WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Entreprises / Actions

Entreprises / Actions

Fin du thermique en 2035 : des sénateurs plaident (eux aussi) pour un sursis / Il en irait du risque de conduire l'industrie automobile française dans le mur

Le compte à rebours vers 2035 inquiète les acteurs du secteur automobile, qui semblent par ailleurs pouvoir trouver des appuis du côté des forces politiques. Dans un rapport d’information, la Commission des affaires économiques du Sénat estime, elle aussi, que la France n’est pas prête pour l’interdiction du thermique et recommande d’assouplir cette échéance, afin d’éviter un choc à une industrie déjà affaiblie et en proie à la puissance chinoise.
(Photo by Xose Bouzas / Hans Lucas via AFP)
(Photo by Xose Bouzas / Hans Lucas via AFP)

Les voix s’élevant pour demander à l’Europe de repousser (ou rendre plus souple) l’interdiction, fixée pour l’heure à 2035, de vendre des véhicules thermiques neufs, se font de plus en plus nombreuses. Si les constructeurs plaident en ce sens depuis quelque temps, le chancelier allemand, Friedrich Merz, ne fait désormais lui aussi plus de mystère quant à sa position sur le sujet. Et les recommandations d’un rapport d’information, produit par la Commission des affaires économiques du Sénat, viennent de nouveau tirer la sonnette d’alarme. "Ce rapport ne débouche pas sur une opposition entre le thermique et l’électrique, nous disons simplement que nous ne sommes pas prêts, tant en France qu’en Europe. […] Il faut repousser cette date. Cela doit se faire dans la progressivité, sans dogmatisme, mais avec davantage de réalisme. Nous voulons réduire nos émissions de gaz à effet de serre, mais il faut donner du temps au temps", a indiqué Alain Cadec, sénateur des Côtes-d’Armor (Les Républicains) et co-rapporteur de la mission d’information, lors d’une conférence de presse.

Dans le cadre de cette mission d’information, les sénateurs ont notamment entendu les présidents respectifs de Renault et Michelin, Jean-Dominique Senard et Florent Menegaux, ou encore Luc Chatel, président de la Plateforme Automobile Française (PFA), entre autres trentaine d’auditions. L’enjeu est le suivant : 350 000 emplois directs en France (et près de 800 000 en comptant l’aval, selon les sénateurs). La baisse de la part de la France, dans la production automobile européenne, entre 2000 et 2020, s’affiche par ailleurs à 12 points.

 

Moins de résistance que chez les voisins

 

Les maux qui pèsent sur l’industrie automobile européenne, dans son ensemble, sont aussi exposés. Les crises sanitaire, des semi-conducteurs et énergétique se sont succédé coup sur coup, affectant les ventes de véhicules particuliers."Face à ces chocs, l’industrie française, fragilisée par deux décennies de délocalisations vers les pays à bas coût, a moins bien résisté que celle de ses voisins européens : en 2023, la production domestique était encore de 40 % inférieure à celle de 2019", regrette le rapport, pointant par la suite le "coup de grâce" d’une transition électrique menée à marche forcée, sur un marché pour l’heure dominé par une concurrence chinoise féroce et largement subventionnée. Le pays assurait près des deux tiers de la production mondiale de véhicules électriques en 2023 et ses exportations de véhicules, toujours au niveau mondial, ont plus que quadruplé entre 2021 et 2023, grâce à des voitures au prix de vente inférieurs de 30 % à celui des européennes, pour des produits de qualité au moins équivalente.

Le problème ne se situe d’ailleurs pas seulement sur le plan des véhicules électriques, mais sur l’ensemble de leur chaîne de valeur. "Notre industrie est dépassée par l’avance qu’a pris la Chine sur le plan technologique, elle (en) a entre 10 et 15 ans et notamment sur les batteries. […] Quand nous en produisons 10, les industriels chinois en produisent 1 000. Et tous nos composants viennent de Chine", a remarqué Alain Cadec. C’est en ce sens que le rapport préconise aussi, à court terme, d’imposer des règles de contenu local européen de 80 % pour les véhicules vendus en Europe (sur tous les composants) et de fixer un seuil de 40 % de batteries produites localement en 2035 sur ces mêmes véhicules. Les sénateurs proposent aussi de contraindre les acteurs extra-européens, qui souhaitent s’implanter sur le territoire européen, à procéder à des transferts de technologie.

 

Presque seule au monde

 

"L’Europe, avec la Californie, est le seul espace économique au monde à s’être imposé une telle mesure. Je considère que nous nous tirons une balle dans les deux pieds, ce n’est pas tenable. Le chancelier Merz l’a demandé à la Commission européenne et le demandera au Conseil de l’Union européenne, dans le cadre de la procédure de revoyure (elle aura finalement lieu en 2025, plutôt qu’en 2026, ndlr). Cette décision est suicidaire pour notre industrie, qui n’est pas adaptée. Par contre, la Chine est prête à envahir le marché", a alerté le sénateur. Les recommandations du rapport appellent donc aussi l’Union européenne à relever le niveau de sévérité en matière de barrières douanières à l’égard des véhicules chinois.

Mais aussi de soutenir la demande, de nouveau, à l’échelle européenne. "On voit bien l’intérêt de rouler en voiture électrique", a souligné le co-rapporteur Rémi Cardon (sénateur de la Somme, groupe Socialiste, Écologiste et Républicain). Outre les avantages écologiques, "elles sont moins chères à l’usage. La question est le coût d’entrée. Nous avons besoin d’assurer de la stabilité sur les aides. À titre personnel, je considère qu’il faut aller plus loin sur le leasing social, ce qui pourrait aussi se résoudre au niveau européen. […] Il faut mêler la politique commerciale, la politique de l’offre, mais envoyer également des gages aux consommateurs pour les rassurer", a insisté Rémi Cardon. C’est aussi pour cela que le rapport recommande de mieux flécher les soutiens publics pour favoriser la production de petits véhicules, plus abordables.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article