Macro-économie / Taux
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Industrie : les droits de douane, un appât pas nécessairement efficace pour la relocalisation / De l'importance du secteur considéré
Donald Trump n’a de cesse de présenter les droits de douane comme un outil pour protéger l’industrie locale et encourager les entreprises étrangères à investir sur le territoire national. "Les entreprises construiront ici même, ou en paieront le prix", avait lancé le président américain au printemps dernier. Une étude récente de la Banque centrale européenne (BCE) montre que cette stratégie comporte des risques importants pour le secteur manufacturier.
L’analyse économétrique de Isabella Moder et Tajda Spital, économistes à l’institution de Francfort, repose sur les projets greenfield, qui correspondent à la création de nouvelles unités de production et sont donc un indicateur direct des intentions d’investissement industriel. Les chercheures montrent que les hausses de tarifs de faible ou moyenne intensité n’ont que peu d’effet sur ces projets manufacturiers. En revanche, lorsqu’une augmentation de droits de douane touche un très grand nombre de produits, elle réduit le nombre de projets manufacturiers de près de 21 %.
L’étude révèle également une forte hétérogénéité selon les secteurs industriels. Certains secteurs, comme le textile, l’automobile, l’informatique, l’électronique et la machinerie, voient leurs investissements augmenter après des hausses de tarifs. Dans ces secteurs, les entreprises peuvent adopter une stratégie dite de "contournement des tarifs" : elles implantent localement leur production pour éviter les droits de douane sur les biens finis et répondre aux exigences locales, tout en bénéficiant des économies d’échelle sur de grands marchés consommateurs. Par exemple, les producteurs automobiles étrangers sont incités à installer des usines locales pour éviter les taxes sur les véhicules importés et se conformer aux règles de contenu local.
À l’inverse, plusieurs industries voient leur investissement décliner sous l’effet des tarifs élevés. C’est le cas du bois, du pétrole raffiné, du caoutchouc et des produits plastiques ou encore des métaux façonnés. Dans ces secteurs, la production est souvent en amont, intense en capital et fortement intégrée à des chaînes d’approvisionnement mondiales. Même dans les secteurs orientés vers le consommateur final, comme la pharmacie, les décisions d’investissement sont davantage guidées par la réglementation, l’accès aux intrants spécialisés et l’intégration dans les chaînes de production mondiales que par la proximité des marchés finaux.
Si les tarifs peuvent attirer certains investissements visant à contourner les barrières commerciales, ce " pari protectionniste " est peu susceptible de générer des gains durables dans l’investissement manufacturier, d’après l’étude, qui reconnaît néanmoins que les entreprises nationales protégées de la concurrence étrangère peuvent accroître leurs investissements ou leur capacité de production, compensant potentiellement une partie de ces effets.
"En revanche, des hausses tarifaires à grande échelle risquent d’augmenter les coûts des chaînes d’approvisionnement, de décourager l’investissement orienté vers l’efficacité et, en fin de compte, de compromettre la compétitivité manufacturière qu’elles cherchent à protéger", insistent Isabella Moder et Tajda Spital.
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