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Macro-économie / Taux

Macro-économie / Taux

exclusif L'année 2026 vue par... Philippe Aurain / Chef économiste de La Banque Postale

EXCLUSIF. Quelle forme affichera l’économie française en 2026 ? Le manque de confiance envers les institutions politiques se traduira-t-il par un nouveau recul de l’investissement des entreprises dans notre pays ? L’Europe trouvera-t-elle les moyens de donner un coup d’arrêt à la déferlante manufacturière chinoise ? Quelles conséquences aurait une possible mise sous tutelle de la Fed par Donald Trump ? L’adoption de l’intelligence artificielle par les entreprises se transformera-t-elle enfin en levier de croissance ?   Autant de questions que vous vous posez et auxquelles WanSquare tente de répondre chaque jour grâce aux éclairages de chefs d’entreprise, investisseurs et économistes.
Philippe Aurain - DR
Philippe Aurain - DR

Quel est votre scénario de croissance en Europe et en France pour 2026 ? Quel est le principal aléa autour de vos prévisions ? L’expansionnisme budgétaire de l’Allemagne sera-t-il une variable clé ?

 

Commençons par la géopolitique. Faut-il anticiper des événements économiquement "influents" au sens d’ayant un impact sur l’activité mondiale ? La fin de la guerre en Ukraine pourrait marginalement relaxer les cours du pétrole mais l’impact resterait de deuxième ordre sur l’économie mondiale (il va de soi que nous ne parlons pas ici des aspects humanitaires). A l’inverse, sa poursuite nécessiterait un effort budgétaire majeur des européens. Dans le contexte français, cet effort serait un handicap supplémentaire pour les finances publiques. Les radars n’identifient pas d’autre conflits majeurs imminents, mais des conflits régionaux pourraient être déclenchés (Vénézuéla par exemple). Nous excluons une invasion de Taiwan par la Chine à ce stade même si une stratégie de tensions sera probablement constamment déployée.

L’acteur américain va-t-il encore faire parler de lui ? Les des droits de douane américains semblent stabilisés pour l’heure via des accords bilatéraux entre les Etats-Unis et leurs partenaires. Des disputes vont encore se développer, par exemple avec l’Europe (réglementation GAFAM, investissement aux Etats-Unis…). La Stratégie Nationale de Sécurité publiée par les Etats-Unis en décembre annonce une relation Europe-Etats-Unis de plus en plus basée sur les rapports de force et la possibilité d’ingérence politique. Distanciation il y aura, mais est-ce vraiment une rupture de tendance ? La prise de distance américaine dans le financement de l’OTAN est depuis longtemps inévitable (et peu critiquable sur le fond). Le basculement vers le Pacifique est déjà dans les revues stratégiques américaines depuis 10 ans et traduit l’affaiblissement relatif de l’Europe (passée de 30 % en 1980 à 14 % du PIB mondial aujourd’hui). La nouveauté réside surtout dans les reproches sociétaux (migratoires, liberté d’expression, réglementation). Les deux derniers points sont probablement plus à mettre en relation avec la protection des intérêts américains sur les GAFAM que de l’amour de la libre pensée. Va-t-on à la rupture. Non. Premièrement, les européens n’en n’ont pas les moyens. Deuxièmement, les Etats-Unis ont besoin d’un front de l’Est "tenu" par l’Europe pour concentrer leurs ressources sur la Chine. Troisièmement, Trump n’est que de passage. Les midterms s’annoncent très contestées pour le parti républicain. Mauvaise nouvelle, cela l’encouragera à de nouvelles outrances au S1 2026 mais, bonne nouvelle, il n’aura probablement plus de majorité à l’automne. De quoi reconstruire une relation plus cordiale mais, attention, sans espoir de retour en arrière sur la défense européenne ou les droits de douane : les intérêts américains ainsi exprimés ne sont pas une lubie trumpienne et une évolution de fond.

La croissance mondiale bénéficiera néanmoins de taux un peu plus bas et une inflation maîtrisée. L’activité même affectée par les droits de douane pourrait croître à un rythme proche de celui de cette année.

Aux Etats-Unis, les questions centrales sont d’évaluer si la hausse de l’investissement va compenser les effets de l’inflation importée sur la demande domestique et si l’emploi ne va pas être trop altéré par les restrictions sur l’immigration. Dans un environnement de taux plus favorable, nous pensons que ce sera le cas et que la croissance devrait être proche de celle de 2025 (2 %). Le changement de patron de la FED ne devrait pas être un "game changer". La logique d’institution va prévaloir à celle des individus.

En Europe, l’impulsion budgétaire devrait rester quasi neutre grâce à la hausse des dépenses en l’Allemagne. Ici aussi, la baisse des taux et l’amélioration du pouvoir d’achat devraient soutenir l’activité sous-jacente alors que la défense et la transition énergétique soutiendront les dépenses d’investissement.

Concernant la France, la principale préoccupation sera sa capacité à suivre la trajectoire d’amélioration des finances publiques programmée dans le plan de stabilité. Malgré de bonnes raisons de s’inquiéter des incertitudes politiques actuelles, la cible de déficit 2026 devrait être en deçà mais assez proche du niveau souhaitable. La question sera plutôt à quel coût, notamment en termes d’attractivité et de compétitivité, ce qui ne sera pas forcément sensible dès l’année prochaine mais pourrait avoir de fâcheux effets à moyen terme. Car l’enjeu est de poursuivre un effort sur 4 ou 5 années. Sur la base des discussions budgétaires actuelles, la dérives des comptes publics sera très difficile à contrôler.

Quels sont les points de sensibilité de ces scénarios ?  La géopolitique surprend toujours, il faut vivre avec cet aléa. Sans évoquer le sujet "Taïwan", un scénario très négatif serait la poursuite de la guerre en Ukraine sans le soutien américain qui obligerait les européens à s’engager de manière plus importante et renforcerait les risques sur l’activité européenne.

Aux Etats-Unis, la Fed pourrait baisser ses taux de manière plus rapide si des risques de ralentissement étaient avérés ou moins rapide si les risques d’inflation dominaient. Le risque haussier taux parait plus probable à ce stade et les anticipations de baisse des taux sont encore largement hypothétiques et dépendront de l’impact des droits de douanes et des restriction d’immigrations sur l’inflation. Mais les conséquences de ces ajustements de taux ne nous apparaissent pas drastiques par rapport à ce que seraient celles issues d’un Krach boursier. Un tel événement ralentirait en effet fortement les investissements, notamment technologiques et la consommation (effet richesse négatif) et pourraient entraîner une récession.

En Europe, outre le sujet ukrainien, une crise politico-financière en France et une perte de confiance des marchés financiers dans la dette française seraient susceptibles de déclencher une crise "souveraine" très déstabilisante pour le continent et, bien entendu, l’économie française. Par ailleurs, le sujet de la "protection" des frontières commerciales européennes pourrait devenir majeur en raison de la domination commerciale de la Chine et générer un conflit commercial (rétorsion sur les terres rares…).

Mais la véritable année de transition pourrait-être 2027. En effet, les midterms aux Etats-Unis pourraient changer la majorité au Congrès ce qui entrainerait probablement une révision des relations internationales. Si nous ne pensons pas que les démocrates reviendraient significativement en arrière sur le financement de la défense européenne ou les droits de douane (ce qui n’exclut pas des ajustements), ils seraient probablement enclins à revenir dans l’accord de Paris et à élaborer une politique plus "pro-européenne", notamment vis-à-vis de l’Ukraine.

 

En vue de l’élection présidentielle française de 2027, les ébauches de programme des candidats pourraient être dévoilées l’année prochaine. Par ordre d’importance, quelles seraient les trois mesures à adopter pour muscler le potentiel de croissance de l’Hexagone ?

 En France, 2027 sera l’année des élections présidentielles, cœur de la vie politique de notre pays, où les enjeux pourraient cette fois-ci être considérables. À cette date, le poids de la charge d’intérêt et l’aggravation des déficits sociaux seront tels que des choix drastiques devront être proposés aux français. On connait les enjeux à arbitrer : améliorer la compétitivité et accélérer la croissance et/ou réduire le poids du système de protection sociale. Il faudra probablement faire les deux. Les gains de productivité passent par l’innovation et donc l’investissement, lui -même dépendant des profits (réduction des impôts de capital et du coût réglementaire). La croissance passe également par la hausse du taux d’emploi (réforme des retraite, reforme de l’éducation/formation).

Dans le cas d’une absence d’assainissement des finances publiques françaises dans les années à venir du fait de la polarisation politique, croyez-vous davantage au scénario d’une lente asphyxie causée par une hausse progressive de la charge d'intérêts ou plutôt à celui d’une rupture soudaine de la confiance des marchés obligataires ?

 

D’après une étude du Conseil d’analyse économique, un effort de 148 milliards d’euros en six ans serait nécessaire pour que la France stabilise son taux d’endettement public tout en se prémunissant contre les crises. Quelles sont les composantes de la dépense publique devant assumer l’ajustement ?

Les ordres de grandeurs sont inédits : par exemple l’institut Montaigne chiffre à 8 % la réduction nécessaire de toutes les prestations sociales et services publics hors dépenses sanctuarisées (défense, Europe, intérêt).

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