Macro-économie / Taux
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L'année 2026 vue par... Léo Barincou /
Chef économiste France d'Oxford Economics
Quel est votre scénario de croissance en Europe et en France pour 2026 ? Quel est le principal aléa autour de vos prévisions ? L’expansionnisme budgétaire de l’Allemagne sera-t-il une variable clé ?
Nous sommes substantiellement plus pessimistes que le consensus à Oxford Economics, à la fois pour la zone euro et, dans une moindre mesure, pour la France en 2026. En zone euro, nous anticipons une croissance de 0,9 % en 2026, en ralentissement après 1,4 % attendu en 2025. L’économie française croîtrait quant à elle de 0,8 % l’an prochain, un rythme proche de celui attendu cette année, qui demeure légèrement en dessous du potentiel.
Notre pessimisme relatif pour la zone euro tient largement à l’idée que le plan de relance allemand mettra plus de temps à monter en charge que ce que la plupart des prévisionnistes anticipent, limitant ainsi le soutien issu de la politique budgétaire dès l’an prochain. L’Allemagne a historiquement rencontré des difficultés à dépenser les montants qu’elle programmait. Ces difficultés préexistantes de décaissement, de gestion administrative, mais aussi de capacité productive de l’économie, seront amplifiées par la forte accélération des dépenses prévue dans le cadre du plan de relance. L’ampleur effective du soutien budgétaire allemand constitue donc l’aléa majeur entourant les perspectives européennes pour 2026.
L’environnement international demeurerait par ailleurs fortement défavorable à la zone euro, avec une fermeture accrue du marché américain du fait des droits de douane, d’une part, et une intensification de la concurrence chinoise, à la fois sur le marché européen et sur les marchés tiers, d’autre part. Ce double choc pesant sur les exportations européennes constitue l’autre facteur clé justifiant notre prudence quant aux perspectives de croissance l’an prochain.
Depuis de nombreux trimestres, le secteur manufacturier chinois accroît sensiblement ses parts de marché mondiales, ce au détriment de l’industrie européenne. Si les rapports Draghi, Letta et Noyer constituent des réponses à moyen terme pour donner un coup de fouet à notre compétitivité, existe-t-il des mesures clé en main pouvant être déployées afin de sauvegarder le tissu productif du Vieux continent ?
L’expansion budgétaire dans les pays européens disposant de marges de manœuvre peut soutenir les entreprises manufacturières en stimulant la demande, dont la faiblesse constitue un frein majeur à l’investissement, comme le montrent les enquêtes conjoncturelles. Cet effet serait renforcé si ces plans budgétaires étaient assortis de dispositifs favorisant les commandes locales.
L’imposition de droits de douane, voire de restrictions temporaires à l’importation, afin de protéger certains secteurs jugés stratégiques du point de vue économique ou sécuritaire, constitue également une option à la disposition de l’Union européenne.
Toutefois, aucun de ces leviers n’est viable à moyen et long terme si la compétitivité des entreprises européennes ne s’améliore pas de manière structurelle. S’arc-bouter sur la protection d’industries historiques dans lesquelles l’Europe n’est plus dominante et n’a aucune chance de le redevenir n’a guère de sens. À l’inverse, la mise en œuvre de mesures structurelles ambitieuses allant dans le sens des recommandations du rapport Draghi peut produire des effets même à relativement court terme, en restaurant la confiance dans la capacité de l’Union européenne à favoriser la compétitivité des entreprises et à faire du développement économique une priorité.
Dans le cas d’une absence d’assainissement des finances publiques françaises dans les années à venir du fait de la polarisation politique, croyez-vous davantage au scénario d’une lente asphyxie causée par une hausse progressive de la charge d'intérêts ou plutôt à celui d’une rupture soudaine de la confiance des marchés obligataires ?
Un scénario de dégradation progressive, comparable à celui observé en Italie, apparaît plus probable au regard de la situation des finances publiques françaises et des difficultés politiques rencontrées par le pays.
Il convient de rappeler que les intérêts actuellement payés par la France demeurent faibles en perspective historique, ce qui reflète les emprunts à taux quasi nuls contractés à la fin des années 2010. Le fardeau de la dette est toutefois appelé à augmenter fortement au cours des prochaines années, à mesure que cette dette sera refinancée aux taux actuels, alors même que la croissance potentielle française est en ralentissement. Cet effet de ciseau placera la France, à moyen terme, dans une situation proche de celle de l’Italie aujourd’hui, où la dette suit une trajectoire spontanément haussière du fait du poids des emprunts passés. Cela contraindra le pays à dégager des excédents primaires simplement pour stabiliser le ratio de dette rapporté au PIB, réduisant d’autant les marges de manœuvre budgétaire.
Cette dynamique obérera la capacité de la France à investir dans l’avenir, par exemple en contraignant les dépenses d’éducation ou de recherche, ou en accentuant encore la pression fiscale pesant sur les facteurs de production.
Un scénario de rupture soudaine de l’accès au marché obligataire semble en revanche peu probable, hors choc exogène majeur. La France, en tant que pays central de la zone euro, bénéficie du soutien implicite de la Banque centrale européenne, qui interviendrait en dernier ressort pour prévenir un incident de crédit. Sans ce filet de sécurité, la France aurait très probablement déjà connu un épisode de crise de confiance comparable à celui du Royaume-Uni en 2022.
D’après une étude du Conseil d’analyse économique, un effort de 148 milliards d’euros en six ans serait nécessaire pour que la France stabilise son taux d’endettement public tout en se prémunissant contre les crises. Quelles sont les composantes de la dépense publique devant assumer l’ajustement ?
La nature précise de l’ajustement budgétaire relève avant tout d’un choix politique, l’acceptabilité sociale jouant un rôle central. La répartition de l’effort entre recettes et dépenses, ainsi que le ciblage des économies à réaliser, ne peuvent donc être déterminés uniquement sur la base de critères d’efficacité économique.
Cela étant, plusieurs éléments factuels peuvent éclairer le débat. Le premier tient à l’ampleur inédite de l’ajustement requis, qui impose de s’intéresser aux grandes masses de la dépense publique. Les dépenses sociales, incluant les retraites, la santé et l’assurance chômage, sont de facto en première ligne, dans la mesure où elles constituent le premier poste de dépense et où la France y consacre une part de son PIB nettement supérieure à celle observée dans les autres pays européens. Il apparaît difficile de réaliser un tel ajustement sans réduire le poids des retraites dans les dépenses publiques, indépendamment même des enjeux d’équité intergénérationnelle désormais bien identifiés dans le débat public.
Le deuxième constat est qu’une croissance économique plus soutenue rend l’ajustement budgétaire à la fois plus aisé et moins coûteux socialement. Dans cette perspective, les réductions de dépenses susceptibles de pénaliser le potentiel de croissance doivent être évitées autant que possible, tandis que celles susceptibles de le renforcer méritent une attention particulière. Les dépenses d’éducation, de recherche et d’investissement public contribuant à des gains de productivité futurs devraient ainsi être protégées. À l’inverse, certaines réductions de dépenses peuvent également se traduire par une hausse du taux d’emploi, notamment celles portant sur les paramètres de l’assurance chômage ou sur l’âge de départ à la retraite.
Enfin, l’ampleur de l’effort requis rend sans doute inévitable une réflexion approfondie sur le périmètre d’intervention de l’État et sur les missions qui lui sont assignées. La technique du rabot, longtemps utilisée et consistant à appliquer une baisse uniforme à l’ensemble des crédits d’un ministère, n’est plus opérante lorsqu’il s’agit de trouver près de 150 milliards d’euros. Une telle réflexion relève, là encore, davantage du champ politique que de l’analyse économique.
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