Macro-économie / Taux
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R&D : l’Europe garde ses atouts stratégiques / Elle peine toutefois à suivre le rythme des géants mondiaux
L’Europe innove… mais moins vite que ses rivaux. C’est ce que nous apprend le dernier baromètre de la Commission européenne que la question de la recherche et développement (EU Industrial R&D Investment Scoreboard 2025). En 2024, les 2 000 entreprises les plus investies en R&D ont consacré un total de 1 446 milliards d’euros, soit une hausse de 6,3 % par rapport à l’année précédente. Ce chiffre témoigne d’un dynamisme global soutenu, mais cache des disparités régionales notables. Les sociétés européennes ont enregistré une croissance modeste de 2,9 %, la plus faible depuis la pandémie de 2020, alors que les entreprises américaines et chinoises affichaient des taux respectifs de 7,8 % et 3,9 %.
Les secteurs restent très concentrés. L’informatique, qu’il s’agisse du software ou du hardware, la santé et l’automobile représentent plus de 80 % des investissements mondiaux en R&D. Dans ce contexte, l’Europe conserve une position de leader dans l’automobile, avec 87 milliards d’euros investis en 2024, soit plus du double des montants investis par les entreprises américaines et japonaises. Toutefois, la croissance européenne dans ce secteur reste faible, avec seulement 0,8 % de hausse, tandis que les entreprises chinoises et japonaises enregistrent des augmentations supérieures à 11 %.
Dans l’informatique, l’Europe connaît des difficultés, marquées par la sortie de plusieurs acteurs majeurs du top 2 000 et une réduction significative des investissements de certains leaders. À l’inverse, les entreprises européennes des secteurs de l’énergie et de la santé ont fortement intensifié leur R&D, reflétant les priorités stratégiques du continent en matière de transition énergétique et de résilience sanitaire.
Le classement met également en évidence sans grande surprise la domination des géants technologiques américains. Amazon est à la tête avec 65,3 milliards d’euros investis, et les entreprises américaines occupent 25 des 50 premières places du classement. Cette concentration de l’investissement R&D entre quelques grandes sociétés renforce leur position dans des domaines clés tels que l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs et la robotique avancée. Sur la dernière décennie, la part des cinq entreprises les plus investies est passée de 8 % à environ 15 % du total des investissements du top 2 000, traduisant un pouvoir croissant sur l’innovation mondiale et sur la diffusion technologique.
Malgré ces défis, l’Europe continue de jouer un rôle majeur dans l’innovation verte. Elle conserve une position de leader dans les brevets liés à la circularité, aux industries à forte consommation énergétique et aux transports propres, même si elle reste à la traîne dans les inventions liées à la " twin transition ", combinant digitalisation et décarbonation. L’Allemagne et la France demeurent les principaux contributeurs à ces avancées, tandis que des pays comme la Suède, la Finlande et l’Irlande se distinguent par leur spécialisation dans les technologies numériques et la transition énergétique, soutenue par des politiques publiques favorables et des infrastructures avancées.
L’analyse du Scoreboard 2025 met également en évidence les flux croisés de R&D entre l’Europe et les États-Unis. Les multinationales européennes investissent de plus en plus aux États-Unis, alors que les entreprises américaines continuent de choisir l’Europe comme destination pour une partie de leur R&D, même si leur part relative a diminué au fil des années.
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