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ASML efface les doutes / Porté par l'IA, le géant néerlandais affiche une visibilité renforcée sur 2026
ASML confirme son statut de champion européen de la tech. Portée par un troisième trimestre jugé convaincant, l’action du groupe néerlandais a progressé de 3,5 % en deux jours, confortant une capitalisation boursière de 343 milliards d’euros, la plus élevée d’Europe. Un signal fort pour celle qui incarne le "A" des fameux GRANOLAS, cet acronyme forgé par Goldman Sachs pour désigner les onze géants européens de la croissance.
Le paradoxe est qu’ASML signe un trimestre en apparence contrasté. Le chiffre d’affaires ressort à 7,52 milliards d’euros, soit 2 % sous le consensus, tandis que la marge brute (51,6 %) dépasse légèrement les attentes. Le résultat opérationnel s’établit à 2,47 milliards (+ 2 % vs consensus), mais le bénéfice par action fléchit à 5,49 euros (–5 %) et le free cash flow retombe à 244 millions, bien en deçà des 900 millions anticipés. Le marché a toutefois choisi de se concentrer sur la qualité du carnet de commandes et la visibilité retrouvée.
La technologie EUV au cœur de la dynamique
Le véritable signal de la publication réside dans les prises de commandes, à 5,4 milliards d’euros, en légère baisse séquentielle mais surtout 7 % au-dessus des attentes du consensus. Parmi elles, 3,6 milliards concernent la technologie EUV (Extreme Ultraviolet). C’est sur ce segment qu’ASML fonde l’essentiel de son avance. Ses machines, seules au monde capables de graver les puces les plus fines, sont indispensables aux fonderies TSMC, Samsung et Intel pour produire les processeurs de dernière génération qui alimentent la révolution de l’intelligence artificielle. "Nous continuons à constater un engagement fort autour de l’IA, qui bénéficie désormais à une base de clients plus large, aussi bien dans les puces logiques que dans les puces mémoire", a expliqué le CEO Christophe Fouquet lors de la présentation des résultats.
"Nous voyons une confiance accrue sur les volumes EUV en 2026", souligne Deutsche Bank, citant l’accélération des plans d’investissement du fondeur taïwanais TSMC et des fabricants de mémoire américains Micron et sud-coréen SK Hynix, tous dopés par la vague de l’intelligence artificielle. Profitant de cet élan, ASML anticipe une forte accélération de son activité au quatrième trimestre.
Un "trimestre massif"
Le groupe vise un chiffre d’affaires compris entre 9,2 et 9,8 milliards d’euros, soit une croissance séquentielle d’environ 26 %. La marge brute devrait se maintenir entre 51 % et 53 %, et le résultat opérationnel avoisiner 3,4 milliards d’euros, supérieur de plus de 11 % aux estimations de marché. "C’est un trimestre massif, mais conforme à nos plans", a commenté le directeur financier Roger Dassen, qui table sur une marge annuelle d’environ 52 %. Pour l’ensemble de l’exercice, ASML prévoit une hausse d’environ 15 % de son chiffre d’affaires, à quelque 32,5 milliards d’euros, confirmant la solidité de la trajectoire 2025.
Surtout, la publication marque un tournant stratégique : ASML ne s’attend plus à un repli de ses revenus en 2026, contrairement à ce que la direction laissait entendre trois mois plus tôt. Une inflexion décisive
La question chinoise
Certes, la Chine demeure un facteur de vigilance. Elle a représenté un poids inédit au troisième trimestre, avec 41 % des ventes de systèmes contre 27 % trois mois plus tôt - un niveau appelé à se normaliser en 2026. Le groupe évoque un recul "significatif" de ses ventes dans le pays après deux années exceptionnellement fortes, une évolution qui reflète à la fois la saturation d’une demande chinoise gonflée par des achats d’anticipation en 2024-2025 et l’effet des restrictions américaines sur les exportations d’équipements de lithographie avancée. "L’impact ne sera que partiel l’an prochain, mais nous n’attendons pas de chiffre d’affaires inférieur à 2025", a rassuré Christophe Fouquet.
La visibilité renforcée sur les perspectives d’ASML s’appuie aussi sur une exécution sans faille de sa feuille de route technologique. Le groupe a livré son premier système dédié à l’Advanced Packaging – étape clé dans la miniaturisation des composants – et progresse sur la technologie High NA EUV, encore plus précise. Dans le même esprit, il a annoncé un partenariat stratégique avec la start-up française Mistral AI, dont il a pris 11 % du capital : "Cette collaboration vise à renforcer la performance et la vitesse de nos outils, mais aussi à accélérer notre propre développement", explique Roger Dassen.
Une avance technologique qui nourrit la croissance
Les perspectives de moyen terme demeurent exceptionnellement robustes. "L’élargissement de la base de clients qui bénéficient de la vague IA constitue un point d’inflexion majeur pour le groupe", observe Oddo BHF. La banque souligne en outre la maturité technologique plus rapide que prévu de la nouvelle génération de machines High NA EUV - des systèmes de lithographie à ouverture numérique élargie, capables de graver des circuits encore plus fins -, un progrès confirmé par plusieurs clients.
"Les commandes solides et la dynamique positive de la lithographie confirment la qualité du positionnement d’ASML", estime de son côté Bank of America, ajoutant que les risques sur 2026 "s’orientent désormais à la hausse". Pour ses analystes, la société reste "l’un des plus beaux leviers structurels de l’industrie des semi-conducteurs".
À mesure que l’industrie s’avance vers le 1,4 nanomètre, l’"intensité lithographique" chère à Christophe Fouquet ne cesse de croître, portée par la montée en puissance de l’intelligence artificielle et la densité croissante des procédés de gravure.
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