WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Macro-économie / Taux

Macro-économie / Taux

Accords commerciaux : quand la rareté brouille les pistes / Pourquoi leur efficacité est particulièrement difficile à quantifier

Un problème de rareté rendant pour le moins ardue l’appréciation des effets des accords commerciaux. Un chiffrage réalisé par un économiste du CEPII constate que ce sont près de 40 % qui n’auraient pas produit d’effet statistiquement significatif. La difficulté à isoler les effets liés à chaque accord semble persister avec le temps.
Accord commercial signé lors du premier mandat de Donald Trump. Photo by Kaname Yoneyama / The Yomiuri Shimbun via AFP
Accord commercial signé lors du premier mandat de Donald Trump. Photo by Kaname Yoneyama / The Yomiuri Shimbun via AFP

Des modèles bien démunis. Les rapprochements entre pays pour faciliter le commerce, les progrès associés ont souvent bien du mal à être observé. C’est ainsi que Camilo Umana-Dajud, économiste au CEPII, explique même que les études empiriques observant parfois des effets négatifs associés à l’entrée en vigueur d’accords commerciaux. Un problème statistique fondamental en serait la cause à en croire le chercheur et toucherait également les mouvements de capitaux.

Il s’avère en effet que chaque accord commercial, à l’instar d’autres politiques internationales, "ne concerne qu’un nombre très limité de paires de pays par rapport au nombre de paires de pays possibles dans le monde". La rareté associée produit tantôt des "résultats qui paraissent statistiquement solides mais qui sont, en fait, très éloignés de la réalité " et rend également compliqué la détection effective des véritables effets. L’expert du CEPII compare la situation au fait de chercher une aiguille dans une botte de foin.

 

Manque

 

Son constat est celui d’un nombre d’accords signés bien trop peu important engendrant une incertitude statistique bien réelle. Prenant l’exemple de l’accord entre les États-Unis et le Japon, Camilo Umana-Dajud explique qu’avec "seulement 10 observations sur 5 ans, réduire la taille de l’échantillon à 50 pays au lieu de 200 ne résoudrait rien : on aurait toujours seulement 10 observations avec l’accord, et donc le même problème de rareté". La situation ne pourrait s’améliorer qu’en la présence de cas plus nombreux où la politique est en vigueur, à défaut les informations pertinentes finiraient par être diluées au sein d’une masse des données.

Les modèles utilisés semblent avoir bien du mal à saisir les situations de rareté. En se plaçant dans une situation où seulement 5 paires de pays ont signé un accord et en effectuant près de 1 000 situations, les résultats communiqués par l’économiste témoignent d’une hétérogénéité marquée. Il observe des cas où "l’accord baisse le commerce de 35 %, dans d’autres qu’il l’augmente de 80 %, alors que l’effet est, par hypothèse, de 10,5 %. D’ailleurs seules 18 % des simulations se situent entre 5,13 % et 16,18 % (zone noire sur le graphique), intervalle autorisant une marge d’erreur de 10 % autour de l’effet fixé".

 

Prudence

 

Le message est clair pour les dirigeants, Camilo Umana-Dajud les exhorte à avoir en tête que cette "volatilité rend toute conclusion hasardeuse : on ne sait plus si ce que l’on mesure reflète la réalité ou simplement le bruit statistique". Une étude peut ne pas trouver d’effet à un accord commercial en particulier et ce même accord être loin d’être inutile. Les études de cas et les témoignages des entreprises sont autant d’éléments à prendre en considération. L’économiste considère qu’il vaut mieux dans certains cas choisir de renoncer à l’évaluation d’un accord seul mais accepter de regrouper des accords pour obtenir un résultat plus fiable quand bien même il serait moins précis.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article