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Macro-économie / Taux

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France : ce mystère entourant le rapport des dirigeantes d’entreprise aux banques / Pourquoi elles recourent moins au crédit que leurs homologues masculins

Les entreprises dirigées par des femmes sollicitent moins souvent les banques que celles dirigées par les hommes pour financer leurs projets. Un document de travail de la Banque de France montre que l’inégalité ne trouve pas son origine du côté de l’offre, mais de celui de la demande de crédit. Un déséquilibre aux retombées potentiellement majeures et dont les causes sont imparfaitement comprises.
Gabriel Sanchez / AltoPress / PhotoAlto via AFP
Gabriel Sanchez / AltoPress / PhotoAlto via AFP

Les femmes accèdent davantage aux responsabilités économiques, mais continuent de s’autocensurer face au financement bancaire. À l’échelle mondiale, la part de femmes occupant les fonctions de direction générale a presque doublé depuis le milieu des années 2010, même si elles restent largement minoritaires. Au sein de l’indice MSCI World, la part des femmes directrices générales est passée de 3,9 % en 2016 à 7,9 % en 2024.

Mais cette progression quantitative ne dit rien de l’égalité réelle face aux leviers de développement économique. Être dirigeante ne garantit pas un accès équivalent aux ressources financières indispensables à la croissance. Un accès inégal à celles-ci, par exemple au crédit bancaire, freine l’expansion d’entreprises potentiellement performantes, limite l’innovation et contribue à une allocation inefficiente du capital à l’échelle macroéconomique. Des travaux ont montré que l’absence d’écart de genre dans l’accès au crédit augmenterait le Produit intérieur brut (PIB) des États-Unis de 4 %.

Pour analyser précisément cette question, a été menée une étude de la Banque de France couvrant la période 2012-2023 et portant sur plus de 2 500 entreprises hexagonales indépendantes, dirigées par une seule personne, femme ou homme. Il en ressort que les entreprises dirigées par des femmes recourent moins à l’endettement bancaire que celles dirigées par des hommes.

L’offre ne serait pas en cause, les taux de rejet des banques étant similaires pour les deux sexes. En fait, les dirigeantes sollicitent moins de crédits bancaires dans des proportions allant de 12 % à 26 %, selon le type d’instrument de financement considéré (lignes de crédit, prêts de trésorerie et prêts d’investissement). "Cet écart de genre dans la "demande" de crédit persiste même après avoir pris en compte un large éventail de différences entre les caractéristiques des entreprises dirigées par des femmes et par des hommes, ainsi qu’entre les directeurs généraux femmes et hommes", expliquent Nicoletta Berardi et Benjamin Bureau, auteurs de l’étude. Par exemple, il ne s’explique ni par le fait que les femmes dirigent des entreprises plus petites, ni par leur présence disproportionnée dans certains secteurs d’activité.

Mais alors que cache ce phénomène ? Les deux chercheurs rapportent que la littérature économique a parfois évoqué le fait que les femmes avaient une plus forte aversion au risque et disposaient d’une moindre confiance en elles par rapport aux hommes. Ils rappellent toutefois que ces hypothèses tendent à être remises en cause par la recherche récente.

C’est pourquoi les deux économistes en proposent une autre : l’éducation financière. "Un corpus substantiel de recherches empiriques montre que l’expertise financière est associée aux politiques financières des entreprises, notamment en ce qui concerne la trésorerie et la structure du capital. Ensuite, plusieurs études montrent que les femmes tendent à présenter des niveaux de littératie financière inférieurs à ceux des hommes", indiquent-ils.

L’étude souligne d’ailleurs qu’en France les dirigeantes sont moins alphabétisées financièrement que leurs homologues masculins. Dans le détail, s’appuyant sur des données de l’OCDE et de la Banque de France, les deux chercheurs expliquent que sur les notions financières de base, hommes et femmes se situent à un niveau comparable.

En revanche, les écarts se creusent dès que les concepts deviennent plus techniques ; sont cités les business angels, les produits dérivés ou l’affacturage, domaines dans lesquels les hommes affichent une meilleure maîtrise. Une autre différence notable est que les hommes recourent davantage aux experts-comptables pour leurs décisions financières, une pratique généralement associée à une meilleure gestion.

"Promouvoir une plus grande égalité en matière d’alphabétisation financière est important en soi, à la fois pour des raisons d’équité et d’efficacité, mais cela le serait encore davantage si cela conduisait à un meilleur accès au financement externe", jugent Nicoletta Berardi et Benjamin Bureau, qui reconnaissent qu’ils n’ont pas été en mesure de chiffrer l’impact de la variable "éducation financière" sur la demande de crédit.

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