi nous dépendons – sur quelles briques technologiques, dans quels secteurs et pour quels usages. C’est tout l’objectif de l’Observatoire de la souveraineté numérique, qui a été confié au Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan. Il permettra de disposer de données agrégées et objectivées pour mesurer la dépendance des entreprises, des administrations et des collectivités à des solutions extra-européennes. Ensuite, il y a l’Indice de résilience numérique (IRN), qui est un projet public-privé complémentaire à l’Observatoire, visant à fournir aux organisations une auto-analyse fine des dépendances numériques sur des piliers objectifs et mesurables. On ne peut pas transformer ce qu’on ne regarde pas en face", a-t-elle indiqué.
Les principaux concernés comme partenaires
Le lancement effectif de l’IRN, dont les contours avaient été dévoilés lors des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence en juillet, a ainsi été acté ce lundi. "L’économie numérique est une économie de dépendances", a rappelé Olivier Sichel, le directeur général de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) et président de l’Association for Digital Resilience Initiative (aDRI), portant et gouvernant cet IRN. Des dépendances qui se reflètent à tous les niveaux : du cloud, aux GPU, en passant par les logiciels. "Elles sont pourtant trop peu cartographiées par les décideurs. Le sujet concernait auparavant essentiellement les directions des systèmes d’information, mais comprendre les interdépendances est désormais devenu un sujet de direction générale. La question est en effet celle du risque et de la continuité de l’activité lorsqu’il y a des fragilités. Cette démarche est inspirée de celle de la maîtrise des risques dans un établissement financier. Car sans connaître les risques, il n’est pas possible de les maîtriser", a expliqué Olivier Sichel.
Grâce à cet IRN, l’objectif sera en tout cas clair : celui de construire un langage commun, au travers d’un outil d’évaluation structuré et de pilotage des risques IT et IA, servant de moyen de dialogue commun entre les différentes parties prenantes qui y sont présentes et d’indicateur de progression. Il permettra aussi de donner des clés de lecture claires, consolidées et actionnables pour les "comex" et "board" des entreprises, tout en clarifiant les concepts de souveraineté, de dépendance et de résilience. Outre le groupe CDC, un certain nombre d’entreprises publiques et privées sont déjà partenaires de l’initiative. L’on y retrouve le Crédit Mutuel, CMA CGM, Orange, MAIF, EDF, le groupe Aéroports de Paris, La Poste, CNP Assurances, RTE, Docaposte ou Ouest-France, entre autres.
Permettre de conduire des arbitrages utiles
"Cet indice permet de mesurer les risques numériques réels et d’arbitrer entre performances, le coût de la résilience, les risques et de prioriser ainsi les investissements numériques", a poursuivi le dirigeant de la CDC, appelant de ses vœux à ce qu’il soit largement adopté. L’exemple sera par ailleurs montré au travers des filiales du groupe CDC. "Dans nos discussions avec les entreprises françaises, en tant que gestionnaire d’actifs, l’on pourrait imaginer que l’IRN soit un point de discussion avec les directions générales, ne serait-ce que pour anticiper les risques", a indiqué Olivier Sichel. "C’est un outil pensé par et pour des entreprises", a de son côté assuré Sébastien Henry, directeur général adjoint Clients, Systèmes et Innovation chez RTE, l’un des design partners de l’IRN.
L’approche de l’IRN débute en fonction des métiers vitaux de l’entreprise. À chaque fonction est associée une pile numérique correspondante, regroupant tous les actifs numériques qui lui permettent de fonctionner (données, plateformes, infrastructures, applications, etc.). Viennent ensuite les huit dimensions clés de la résilience numérique, permettant de mettre en lumière les niveaux de dépendance qui y sont reliés : stratégie ; économie et juridique ; sécurité ; environnementale ; technologique ; opérationnelle ; supply-chain ; ou encore data et IA. Elles contiennent permettront par exemple d’analyser dans quelle mesure des fournisseurs prestataires pourraient être soumis à des lois extraterritoriales, ou bien d’observer la potentialité des ruptures de contrats unilatérales.
Une fuite de valeur avérée
Deux options seront données aux entreprises souhaitant l’utiliser : l’auto-diagnostic, tout d’abord, puisque les critères formant l’IRN sont transparents et mis à disposition. Il sera aussi possible d’avoir un IRN labellisé par les "conseils IRN", qui accompagneront la mise en œuvre de l’indice dans les entreprises, conduiront les diagnostics et cette labellisation. Le tout sera opéré au travers d’une approche dite "multicritères" pondérée (allant de l’intention au positionnement des moyens, jusqu’au stress test effectif). L’objectif ne sera, en effet, pas de produire un outil de jugement - le niveau d’appréciation de ces dépendances étant avant tout fonction de la stratégie d’une entreprise, a-t-il été rappelé lors de l’évènement.
Les chiffres de cette dépendance numérique européenne sont en tout cas clairs : 80 % des dépenses en logiciel et services cloud professionnels sur le Vieux continent sont captées par des acteurs américains, d’après un rapport ayant été conduit par Asterès pour Cigref et Numeum en avril dernier. Soit 265 milliards d’euros par année, liés aux usages numériques, quittant le territoire européen. "À trajectoire constante, ce montant pourrait être de 500 milliards d’euros d’ici 2030, il pourrait déraper du fait de l’irruption de l’IA générative et du quantique. Cette fuite de valeur fragilise l’autonomie stratégique de l’Europe", a rappelé David Djaïz, CEO d’Ascend Partners, fondateur de l’indice et de sa méthodologie aux côtés du président exécutif de Probabl Yann Lechelle et du directeur général du think tank Digital New Deal, Arno Pons.
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