Macro-économie / Taux
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Fraude aux paiements en Europe, un fléau contenu / Cartes et virements concentrent les pertes malgré l’effet protecteur de l’authentification forte
La fraude résiste, mais ne progresse plus. Publié à partir des dernières données collectées auprès des prestataires de services de paiement, le rapport conjoint de l’Autorité bancaire européenne (ABE) et de la Banque centrale européenne (BCE) dresse un panorama détaillé des fraudes aux moyens de paiement dans l’Union européenne et l’Espace économique européen (EEE) entre 2022 et 2024. Il confirme une tendance lourde : si les montants détournés restent significatifs, leur évolution apparaît globalement stable, signe que les dispositifs réglementaires et technologiques commencent à produire leurs effets.
Sur l’ensemble de l’année 2024, les pertes liées à la fraude atteignent 4,2 milliards d’euros. Les virements et les paiements par carte concentrent l’essentiel des montants frauduleux. Les virements frauduleux représentent à eux seuls 2,5 milliards d’euros, pour un taux de fraude très faible rapporté aux volumes traités, tandis que les paiements par carte génèrent 1,3 milliard d’euros de pertes, avec un taux de fraude nettement plus élevé. En nombre d’opérations, la carte reste de loin le moyen de paiement le plus touché.
Le rapport souligne que la majorité des fraudes intervient à distance. C’est particulièrement vrai pour les paiements par carte, les virements et la monnaie électronique, même si les cartes continuent d’être majoritairement utilisées en proximité pour les transactions légitimes. Dans le cas des cartes, les fraudeurs initient souvent directement les paiements, soit via des données volées pour les achats en ligne, soit à l’aide de cartes physiques perdues ou dérobées. Pour les virements, la manipulation du payeur constitue le principal mode opératoire et représente plus de la moitié des montants frauduleux.
L’un des enseignements centraux du rapport concerne l’authentification forte du client. Introduite par la directive PSD2, elle est aujourd’hui appliquée à la majorité des paiements électroniques en valeur, notamment pour les virements. En revanche, elle reste moins fréquente en volume pour les paiements par carte et la monnaie électronique, en raison de l’essor des paiements sans contact, devenus la norme en point de vente. Les transactions authentifiées présentent des taux de fraude nettement inférieurs à celles qui ne le sont pas, en particulier pour les paiements par carte. Pour les virements, des taux plus élevés sont observés sur les opérations authentifiées, un effet lié au fait que l’authentification forte est surtout déclenchée sur des opérations à risque ou de montants élevés.
Le rapport met également en évidence une fracture géographique. Les paiements par carte réalisés avec des contreparties situées hors de l’EEE affichent des taux de fraude environ dix-sept fois supérieurs à ceux des transactions domestiques, là où l’authentification forte n’est pas systématiquement exigée. En 2024, près d’un tiers de la fraude sur les paiements par carte en valeur provient de transactions transfrontières hors EEE.
La répartition des pertes reste, elle aussi, très inégale. Les utilisateurs supportent une part importante des fraudes, en particulier pour les virements, où ils assument environ 85 % des pertes. Pour les paiements par carte, cette part tombe à 38 %, tandis qu’elle dépasse la moitié pour les prélèvements et les retraits d’espèces. D’importantes disparités existent toutefois entre pays, reflet de cadres de responsabilité et de mécanismes d’indemnisation différents.
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