Macro-économie / Taux
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L’Allemagne tourne la page de la rigueur budgétaire / Un projet de loi de finances 2026 sous le signe de la dette et de l’investissement
L’Allemagne engage un tournant budgétaire majeur. C’est ce qu’a assumé Lars Klingbeil, ministre des Finances, à l’occasion d’un discours du Bundestag où il a présenté le projet de loi de finances 2026. Celui-ci prévoit des dépenses totales de près de 630 milliards d’euros, dont 520,5 milliards pour le budget principal et le reste via des fonds spéciaux. Le gouvernement table sur un emprunt de 174,3 milliards d’euros, soit plus du triple des niveaux observés en 2024. Il s’agira du deuxième plus haut niveau d’endettement jamais enregistré, derrière celui de 2021, en pleine pandémie.
Ces moyens permettront de porter les investissements publics à un niveau record de 126,7 milliards d’euros. Une hausse de 10 % par rapport à 2025, après une augmentation de 55 % déjà constatée cette année. "Nous investissons massivement dans l’avenir du pays, notamment dans les infrastructures, la recherche et le logement", a déclaré le ministre.
Dans le détail, le gouvernement compte investir 166 milliards d’euros dans les routes, les ponts et les chemins de fer d’ici 2029. "Cela fait partie des conditions pour que notre économie puisse croître à nouveau", a-t-il indiqué. À cela s’ajoutent 4 milliards d’euros pour le logement social et 1 milliard pour l’aménagement urbain. Klingbeil a insisté sur le lien entre ces investissements et la cohésion sociale : "L’infrastructure dans ce pays, ce ne sont pas seulement des câbles et du béton. C’est la base de notre vie commune."
Le budget prévoit aussi 17,1 milliards d’euros pour la recherche et le développement, avec pour objectif de renforcer l’innovation industrielle. "Nous voulons que les chercheurs aient plus de temps pour la science, moins pour les dossiers de subventions", a-t-il expliqué, mentionnant notamment le développement des thérapies cellulaires et la lutte contre le cancer par les vaccins à ARN messager.
Le budget de la défense augmente également de manière significative, à environ 82,7 milliards d’euros. Avec les fonds spéciaux, les dépenses militaires atteindront 117,2 milliards d’euros, correspondant à 2,8 % du PIB, au-dessus des objectifs de l’OTAN. Des crédits importants sont également prévus pour soutenir l’Ukraine (8,5 milliards d’euros) et pour alléger les coûts de l’électricité, à la fois pour les industriels et les ménages.
Pour rendre possible cette politique de relance, le gouvernement s’est appuyé sur des amendements constitutionnels adoptés en mars. Ceux-ci ont suspendu partiellement le frein à l’endettement (déficit public structurel fédéral limité à 0,35 % du PIB), en créant notamment un fonds de 500 milliards d’euros dédié aux infrastructures et à la transition climatique.
Au sein de la coalition, certains points restent conflictuels. Le chancelier Friedrich Merz a réclamé 10 % d’économies dans les dépenses sociales, soit environ 5 milliards d’euros, tandis que le projet actuel prévoit une réduction de seulement 1,5 milliard. Des tensions existent également sur les financements des projets de transport, jugés insuffisants par le ministre en charge Patrick Schnieder.
La suite du calendrier budgétaire prévoit une actualisation des prévisions de recettes fiscales le 23 octobre. Le texte devra être adopté par le Bundestag d’ici le 28 novembre.
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