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Deutsche Bank assume sa montée en puissance / Croissance, efficacité et IA au cœur de la feuille de route 2026-2028

Assurée d’avoir stabilisé son modèle, Deutsche Bank aborde 2026-2028 avec l’ambition d’accélérer : croissance des revenus, discipline de capital et gains d’efficacité nourris par l’IA. Si la trajectoire affichée marque un changement d’échelle, son niveau d’exigence n’a pas échappé au marché, qui accueille pour l’instant le plan avec une certaine réserve.
Christian Sewing, le directeur général de Deutsche Bank (Photo by CARSTEN KOALL / dpa Picture-Alliance via AFP)
Christian Sewing, le directeur général de Deutsche Bank (Photo by CARSTEN KOALL / dpa Picture-Alliance via AFP)

"Deutsche Bank est pleinement de retour. Et désormais, nous passons clairement de la défense à l’offensive. " Christian Sewing, directeur général depuis 2018, affichait lundi à Londres une assurance qu’il n’aurait pas pu se permettre il y a six ans en présentant son nouveau plan stratégique. La banque allemande revendique désormais une trajectoire stabilisée, une rentabilité restaurée et un capital renforcé ; elle estime pouvoir aborder 2026-2028 depuis une position de force, mais aussi depuis une crédibilité managériale que les marchés lui reconnaissent à nouveau.

Le dirigeant assume une ambition simple : faire entrer Deutsche Bank dans une nouvelle phase d’expansion. Pour ce faire, la nouvelle feuille de route s’appuie sur trois leviers – croissance ciblée, discipline de capital, modèle opérationnel scalable – et se veut dans la continuité du redressement engagé en 2019, présenté non comme une fin de cycle mais comme une base solide pour la suite. "Nous avons construit un élan opérationnel considérable", a insisté Christian Sewing, avant d’affirmer que la banque "a tout ce qu’il faut pour concrétiser cette vision ". Les cibles annoncées sont ambitieuses : revenus portés à environ 37 milliards d’euros en 2028, ratio coût/revenu sous 60 %, CET1 stable entre 13,5 % et 14 %, et RoTE (retour sur fonds propres tangibles) relevé à plus de 13 %, contre un objectif supérieur à 10 % en 2025.

 

Un contexte allemand propice

 

Dans l’immédiat toutefois, le marché a réservé un accueil mitigé à cette feuille de route. L’action Deutsche Bank cédait plus de 5 % mardi à Francfort, au lendemain de la présentation du plan, après avoir déjà perdu plus de 3 % la veille. Une réaction à relativiser : les marchés européens restent orientés à la baisse depuis plusieurs séances, dans un contexte de nervosité autour de la trajectoire de politique monétaire américaine. Mais cette faiblesse du titre traduit aussi, en filigrane, une interrogation sur l’ampleur des ambitions fixées.

Pour le management, le contexte stratégique joue pourtant en faveur de la maison allemande : demande accrue pour un acteur européen dans la banque globale, montée en puissance des flux intra-régionaux, besoins massifs d’investissement liés à la transition énergétique et technologique. Sewing y voit un effet d’aubaine pour une banque qui se définit comme un pont naturel entre l’Europe et le reste du monde : "La demande de services financiers globaux, adossés à une véritable expertise locale, ne cesse clairement de croître", a-t-il souligné, revendiquant que Deutsche Bank "est ce partenaire-là ". L’ambition affichée est de consolider le modèle de Global House Bank en poussant davantage l’intégration entre banque de financement, marchés, corporate banking, gestion d’actifs et banque privée.

De fait, la dynamique commerciale attendue repose fortement sur le marché domestique : la banque vise plus de 5 % d’augmentation annuelle de ses revenus, dont près de 2 milliards d’euros générés en Allemagne.

 

Des objectifs exigeants sous l’œil des analystes

 

James von Moltke, présent à Londres pour sa dernière présentation stratégique avant son départ, a replacé le plan dans la continuité du travail engagé depuis 2019 : "Nous sommes désormais en position favorable pour une croissance rentable, et nous avons réalisé les investissements fondamentaux nécessaires." Le CFO sortant insiste sur un groupe transformé : modèle simplifié, revenus équilibrés, efficacité opérationnelle renforcée, 2,5 milliards d’euros d’économies sécurisées d’ici fin 2025 et capital excédentaire robuste. C’est sur cette base que Deutsche Bank estime pouvoir aborder une nouvelle phase d’accélération.

Les analystes reconnaissent la clarté des objectifs, tout en soulignant ce qu’ils impliquent en matière d’exécution. UBS note que "les économies nettes sont inférieures aux attentes", ce qui signifie que l’ajustement opérationnel restera limité, et observe que la trajectoire dépendra largement de la capacité du groupe à dégager davantage de revenus tout en maintenant une discipline stricte sur le capital. Chez Octo Finances, on relève également que Deutsche Bank présente un plan " assez ambitieux en termes d’efficacité opérationnelle et de rentabilité". Les deux analyses convergent : les objectifs sont exigeants, mais ils s’inscrivent dans un environnement allemand redevenu plus porteur qu’au cours de la dernière décennie.

 

Capital, efficacité, IA : les chantiers clés

 

En interne, la discipline de capital sera l’un des chantiers les plus structurants. Sewing prévient : "Nous appliquerons des seuils de rentabilité stricts, ferons franchir un cap à notre bilan et éliminerons les inefficiences. " Il s’agit d’améliorer de 100 points de base le ratio revenus/RWA, ces actifs pondérés par les risques qui déterminent une grande part des exigences de fonds propres, de réallouer le capital vers les activités à rendement supérieur et d’accélérer la rotation du bilan grâce aux mécanismes de transfert de risques.

L’autre pilier du plan est technologique. Après avoir modernisé ses architectures, Deutsche Bank veut franchir un cap en matière d’intelligence artificielle. "L’intelligence artificielle nous offre un changement d’échelle potentiel en matière d’efficacité et de qualité de service pour nos clients", souligne Sewing, qui a demandé à chaque membre de son comité exécutif de piloter cette transformation dans son périmètre. Le potentiel d’efficience est estimé à 2 milliards d’euros bruts à horizon 2028, grâce au déploiement d’un modèle opérationnel plus intégré et automatisé, dans lequel l’IA (générative, codage assisté, hyper-personnalisation) joue un rôle central.

Christian Sewing revendique une banque désormais stabilisée, revenue à un niveau de solidité qu’il juge décisif pour aborder la suite : " Nous sommes plus solides que nous ne l’avons jamais été." James von Moltke, qui s’apprête à passer le relais, est, lui, " convaincu que le meilleur est encore à venir", une manière de dire que le cycle ouvert ces dernières années n’a pas encore livré tout son potentiel.

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