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Entreprises / Actions

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Quand les délais de paiement renferment des informations pour les investisseurs / Des signaux prédictifs sur la formation des rentabilités boursières

Sujet capital pour les entreprises par essence, les délais de paiement des sociétés cotées peuvent aussi participer à la formation des rentabilités boursières de ces dernières. Mais encore faut-il pouvoir avoir accès de manière plus détaillée aux informations en question. La dernière Lettre Vernimmen, en s’appuyant sur un article académique, s’est attachée à expliciter les deux mécanismes en cause.
(Photo by CFOTO / NurPhoto via AFP)
(Photo by CFOTO / NurPhoto via AFP)

L’impact que produisent les délais de paiement sur les entreprises est bien connu. Et ce à plusieurs égards, peu importe le continent où elles sont installées. Qu’il s’agisse de la France ou des États-Unis, le constat reste d’ailleurs partagé sur le rôle qu’ils tiennent quant au financement à court terme des sociétés : les dettes fournisseurs tiennent le haut du panier en la matière. De l’autre côté de l’Atlantique, elles représentent même trois fois plus que les prêts bancaires. "Cela signifie que ce sont des entreprises non financières qui fournissent la plus grande partie du financement à court terme des entreprises", souligne la dernière Lettre Vernimmen, qui s’est appuyée sur un article académique publié dans le Journal of Financial Economics en 2025 pour expliciter le rapport entre les délais de paiement et les signaux prédictifs de la rentabilité boursière.

Se pencher sur ce sujet n’est pas seulement utile pour les entreprises, rappellent ses auteurs Pascal Quiry et Yann Le Fur, puisque les dettes fournisseurs constituent l’un des éléments constitutifs de leurs besoins en fonds de roulement (BFR), dont la variation est capitale dans la génération de flux de trésorerie d’une entreprise. Lorsque la hausse du BFR consomme l’essentiel du cash généré par l’activité ou qu’à l’inverse, sa baisse représente la source principale des flux de trésorerie, une analyse minutieuse des différentes composantes de ce dernier apparaît nécessaire à l’élaboration d’un diagnostic préalable aux prévisions.

D’où l’intérêt de passer le sujet des dettes fournisseurs à la loupe, car les obligations déclaratives des sociétés cotées en la matière restent limitées. "Les états financiers indiquent seulement le montant des dettes fournisseurs, mais pas l’âge de ces dettes et encore moins les délais de paiement pratiqués par l’entreprise envers ses fournisseurs", observe La Lettre Vernimmen. Les variations de comptes fournisseurs sont exploitables, mais elles peuvent aussi refléter autre chose que des paiements retardés ou avancés – évolution de l’activité et changements de conditions de crédit, par exemple.

"Si les délais de paiement constituent une information pertinente pour la performance boursière et que cette information est difficile d’accès, il existe potentiellement une inefficience de marché exploitable en Bourse", explique La Lettre Vernimmen, indiquant que c’est bien la démonstration à laquelle sont parvenus les auteurs de l’article académique (P. Lieberman, A. Mihov, A. Naranjo et M. Velikov), en proposant deux stratégies aux investisseurs qui auraient accès à ces informations, combinant l’inefficience informationnelle et la compensation du risque.

 

Forces et faiblesses

 

Ils se sont appuyés, pour ce faire, sur une base de données privée fournie par Dun & Bradstreet, plus complètes que celles des documents comptables. Surtout, l’institut établit un score indiquant la fiabilité de chaque entreprise dans le respect des délais de paiement, le PAYDEX (l’échantillon contient 7 000 entreprises cotées américaines, avec un PAYDEX mensuel entre 2006 et 2019).

La première stratégie ? Utiliser les variations brutales dans les délais de paiement comme un indicateur de la santé financière de l’entreprise. Elle consiste à acheter des actions des entreprises dont le PAYDEX augmente (délais plus rapides), financées par la vente de celles dont l’indicateur diminue. "Les auteurs parviennent à obtenir une rentabilité de 18 points de base par mois sur cette stratégie à zéro investissement", indique La Lettre Vernimmen.

La deuxième idée consiste à se pencher sur la capacité de certaines entreprises à maintenir des délais de paiement élevés, de manière persistante, même lors de variations de conjoncture. Selon l’idée précédente, l’augmentation brutale des délais est un signe de difficultés. Mais des délais élevés de manière constante peuvent aussi traduire un fort pouvoir de négociation, représentant un avantage structurel. "Cette fois, la stratégie long/court consiste à acheter les actions des entreprises qui ont cette capacité et à vendre celles des entreprises qui ne l’ont pas. La rentabilité anormale mensuelle obtenue est encore plus forte qu’avec la première stratégie : 35 points de base par mois", souligne La Lettre Vernimmen.

Les auteurs remarquent néanmoins aussi que lorsque les tensions augmentent le long de la chaîne d’approvisionnement, les entreprises aux forts pouvoirs de négociation se retrouvent à souffrir davantage : celles qui subissent les négociations peuvent trouver des opportunités de croissance en répondant à des besoins précis. La crise leur offre des formes d’options réelles, tandis que les autres sont moins adaptables à ces chocs. Une stratégie qui devrait donc rester gagnante, mais non sans risque.

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