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La création de valeur mise à nu du capital-investissement français / Quand l’exécution prime sur le cycle

La création de valeur ne s’est pas évaporée avec la fin des vents porteurs. En analysant les sorties réalisées en 2024, l’étude France Invest–EY met en évidence un recentrage net sur les fondamentaux opérationnels, dans un contexte où l’expansion des multiples et l’effet de levier ne suffisent plus à eux seuls.
La création de valeur reflète avant tout la trajectoire opérationnelle des actifs - PhotoAlto via AFP
La création de valeur reflète avant tout la trajectoire opérationnelle des actifs - PhotoAlto via AFP

Alors que le capital-investissement français débute l’exercice 2026 dans un environnement encore marqué par des incertitudes macroéconomiques et des conditions de liquidité toujours contraignantes, la publication récente de la 11ᵉ édition de l’étude de France Invest et EY sur la création de valeur invite à prendre du recul. L’analyse porte sur le millésime 2024, c’est-à-dire sur la création de valeur effectivement cristallisée lors des sorties réalisées cette année-là.

Une année d’observation aux enseignements précieux pour distinguer ce qui relève du travail industriel et stratégique de ce qui dépendait, pour des investissements engagés plusieurs années plus tôt, d’un environnement de financement et de valorisation plus favorable.

L’étude menée par France Invest et EY sur les PME et ETI accompagnées par les fonds français s’inscrit précisément dans cette perspective. Centrée sur les cessions réalisées en 2024, elle analyse 34 entreprises sorties au cours de l’année selon une méthodologie constante, et met en évidence une inflexion nette des moteurs de création de valeur. "L’effet résultat (88 % de la création de valeur), en augmentation par rapport au millésime 2023 et supérieur aux niveaux historiques, apparaît comme le principal déterminant de la création de valeur", souligne l’étude.

 

Des résultats avant les multiples

 

Autrement dit, la valeur créée en 2024 a d’abord reposé sur la performance économique des entreprises elles-mêmes. La progression de l’excédent brut d’exploitation s’est principalement appuyée sur la croissance des revenus. "La croissance organique représente 53 % de l’amélioration des résultats", contre 47 % sur la période 2019-2024, tandis que " la croissance externe pèse 43 %". À l’inverse, "la variation des taux de marges joue un rôle plus modéré qu’à l’accoutumée", limitée à 4 % de la création de valeur en 2024, contre 16 % en moyenne sur la période longue. Dans un environnement de coûts plus tendu, les gains de marge sont apparus moins accessibles, renforçant le poids de la croissance en volume et en périmètre.

Le rôle de l’effet multiple, sans disparaître, se normalise. " Le rôle de l’évolution du multiple d’acquisition dans la création de valeur est légèrement en-deçà des niveaux historiques", à 32 % en 2024 contre 36 % sur la période 2019-2024. Les multiples à l’entrée demeurent élevés, à 9,2 fois l’EBE, tandis que ceux observés à la sortie restent robustes, à 12,1 fois, dans le prolongement des millésimes 2022 et 2023. Cette progression reflète moins un mouvement de marché généralisé qu’un changement d’échelle des entreprises cédées. L’étude met en évidence "une corrélation marquée entre la taille des entreprises et leur multiple de valorisation", confirmant que la montée en puissance opérationnelle demeure un levier central de création de valeur.

 

Une dette plus sollicitée, mais une discipline préservée

 

La dette, enfin, illustre le caractère plus exigeant du cycle. En 2024, l’endettement net a augmenté sensiblement entre l’entrée et la sortie, avec une hausse de 75,1 %, principalement liée au financement des opérations de croissance externe. Pour autant, la discipline financière est restée tangible. " Le ratio dette/EBE se réduit et passe de 3,8x l’EBE à l’entrée à 3,1x l’EBE à la sortie ", grâce à la progression des résultats. L’endettement a accompagné l’exécution stratégique plutôt qu’il ne l’a supplantée, au prix toutefois d’un effet de désendettement négatif dans la décomposition de la création de valeur.

L’analyse millésime par millésime confirme cette lecture. Les sorties réalisées en 2024 se sont distinguées par une dépendance accrue à l’effet résultat, tandis que la contribution des multiples et de la dette a reflété un environnement plus sélectif. Dans un marché où les cessions sont demeurées disputées, seules les entreprises ayant démontré une trajectoire opérationnelle crédible sont parvenues à cristalliser de la valeur dans de bonnes conditions, une grille de lecture éclairante pour aborder la suite du cycle du capital-investissement français.

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