Dirigeants, gouvernance / Claude Bébéar
Dirigeants, gouvernance
Claude Bébéar
Disparition de Claude Bébéar, bâtisseur d’un capitalisme à visage humain
Claude Bébéar s’est éteint à l’âge de 90 ans, refermant un chapitre essentiel de l’histoire du capitalisme français. Fondateur et président d’honneur du groupe AXA, il incarne ces bâtisseurs qui, en l’espace d’une génération, ont hissé des entreprises françaises au rang de champions mondiaux, lui qui a su transformer une modeste mutuelle normande (Les Anciennes Mutuelles) en leader mondial de l’assurance.
Diplômé de Polytechnique et de l’Institut des actuaires de Paris, Claude Bébéar rejoint le monde de l’assurance dès la fin des années 1950. En 1978, à la tête des Mutuelles Unies, il engage le groupe dans une stratégie d’expansion audacieuse : prise de contrôle de Drouot en 1982, fusion avec la Compagnie du Midi en 1988, puis rachat de l’UAP en 1996. Ces opérations, encore peu courantes dans la France des années 1980, marquent la naissance d’AXA comme marque et comme puissance financière. L’ouverture internationale suivra : Equitable, cinquième société d’assurance vie aux États-Unis, en 1991 ; National Mutual, l’un des principaux acteurs australiens, en 1995 ; Guardian Royal Exchange, grand nom de l’assurance britannique, puis Nippon Dantaï, société vie japonaise, à la fin des années 1990.
Ce parcours de conquérant s’accompagnait d’une conviction profonde : l’entreprise devait être un acteur de la Cité. Très tôt, Claude Bébéar plaida pour un capitalisme ouvert et responsable. Il crée Entreprise et Cité dès 1983, puis l’Institut du Mécénat Humanitaire, devenu l’Institut du Mécénat de Solidarité, avant de lancer en 2000 l’Institut Montaigne, think tank indépendant destiné à nourrir le débat public. Chez AXA, il initie aussi "Atout Cœur", programme phare de solidarité du groupe. Pour lui, la performance économique n’avait de sens que si elle s’accompagnait d’un progrès social partagé.
Dans les années 1990, il est considéré comme le "parrain" du capitalisme français, figure à la fois respectée et écoutée, dont la parole pesait sur les carrières de dirigeants et sur les grandes orientations industrielles. Humaniste et exigeant, il a su rassembler autour de lui une génération de patrons animés par la même culture d’engagement et de responsabilité, symbolisée par cette "bande des rugbymen" qu’il formait avec Serge Kampf, Henri Lachmann et Jean-René Fourtou.
Lorsqu’il transmet la présidence d’AXA à Henri de Castries en 2000, le groupe pèse déjà 80 milliards d’euros de chiffre d’affaires, compte 140 000 collaborateurs et 50 millions de clients dans le monde. Il demeurera ensuite président du conseil de surveillance puis président d’honneur, continuant d’incarner un capitalisme libéral et citoyen jusqu’à ses dernières années.
Avec sa disparition, s’efface la figure tutélaire d’une génération de fondateurs qui a fait entrer les groupes français dans la mondialisation tout en revendiquant une vision sociale de l’économie. Claude Bébéar laisse l’image d’un stratège bâtisseur et d’un patron humaniste, dont l’héritage continue de façonner la culture d’entreprise française.
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