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Les TPE et PME naviguent encore et toujours à vue au cœur de l'incertitude politique / Elle pèse sur leurs motivations à investir, entre autres facteurs négatifs

L’incertitude du climat politique français, les débats budgétaires en cours et la faiblesse de la demande nationale ne sont pas de nature à encourager les TPE et PME françaises à investir ou à recruter, rapporte la dernière enquête trimestrielle de Bpifrance Le Lab et Rexecode. Un climat morne qui pénalise un certain nombre de leurs prévisions, à court comme à plus long termes.
(Photo by Riccardo Milani / Hans Lucas via AFP)
(Photo by Riccardo Milani / Hans Lucas via AFP)

Un attentisme dont les TPE et PME françaises ont du mal à se départir. Ces dernières semaines, la publication de certains indicateurs économiques - sectoriels ou de croissance – aurait pu laisser penser que le tissu productif français reprenait de l'élan. Mais il semblerait pourtant que l’instabilité politique à l’œuvre dans l’Hexagone depuis la dissolution de l’Assemblée nationale, tout comme la morosité chronique du climat économique, pèsent toujours davantage sur leurs prévisions.

Les patrons ayant été interrogés entre le 13 et le 24 octobre dernier (soit au moment où l’Assemblée nationale a entamé son travail sur le projet de budget pour 2026) par Bpifrance Le Lab et Rexecode, à l’occasion de leur traditionnel baromètre trimestriel, l’indiquent d’ailleurs : leurs intentions à vouloir déployer des investissements sont retombées à leur plus bas niveau depuis la crise du Covid-19, tandis que le solde d’opinion relatif à l’évolution des montants qu’ils comptent investir s’est nettement dégradé, après un rebond observé au troisième trimestre.

À -29, il évolue largement en dessous de sa moyenne historique, de -5. "Ce recul s’explique par plusieurs éléments. Il y a celui, tangible, de la baisse de la demande qui s’exprime aux chefs d’entreprise. Les facteurs d’offre, comme les difficultés de recrutement ou les coûts trop élevés, qui ont longtemps pris le pas, rentrent dans les rangs. Le vrai problème est désormais celui des débouchés et des perspectives de demande dégradées", nous indique Baptiste Thornary, responsable des études économiques et de la conjoncture de la banque publique d’investissement. De fait, même parmi les patrons comptant investir, la part de ceux ayant prévu de réduire leurs budgets s’apprécie de 7 points, à 43 %, contre seulement 14 % qui prévoient de les augmenter (en baisse de 3 points). 

 

Un impact fort grandissant

 

À ce cocktail s’ajoute le facteur de l’incertitude politique. "La part de dirigeants qui redoutent qu’elle ait un impact sur leur activité a sensiblement remonté, notamment chez ceux prévoyant qu’il sera fort. Nous ne l’avions pas forcément anticipé, car cette statistique avait reculé au troisième trimestre, alors que notre enquête avait été menée en amont du vote de confiance de François Bayrou. Les projets d’embauche s’étaient aussi légèrement améliorés et marquent désormais le pas de ce fait", relève Sabrina El Kasmi, responsable du pôle conjoncture-macroéconomie-risque pays de Bpifrance. "Certes, le marché de l’emploi est morose, c’est également pour cette raison que les difficultés d’embauche refluent, tout comme les projets en la matière", ajoute-t-elle. Sur ce point, la situation semble d’ailleurs plus délicate.

Par exemple, les annulations de projets d’investissements en lien avec l'incertitude de la politique économique  ne sont pas forcément les plus marquées. Les chefs d’entreprise sondés prévoient davantage de les reporter, à l’inverse de ce qui peut s’observer dans les perspectives d’embauches. "C’est un motif d’espoir : ces reports pourraient potentiellement être réactivés. Mais il faudra sûrement que d’autres conditions soient réunies, comme la certitude sur la trajectoire des dépenses publiques ou une reprise de la consommation des ménages – qui ne résulte pas seulement d’un manque de pouvoir d’achat, mais aussi d’un comportement d’épargne exacerbée", anticipe Baptiste Thornary.

Lorsqu’ils sont interrogés sur les raisons de ces reports ou de ces annulations, sans surprise, les chefs d’entreprise dénoncent à hauteur de 79 % le manque de visibilité politique. Elle est suivie par la faible consommation des ménages (70 %). Les conditions de financement moins favorables arrivent bien plus loin. Mais là encore, il semblerait bien que l’incertitude à l’œuvre dans l’Hexagone sur le plan politique suscite des inquiétudes. 

 

À plus long terme

 

Par exemple, l’instabilité politique et le déficit persistant des comptes publics contribuent à créer des tensions sur les taux souverains. Lesquelles peuvent avoir des conséquences sur le financement des entreprises : 26 % des patrons estiment en tout cas que la hausse des taux d’emprunt rendra l’accès au crédit plus difficile, tandis que 31 % prévoient qu’il deviendra plus coûteux.

"Dans l’ensemble, il est possible d’en déduire que les débats budgétaires en cours ravivent les aspects les plus négatifs de l’incertitude des chefs d’entreprise, sur le plan économique et fiscal",
résume Sabrina El Kasmi. Une meilleure visibilité sur les comptes publics arrive d’ailleurs en haut de la liste des motifs de retour de la confiance des dirigeants. Ce climat pesant pour les entreprises ne semble, de plus, pas seulement être de nature à grever leurs projets immédiats. "On observe bien qu’il y a un impact à plus long terme, au-delà du seul facteur des investissements et des embauches", souligne Sabrina El Kasmi. De fait, 43 % des patrons estiment par exemple qu’elle les poussera à annuler ou reporter l’expansion de leur activité de manière plus structurelle.

En attendant, bien que fragilisées par rapport au trimestre précédent, les TPE et PME françaises pourront toutefois compter sur quelques acquis pour traverser cette conjoncture délicate, qu’il s’agisse de leur situation de trésorerie, du financement de leur exploitation courante ou de leurs moindres difficultés d’approvisionnement. "Les indicateurs corrigent, sans que l’on se situe sur un seuil d’alerte", pointe Baptiste Thornary.

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