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L’axe aéronautique franco-indien se renforce / Safran investit massivement à Hyderabad

Porté par la croissance fulgurante du marché indien et la volonté de New Delhi de renforcer sa souveraineté aérienne, Safran accélère. Avec un nouveau centre MRO dédié aux moteurs LEAP – le turboréacteur le plus vendu dans l’aviation civile – et un atelier consacré au moteur du Rafale, le groupe s’ancre durablement au cœur de la modernisation aéronautique du pays.
Olivier Andriès, directeur général de Safran, et Narendra Modi, Premier ministre de l’Inde, lors de l’inauguration du nouveau centre MRO du groupe à Hyderabad
Olivier Andriès, directeur général de Safran, et Narendra Modi, Premier ministre de l’Inde, lors de l’inauguration du nouveau centre MRO du groupe à Hyderabad

À l’heure où la coopération franco-allemande sur le SCAF, le programme européen de système de combat aérien du futur qui doit succéder au Rafale et à l’Eurofighter, peine à dépasser la gestion de ses désaccords, la filière aéronautique française consolide ailleurs un axe stratégique beaucoup plus fluide. Le partenariat avec l’Inde aura pris en 2025 une nouvelle dimension. L’initiative dévoilée jeudi par Safran en est l’illustration, confirmant la place désormais centrale du pays dans la stratégie internationale de l'entreprise.

Le groupe dirigé par Olivier Andriès vient d’inaugurer à Hyderabad ce qui deviendra son plus grand centre de maintenance au monde pour les moteurs LEAP, turboréacteurs de nouvelle génération les plus vendus dans l’aviation civile et qui équipent notamment les Airbus A320neo et Boeing 737 MAX. Cet investissement de 200 millions d’euros accompagnera l’expansion du marché aérien indien, l’un des plus rapides au monde en croissance du trafic et en renouvellement de flotte. Le site, qui s’étend sur 45 000 m², pourra réviser 300 moteurs par an et sera équipé d’un banc d’essai de nouvelle génération. Une implantation clé pour un marché qui exploite déjà plus de 400 avions équipés de LEAP et en attend plus de 2 000 supplémentaires. Safran table désormais sur un triplement de ses revenus dans le pays d’ici 2030 pour dépasser 3 milliards d’euros, dont une large part générée localement.

 

L’Inde devient un maillon central de la chaîne motoriste française

 

Cette accélération ne concerne pas seulement l’aviation civile. Safran a également officialisé la création à Hyderabad d’un premier atelier de maintenance hors de France pour le moteur M88 du Rafale. Ce site, qui représente plus de 40 millions d’euros d’investissement, pourra traiter plus de 600 modules par an et soutiendra en priorité les moteurs opérés par les forces aériennes indiennes, grand utilisateur du Rafale, dont elles envisagent de passer une nouvelle commande d’environ 90 appareils en plus des 62 déjà en service. Safran a par ailleurs signé une coentreprise avec Bharat Electronics Limited pour produire localement le Hammer, une munition air-sol guidée dérivée de l’AASM et déjà intégrée sur l'avion de combat français.

Ces annonces s’inscrivent dans une séquence plus large, ouverte quelques mois plus tôt par Dassault Aviation. Pour mémoire, l'avionneur a confié début juin à Tata Advanced Systems la fabrication du fuselage du Rafale. Puis Dassault a franchi un cap supplémentaire en signant un accord avec Reliance pour produire en Inde des Falcon 2000 LXS destinés au marché mondial. C’est la première fois que Dassault accepte d’assembler un Falcon en dehors du territoire français, signe de la confiance croissante accordée aux partenaires industriels indiens.

Car ces choix inédits reflètent la montée en compétence rapide de l’écosystème local et la volonté française d’y installer durablement ces activités. On mesure le chemin parcouru quand on se souvient qu’Éric Trappier, le président-directeur général de Dassault Aviation, doutait encore il y a quelques années de la capacité de l’industrie aéronautique indienne, en particulier Hindustan Aeronautics Limited (HAL), à absorber des transferts de propriété intellectuelle ou à produire le Rafale dans le cadre du grand appel d’offres MMRCA de 126 appareils lancé en 2007.

 

Un rapprochement qui dépasse l’industrie

 

Si la logique économique est évidente dans le civil, dans le domaine militaire, l’enjeu revêt logiquement une dimension plus stratégique et géopolitique. Selon de récentes informations publiées par Indian Defence News, l’Inde et Safran auraient par ailleurs scellé un accord pour développer conjointement un moteur de nouvelle génération destiné à la future flotte d’avions de combat indiens, avec un transfert technologique approfondi et une propriété intellectuelle qui serait détenue côté indien. Ce projet, évalué à plusieurs milliards de dollars, viserait à équiper l’AMCA, futur chasseur furtif de cinquième génération développé par New Delhi pour renforcer ses capacités aériennes.

Pour New Delhi, il s’agit de bâtir une chaîne de propulsion souveraine. La France, elle, en acceptant de partager davantage son savoir-faire et d’associer l’industrie indienne à ses programmes, consolide une présence durable dans la modernisation aérienne du pays, prolongeant un rapprochement déjà à l’œuvre dans d’autres secteurs, du spatial à l’Indo-Pacifique, et renforçant un partenariat appelé à compter dans l’équilibre régional.

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