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Macro-économie / Taux

Macro-économie / Taux

exclusif L'année 2026 vue par... Jean-Baptiste Pethe / Chef économiste d'AG2R La Mondiale

EXCLUSIF. Quelle forme affichera l’économie française en 2026 ? Le manque de confiance envers les institutions politiques se traduira-t-il par un nouveau recul de l’investissement des entreprises dans notre pays ? L’Europe trouvera-t-elle les moyens de donner un coup d’arrêt à la déferlante manufacturière chinoise ? Quelles conséquences aurait une possible mise sous tutelle de la Fed par Donald Trump ? L’adoption de l’intelligence artificielle par les entreprises se transformera-t-elle enfin en levier de croissance ?   Autant de questions que vous vous posez et auxquelles WanSquare tente de répondre chaque jour grâce aux éclairages de chefs d’entreprise, investisseurs et économistes.
Jean-Baptiste Pethe - DR
Jean-Baptiste Pethe - DR

Quel est votre scénario de croissance en Europe et en France pour 2026 ? Quel est le principal aléa autour de vos prévisions ? L’expansionnisme budgétaire de l’Allemagne sera-t-il une variable clé ?

 

Pour 2026, chez AG2R LA MONDIALE nous prévoyons une croissance de 1,2 % pour la zone euro, ce qui correspond au potentiel. Parmi les vents porteurs, citons la consommation des ménages, qui se redresse depuis fin 2024 grâce à la progression des salaires réels. L’expansion budgétaire est le deuxième grand facteur de soutien. L'Allemagne jouera un rôle moteur, avec une relance estimée à 1,5 point de PIB. L'impulsion sera néanmoins plus modérée pour le reste de la zone, avec une relance estimée de 0,2 point de PIB.

Les principaux vents contraires face à cette croissance proviendront des mercantilismes américain et chinois. Le protectionnisme américain et la concurrence accrue des produits chinois pèseront sur les entreprises européennes, réduisant leurs débouchés tant sur le marché domestique qu'à l'international.

En France, nous anticipons une croissance légèrement inférieure à celle de la zone euro, à 0,9 % en 2026. Cette différence s'explique principalement par un taux d'épargne français qui pourrait rester élevé, en raison d'un climat d'incertitude politique persistant. Il est à noter que la croissance française fait preuve d'une certaine résilience, cette incertitude perdurant depuis la dissolution de l'Assemblée nationale, survenue il y a près d'un an et demi. Or, nous enregistrerons malgré tout une croissance positive en 2025, que nous attendons à 0,8 %.

La croissance pourrait être plus forte si le taux d’épargne des ménages était amené à baisser plus fortement qu’anticipé. Elle pourrait être plus faible en cas de détérioration des conditions financières, par exemple via une hausse des rendements obligataires mondiaux ou une hausse supplémentaire de l’euro.

 

Pour la première fois depuis 2018, la Fed va avoir un nouveau patron. Au regard du contexte de sa nomination et des pressions exercées par Donald Trump sur le FOMC, pourrait-on assister à une vassalisation de la politique monétaire américaine ? Si oui, y aura-t-il des retombées ?

 

Compte tenu des prérequis annoncés par D. Trump quant au choix du nouveau président de la Fed, il est probable que le successeur de J. Powell tentera d’orienter le comité vers une politique plus accommodante. Il devra cependant convaincre les autres membres du FOMC, qui ne partagent pas tous cette position, comme en témoignent les récentes dissensions au sein du comité. En ce sens, il ne s'agit pas de vassalisation de la politique monétaire à proprement parler, même si le choix de D. Trump comptera.

Un signal plus inquiétant pourrait être envoyé en cas de limogeage de la gouverneure Liz Cook. Cette décision indiquerait plus clairement une remise en cause de l'indépendance de la Fed par l'administration. Or, l'Histoire suggère qu'une telle remise en cause serait néfaste pour les tendances inflationnistes.

Plus généralement, les incertitudes quant à la réaction anticipée de la Fed face à l'inflation peuvent faire craindre une perte d'ancrage des anticipations d'inflation, ce qui pourrait tendre les taux longs et nuire à l'efficacité de la politique monétaire.

 

Depuis de nombreux trimestres, le secteur manufacturier chinois accroît sensiblement ses parts de marché mondiales, ce au détriment de l’industrie européenne. Si les rapports Draghi, Letta et Noyer constituent des réponses à moyen terme pour donner un coup de fouet à notre compétitivité, existe-t-il des mesures clé en main pouvant être déployées afin de sauvegarder le tissu productif du Vieux continent ?

 

Oui, de telles mesures existent. Elles peuvent être à la fois de nature défensive et offensive. En ce qui concerne les mesures défensives, l'Union européenne surveille déjà les secteurs les plus touchés par la compétitivité accrue des produits chinois, où l'Europe perd des parts de marché face à la Chine. Il s'agirait donc d'imposer des droits de douane, au moins temporaires, sur les secteurs concernés, à l'image de la récente décision du Conseil, de soumettre à des droits de douane supplémentaires les petits colis importés. Une autre mesure défensive consisterait à renforcer les exigences d'investissement en Europe, auxquelles serait conditionné l’accès au marché européen, comme la Chine l'a fait avec l’Europe dans les décennies précédentes.

Des mesures plus offensives sont également à envisager en Europe, à commencer par l'union des marchés de capitaux et l'union bancaire. Les avantages d’une union financière sont multiples et celle-ci prend un sens particulier dans la lutte contre la compétitivité chinoise. En effet, face à des budgets européens contraints, on peut considérer qu'il existe, sur le continent, un déficit d'investissement. Á défaut d'un investissement public abondant, ces mesures permettraient de libérer de l'investissement privé. Ce dernier pourrait aider l'Europe à redynamiser son industrie et ainsi rattraper son retard sur ses concurrents.

 

Une bulle spéculative s’est-elle formée dans le secteur de l’intelligence artificielle ? Si oui, un éclatement pourrait-il mettre en péril la stabilité financière mondiale ?

 

Un certain nombre d'excès ont pu être observés récemment, rappelant ceux de la bulle Internet des années 1990. Ils concernent d'abord les fortes attentes de croissance à moyen terme du secteur, dont l'érosion pourrait secouer les marchés. On observe également un recours massif à l'endettement chez certains acteurs pour financer des investissements colossaux dans les capacités, ainsi que la multiplication des participations croisées.

Néanmoins, quelques éléments rassurants sont à noter. Tout d'abord, les entreprises d'IA sont nettement plus rentables que les entreprises Internet ne l'étaient dans les années 90. De plus, la prime de risque actions est aujourd'hui plus élevée, avoisinant les niveaux de 1997, et non ceux observés au moment de l'éclatement de la bulle Internet au début des années 2000. Ce parallèle est donc à nuancer, même si le risque de bulle IA restera un sujet central sur les marchés en 2026.

 

Dans le cas d’une absence d’assainissement des finances publiques françaises dans les années à venir du fait de la polarisation politique, croyez-vous davantage au scénario d’une lente asphyxie causée par une hausse progressive de la charge d'intérêts ou plutôt à celui d’une rupture soudaine de la confiance des marchés obligataires ?

 

Pour l’instant, les marchés accordent à la France le bénéfice du doute quant à la gestion de ses finances publiques, ce qui laisse encore des marges de manœuvre au Gouvernement. Cependant, si à l’issue des prochaines élections présidentielles, les politiques ne peuvent proposer un plan de réduction des déficits crédible qui protège en même temps la croissance, il faudrait s’attendre à une plus forte nervosité des marchés.

On peut penser au cas de l’Italie en 2018. Une crise d’abord politique avait catalysé les faiblesses économiques du pays, entre retards d’investissement, faibles gains de productivité et endettement structurellement élevé. La proposition d’un budget expansionniste par la coalition gouvernementale avait provoqué l’envolée des taux italiens, puis forcé un retour en arrière et l’adoption d’un budget plus raisonnable. Autre exemple, le moment "Liz Truss" de 2022 qui rappelle que les marchés n’apprécient pas la sortie d’un cadre budgétaire ou économique établi. Dans le cas de la France, un non-respect affiché des règles budgétaires européennes pourrait provoquer ce genre d’instabilité.

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