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L’état des lieux réglementaire d’Antonio Filosa / Les vents sont porteurs aux Etats-Unis, en attendant des décisions européennes

Invité à s'exprimer lors de la Goldman Sachs Industrials & Auto Week, le directeur général de Stellantis est revenu sur les tendances réglementaires au gré desquelles son industrie navigue. Alors que de bonnes nouvelles pour les entreprises du secteur, concernant les obligations de réduction d'émissions des véhicules, ont été actées par Donald Trump cette semaine et que le groupe observe des signes de redressement dans le pays, des décisions européennes restent aussi attendues. L'occasion, pour Antonio Filosa, de rappeler les grands arguments des constructeurs automobiles.
Antonio Filosa (Photo by MARCO BERTORELLO / AFP)
Antonio Filosa (Photo by MARCO BERTORELLO / AFP)

Pendant que les négociations se poursuivent quant au contenu des mesures qui seront annoncées par la Commission européenne pour l’industrie automobile – initialement prévues pour le 10 décembre, mais dont la révélation pourrait être retardée – Antonio Filosa continue de faire valoir les positions des constructeurs automobiles européens. Le directeur général de Stellantis, invité à s’exprimer lors de l’édition annuelle de la Goldman Sachs Industrials & Auto Week a expliqué que selon lui, la réglementation européenne devrait s’attacher à résoudre une équation composée de trois variables : la protection de l’environnement, la préservation des emplois et l’accessibilité des véhicules pour les consommateurs.

À ce titre, le patron du constructeur automobile a énoncé plusieurs mesures qui lui semblent prioritaires, notamment pour adapter la trajectoire de réduction des émissions de CO2 et les objectifs électriques de l’Europe : celle de différencier les besoins des véhicules utilitaires légers des véhicules particuliers, d'inclure la flexibilité technologique pour tous les véhicules après 2035, par exemple au travers des bio-carburants ou encore la mise en place d’un cadre réglementaire particulier pour les petites voitures.

Autant de messages portés par les constructeurs automobiles, notamment au travers de leur association l’ACEA, qui semblent avoir de l'écho sur certains points à Bruxelles, mais aussi à Bercy, où se sont réunis cette semaine les acteurs de la filière, "afin de porter d’une voix claire les demandes de la France dans le cadre du paquet automobile en cours de finalisation au niveau européen", aux côtés de Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature, et Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie.

Tout en haut du programme : la question d’une préférence européenne assumée afin de pousser à la production en Europe de parts significative de la valeur ajoutée d’un véhicule et de ses composants stratégiques, un lissage des objectifs de réduction des émissions de CO2 sur cinq ans pour les véhicules utilitaires légers (ils ont déjà été étalés sur trois ans, au travers de la révision de la norme CAFE), les incitations à l’achat de véhicules électriques européens par les flottes d’entreprises et un soutien à la montée en cadence des usines de batteries européennes. "Nous apprécions les messages récents qui ont été délivrés par les leaders les plus importants", a ajouté Antonio Filosa, en faisant référence aux annonces du gouvernement français, ainsi qu’au chancelier allemand Friedrich Merz, dont les positions sont claires quant à un assouplissement tranché de l’interdiction des moteurs thermiques, pour les ventes de voitures neuves, en 2035.

 

Changement drastique de cap

 

S’il faudra désormais patienter pour que la Commission européenne dévoile son "paquet automobile", de bonnes nouvelles pour les entreprises sont déjà au rendez-vous aux États-Unis. "Nous sommes à un moment spécial, j'étais hier à la Maison Blanche", a souligné Antonio Filosa. Il se tenait en effet aux côtés de Donald Trump et des autres représentants des grands constructeurs automobiles de Détroit lors de l'annonce, par le président américain, de plusieurs assouplissements drastiques des normes d’efficacité énergétique qui avaient été mises en place sous l’administration Biden - notamment sur le plan des exigences en matière d’émissions pour les véhicules. "Joe Biden et Pete Buttigieg (ancien Secrétaire aux Transports des États-Unis, ndlr) ont illégalement manipulé les normes de consommation de carburant pour imposer l’achat de véhicules électriques, ce qui a fait exploser le prix des voitures pour les familles américaines et contraint les constructeurs à produire des véhicules dont personne ne voulait", a déclaré le secrétaire américain aux Transports, Sean P. Duffy.

Interrogé sur la trajectoire américaine de Stellantis, Antonio Filosa a reconnu qu’il existait un décalage net entre les projections qui avaient été faites en interne et la réalité du marché : alors que le groupe prévoyait auparavant que la pénétration de l’électrique serait de 50 % aux États-Unis en 2030, elle n’a pour l’heure pas encore franchi la barre des 6 %. "Certaines hypothèses étaient erronées, mais nous avons écouté le marché", a assuré le patron de l’industriel. Il s’est notamment félicité du succès enregistré, en termes de commandes, sur les pick-up Ram équipés du moteur Hemi V8 (thermique) : 50 000 dans les six semaines suivant sa réintroduction.

Antonio Filosa a aussi pointé l’intérêt que suscitait le nouveau Jeep Cherokee hybride, indiquant avoir bon espoir que cette technologie devienne privilégiée par les automobilistes américains. Leur production sera par ailleurs soutenue par les 13 milliards de dollars que le constructeur s’est engagé à investir aux États-Unis sur les quatre prochaines années, un marché clé où les difficultés du groupe avaient pesé lourd l’an passé. C’est notamment pour regagner des parts de marché que le directeur général a remanié la stratégie produits de Stellantis dans le pays.

Mettant l’accent sur les signes prometteurs arrivant en provenance des grandes marques aux Etats-Unis et sans préjuger de la clôture de ses comptes annuels, il a en tout cas indiqué que le groupe était en bonne voie pour atteindre ses objectifs de 2025 à la fin novembre. "Je suis prudent de nature, notamment en tant qu’ingénieur. Le travail est terminé lorsqu’il est terminé", a indiqué Antonio Filosa, assurant que la génération de trésorerie restait une priorité pour Stellantis. Le directeur général devrait, pour mémoire, présenter son nouveau plan stratégique à la communauté financière au cours du premier semestre de 2026.

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