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Macro-économie / Taux

Macro-économie / Taux

exclusif L'année 2026 vue par... Frederik Ducrozet / Responsable de la recherche macroéconomique chez Pictet Wealth Management

EXCLUSIF. Quelle forme affichera l’économie française en 2026 ? Le manque de confiance envers les institutions politiques se traduira-t-il par un nouveau recul de l’investissement des entreprises dans notre pays ? L’Europe trouvera-t-elle les moyens de donner un coup d’arrêt à la déferlante manufacturière chinoise ? Quelles conséquences aurait une possible mise sous tutelle de la Fed par Donald Trump ? L’adoption de l’intelligence artificielle par les entreprises se transformera-t-elle enfin en levier de croissance ?   Autant de questions que vous vous posez et auxquelles WanSquare tente de répondre chaque jour grâce aux éclairages de chefs d’entreprise, investisseurs et économistes.
Frederik Ducrozet - DR
Frederik Ducrozet - DR

Quel est votre scénario de croissance en Europe et en France pour 2026 ? Quel est le principal aléa autour de vos prévisions ? L’expansionnisme budgétaire de l’Allemagne sera-t-il une variable clé ?

 

Nous avons un scénario d’accélération de la croissance en Europe en 2026, dont le moteur sera effectivement l’Allemagne via une politique budgétaire très expansionniste mais aussi la bonne tenue des pays du Sud. La croissance annuelle du PIB de la zone euro devrait rester modérée, autour de 1.3% en moyenne en 2026, mais l’amélioration devrait néanmoins être visible au fur et à mesure que les dépenses budgétaires allemandes seront déployées. Les risques restent nombreux et élevés, y compris en France bien sûr, mais un des avantages de l’union monétaire c’est que l’expansion d’un état membre produits des externalités positives sur ses voisins. Enfin, différence importante par rapport aux Etats-Unis, l’inflation est sous contrôle en zone euro et la BCE a déjà baissé ses taux, ce qui produit des conditions économiques et financières plutôt favorables.

 

Pour la première fois depuis 2018, la Fed va avoir un nouveau patron. Au regard du contexte de sa nomination et des pressions exercées par Donald Trump sur le FOMC, pourrait-on assister à une vassalisation de la politique monétaire américaine ? Si oui, y aura-t-il des retombées ?

 

Les craintes liées à une perte totale d’indépendante de la Fed me semblent très exagérées, mais il est indéniable que la banque centrale subit d’énormes pressions politiques sous l’administration actuelle. Le ou la successeur(e) de Jerome Powell pourrait infléchir la politique monétaire à la marge, mais pas en changer la direction si les données ne vont pas dans son sens. En revanche, il faut s’attendre à de nouvelles tentatives de transformation en profondeur de la gouvernance de la Réserve Fédérale, y compris en termes de nomination des présidents de Fed régionales, ce qui peut également avoir une influence sur certaines mesures de politique monétaire ou de régulation financière.

 

Depuis de nombreux trimestres, le secteur manufacturier chinois accroît sensiblement ses parts de marché mondiales, ce au détriment de l’industrie européenne. Si les rapports Draghi, Letta et Noyer constituent des réponses à moyen terme pour donner un coup de fouet à notre compétitivité, existe-t-il des mesures clé en main pouvant être déployées afin de sauvegarder le tissu productif du Vieux continent ?

 

Il n’y a aucune mesure "facile" à prendre politiquement qui réglerait immédiatement le problème de compétitivité vis-à-vis des exportations chinoises. Les enjeux stratégiques dans les secteurs concernés sont compliqués, les intérêts des états membres ne sont pas toujours alignés, et les solutions proposées sont souvent coûteuses à court terme, y compris en termes d’emploi. Les rapports Letta et Draghi offrent des pistes de réflexion et des mesures concrètes dans le domaine de l’énergie, des technologies ou encore des propositions d’intégration au niveau européen des moyens de financement, mais la plupart d’entre elles demandent d’investir davantage de capital politique. La question est de savoir si ces mesures peuvent être adoptées de manière préventive, ou s’il faut faire face à une crise plus sévère pour que des décisions soient prises plus rapidement, y compris par des cercles plus restreints de pays désireux d’avancer ensemble en s’affranchissant des règles d’unanimité et des longues procédures européennes.

 

Une bulle spéculative s’est-elle formée dans le secteur de l’intelligence artificielle ? Si oui, un éclatement pourrait-il mettre en péril la stabilité financière mondiale ?

 

Notre réponse courte à cette question compliquée est : non, pas encore. Les valorisations élevées de certaines entreprises et les montants colossaux des investissements engagés peuvent faire craindre une nouvelle bulle spéculative comme celle du début des années 2000, mais la comparaison s’arrête là. Une majorité de ces entreprises de la technologie continue d’enregistrer des profits élevés qui justifient ces valorisations. Le risque serait qu’un emballement pour l’intelligence artificielle entraîne une croissance ininterrompue des investissements entre entreprises du même secteur, de façon circulaire, jusqu’à ce qu’un catalyseur entraîne une correction de ces valorisations et, au plan macro, un effet richesse négatif qui pèse sur la croissance américaine. Mais même dans ce scénario, les fondamentaux économiques restent solides et l’endettement des ménages, en particulier, reste modeste, ce qui permettrait de limiter l’ampleur et la durée d’une récession, d’autant que la Fed serait probablement en position de baisser les taux rapidement.

 

En vue de l’élection présidentielle française de 2027, les ébauches de programme des candidats pourraient être dévoilées l’année prochaine. Par ordre d’importance, quelles seraient les trois mesures à adopter pour muscler le potentiel de croissance de l’Hexagone ?

 

On ne compte plus les rapports d’experts commandés par les gouvernements successifs pour redresser la compétitivité française et augmenter son potentiel de croissance. Pour faire très simple, une fiscalité plus efficace,  attractive et juste devrait faire partie des priorités. En termes d’investissement, l’idéal serait de dégager des marges de manœuvre budgétaire pour accroître l’effort dans l’éducation et l’innovation technologique. Et pour ce faire, il paraît inévitable de s’attaquer (de nouveau) à la question de l’équilibre du système de retraite et de santé, au moment où la dégradation de la démographie française semble s’accélérer – un risque qui a pourtant longtemps été un atout de la France par rapport à ses voisins.

  

Dans le cas d’une absence d’assainissement des finances publiques françaises dans les années à venir du fait de la polarisation politique, croyez-vous davantage au scénario d’une lente asphyxie causée par une hausse progressive de la charge d'intérêts ou plutôt à celui d’une rupture soudaine de la confiance des marchés obligataires ?

 

Les épisodes récents ont confirmé que la contagion d’une crise politique et budgétaire en France étaient non-linéaires : jusqu’à un certain point, les marchés l’ignorent, tant que la perception dominante est que la France continuera de respecter ses engagements européens en matière de politique budgétaire. On est dans le premier scénario, dans lequel les déficits publics restent élevés et l’augmentation de la charge de la dette réduit les marges de manœuvre, mais sans crise financière généralisée. Si au contraire un gouvernement français franchit cette ligne, en s’opposant frontalement à Bruxelles, ou bien si la France est incapable de se doter d’un budget faisant craindre une spirale d’endettement plus rapide, alors on bascule dans un scénario différent dans lequel les coûts de financement peuvent exploser car les investisseurs internationaux se désengagent. Se pose alors la question explosive de l’intervention potentielle de la Banque Centrale Européenne, qui me semble loin d’être évidente.

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