Entreprises / Actions / Mersen
Entreprises / Actions
Mersen
Mersen heurte le plafond solaire / Le marché punit l’abaissement des objectifs 2025
La révision est légère, l’onde de choc boursière beaucoup moins. L’action Mersen chutait de près de 18 % à 23,1 euros vendredi après-midi, après l’annonce d’un ajustement de ses prévisions annuelles. En ramenant ses objectifs 2025 dans le bas de la fourchette, le groupe a pris de court un marché qui espérait un second semestre plus porteur. Mersen anticipe désormais une croissance organique des ventes comprise entre – 5 et – 3 %, une marge d’EBITDA courant autour de 16 % – contre 16 à 16,5 % auparavant – et confirme une marge opérationnelle courante entre 9 et 9,5 %. Les investissements industriels sont nettement réduits, à 140 à 150 millions d’euros contre 160 à 170 millions précédemment. La raison ? "Nous n’anticipons pas de reprise sur le marché du solaire d’ici la fin de l’année", explique l'entreprise.
La déception n’est pas que prospective. Le chiffre d’affaires du troisième trimestre, à 285 millions d’euros, recule de 7,8 % en publié et de 4,3 % en organique, alors que le consensus tablait plus haut. "Un chiffre d’affaires du troisième trimestre inférieur à nos attentes de 6,5 %, principalement en raison d’une baisse accentuée pour le pôle Advanced Materials", note le cabinet Oddo BHF, qui réajuste en légère baisse ses estimations de résultat opérationnel courant.
L’ombre du solaire plane sur les matériaux avancés
Le trimestre illustre un net déséquilibre entre les deux pôles du groupe. D'un côté, Electrical Power progresse de 9,8 % en organique au troisième trimestre, porté par les projets en électronique de puissance et une distribution électrique très dynamique en Amérique du Nord. À l’inverse, Advanced Materials recule de 15,3 %, principalement pénalisé par le solaire et les semiconducteurs en carbure de silicium (SiC).
Les produits de Mersen destinés au solaire, notamment les matériaux en graphite et composites utilisés dans la fabrication des cellules et des équipements, dépendent directement des cycles d’investissement des producteurs. En Chine, où se concentre l’essentiel des capacités, la régulation récente de la production et le gonflement des stocks ont entraîné un net ralentissement des commandes. "Il n’y a pas eu de détérioration sur le solaire ; on est à un niveau bas et on ne voit pas de reprise", a résumé Luc Themelin, directeur général de Mersen, lors de la visioconférence de présentation des résultats trimestriels à la presse, pointant la régulation chinoise de la production et la lente absorption des stocks.
Les États-Unis en soutien
A l’inverse, la "forte progression" de la distribution électrique, en particulier aux États-Unis, est portée par les réseaux d’énergie et les data centers, ainsi qu’une solide dynamique dans le ferroviaire, l’éolien et l’électronique de puissance. Ces poches de résilience expliquent que la zone Amérique du Nord demeure bien orientée malgré la faiblesse du SiC, quand l’Asie, alourdie par le solaire chinois et des livraisons plus faibles en chimie, recule nettement.
À propos justement du SiC, "au troisième trimestre, nous avons réalisé environ 10 millions d’euros de chiffre d’affaires sur ce segment. Il sera plus élevé au quatrième trimestre", a indiqué Thomas Baumgartner, le directeur financier, en évoquant de simples "phasages" de livraisons.
Mersen ne produit pas de carbure de silicium, mais fournit les matériaux indispensables à sa fabrication, notamment les graphites et isolants utilisés dans les procédés à très haute température. Ces semi-conducteurs de puissance entrent ensuite dans la production de composants destinés aux véhicules électriques, aux bornes de charge et aux équipements industriels.
Dans les semiconducteurs, le message est double : reprise progressive côté silicium classique, amélioration séquentielle attendue sur le SiC mais à partir d’un "niveau bas", ce qui renvoie la normalisation de la demande au-delà du très court terme. S’agissant du projet p-SiC, qui vise à fabriquer des substrats en carbure de silicium polycristallin pour les semi-conducteurs de puissance, il reste pour l’heure arrimé au tempo des qualifications clients, sans inflexion notable à ce stade, ont précisé les dirigeants.
Capex maîtrisés en attendant des jours meilleurs
Côté discipline financière, la baisse des capex est présentée comme réversible, une adaptation temporaire à la conjoncture plutôt qu’un changement de trajectoire. "Une partie des investissements est simplement reportée, mais la plupart seront relancés plus tard, si nous estimons que les conditions le justifient", a précisé le directeur financier.
Et si l’exercice 2025 semble désormais joué, l’espoir reste permis pour 2026. "Sous réserve d’une amélioration progressive des activités Solaires et SiC ainsi que d’un maintien de l’activité des industries de procédés, le prochain exercice devrait se présenter sous de meilleurs auspices et renouer avec la croissance organique", veut croire Oddo BHF. En attendant, le groupe s’attache à "rester concentré sur les opportunités de marché et sur la génération de cash-flow pour soutenir la performance durable du groupe et atteindre ses objectifs à l’horizon 2029", a indiqué Luc Themelin lors de la visioconférence
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

