Macro-économie / Taux
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François Villeroy de Galhau fait le vœu d’une ténacité monétaire / Et d’une mise en vérité budgétaire
"La victoire finale sera le prix de la force morale et de la persévérance". C’est en parsemant son discours de références à l’ancien président de la République Raymond Poincaré, dont nous fêtons le centenaire du plan cette année, qui a laissé une empreinte tout à la fois monétaire et budgétaire, que François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, a formulé, hier soir, ses vœux pour 2026.
D’une part, il a évoqué la persévérance de la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE). Alors que la hausse annuelle des prix à la consommation de la zone euro est en ligne avec son mandat, le grand argentier a déclaré que la bataille contre l’inflation était gagnée. "On ne change pas une politique monétaire qui gagne", a-t-il estimé. Le Conseil des gouverneurs s’est réuni à huit reprises en 2025 pour discuter de politique monétaire et il a décidé d’un statu quo sur les taux au cours des quatre dernières réunions de l’année. "Ce sujet deviendrait presque ennuyeux si ne flottaient encore parfois deux idées fausses", a-t-il indiqué.
"La première, qu’on ne voit pointer que dans notre pays, est que notre politique monétaire serait excessivement restrictive en comparaison de celle menée aux États-Unis", a pointé le banquier central, soulignant que le taux d’intérêt de la facilité de dépôt de la BCE se situait à 2 % contre 3,62 % pour les taux américains, et 3,75 % pour les taux britanniques. Alors que d’aucuns remettent en cause le resserrement quantitatif de la BCE (décrue de la taille du bilan), lui reprochant de faire monter les taux longs, François Villeroy de Galhau a fait remarquer que les obligations publiques détenues par l’institution de Francfort représentaient 22 % du PIB de la zone euro, contre 14 % pour la Fed aux États-Unis.
L’autre "idée fausse" pointée par le Français a trait à la thèse défendue par certains selon laquelle la BCE pourrait relever ses taux directeurs cette année. "Sauf choc improbable, c’est une théorie fantaisiste, au regard des derniers chiffres d’inflation sous-jacente, revenue à 2,3 %, de la modération salariale - particulièrement marquée dans notre pays -, de l’afflux des importations chinoises à prix réduit et de la baisse possible du dollar si l’indépendance de la Fed est menacée ", a lancé François Villeroy de Galhau.
D’autre part, à l’heure de s’épancher sur son deuxième "vœu de Poincaré", le patron de la Banque centrale hexagonale a notamment appelé la France à "sortir du déni budgétaire". Alors que le déficit public devrait atteindre 5,4 % du Produit intérieur brut (PIB) en 2025, le banquier central a jugé qu’un "triple étouffement" menacerait la France en l’absence d’assainissement des comptes en 2026. "L’étouffement budgétaire d’abord : les intérêts de la dette vont augmenter en dix ans de 70 milliards que nous ne pouvons plus consacrer aux dépenses prioritaires. Étouffement économique ensuite, via le surcoût de financement lié au spread, qui affecte notre capacité d’investir. Étouffement générationnel enfin : les choix budgétaires récents y compris dans le PLFSS vont clairement contre la jeunesse. Plus de dépenses de retraite et de santé pour les seniors - dont je suis -, financées par plus de déficits laissés aux générations futures : c’est la marque d’un budget social gérontocratique", a-t-il détaillé.
Il a insisté sur la nécessité de stabiliser les dépenses publiques en volume. Rappelons que celles-ci ont crû de 2,1 % en 2024 et 1,8 % en 2025. L’exécutif a proposé de limiter leur croissance à 0,3 % pour 2026. Compte tenu de ce qui a été voté jusqu’ici (loi de financement de la Sécurité sociale et PLF issu du Sénat en première lecture), le chiffre atteindrait 0,9 %. Un point de pourcentage représente 17 milliards d’euros.
Et du côté des recettes ? "Il y a certaines mesures naturelles de justice ; des mesures ciblées et exceptionnelles, tant que le déficit n’est pas revenu sous 3 %, peuvent également rester justifiées", a-t-il déclaré. "Mais pour le reste, la sagesse est d’arrêter de jouer avec l’impôt. La créativité fiscale dans les joutes parlementaires, fût-elle virtuelle, a un effet très réel et négatif sur le moral des entrepreneurs", a averti François Villeroy de Galhau.
De nombreuses personnalités du monde économique se sont pressées dans la Galerie dorée de l’Hôtel de Toulouse pour écouter le gouverneur. On a notamment pu croiser Amélie de Montchalin, ministre de l’Action et des Comptes publics, Eric Lombard, ancien ministre de l’Economie et des Finances, Benoît Cœuré, président de l’Autorité de la concurrence, Marie-Anne Barbat-Layani, présidente de l’Autorité des marchés financiers (AMF), Olivier Sichel, directeur général du groupe Caisse des Dépôts, Carine Camby, Première présidente par intérim de la Cour des comptes, Patrick Martin, président du Medef, Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, Clément Beaune, Haut-commissaire à la Stratégie et au Plan, Olivier Vigna, délégué général de Paris Europlace, Maya Atig, directrice générale de la Fédération bancaire française, Jérôme Grivet, directeur général délégué de Crédit Agricole S.A., Stéphane Dedeyan, président du directoire de La Banque Postale et directeur général adjoint du groupe La Poste, Claude Raynal, président de la commission des Finances du Sénat ou encore Alexandre Saubot, président de France Industrie.
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