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La Cour des comptes pointe les failles du financement d’EDF à l’horizon 2040 / L’Etat-actionnaire sommé de clarifier sa stratégie industrielle
Pour la Cour des comptes, EDF ne pourra pas financer seul l’un des programmes industriels les plus ambitieux de la décennie sans réviser en profondeur son modèle économique. Et pourtant, selon les projections du groupe à ce stade, c’est bien 460 milliards d’euros qu’il va falloir trouver pour réaliser des investissements sur les années 2025-2040, principalement en France, dont 90 milliards pour la prolongation du parc nucléaire existant, 115 milliards pour la construction de 14 EPR2 (dont 75 milliards pour les six premiers), 15 milliards pour le parc hydraulique (sous réserve d’une issue favorable sur les concessions), plus de 100 milliards pour le réseau de distribution via Enedis, ainsi que 60 milliards d’investissements à l’étranger et 30 milliards via EDF Renouvelables. EDF prévoit également de financer, à hauteur de 30 milliards d’euros, les investissements d’Orano dans l’aval du cycle. À cette enveloppe s’ajouteraient près de 100 milliards d’euros d’investissements prévus par RTE, bien qu’en dehors du périmètre consolidé du groupe.
Une structure financière fragilisée par l’exposition au marché
Problème : selon la Cour des comptes, l’entreprise présidée par Bernard Fontana est trop exposée aux fluctuations du prix de l’électricité. Ses fonds propres nets pourraient varier, selon ses estimations, de 160 à 250 milliards d’euros d’ici 2040, en fonction du marché (entre 50 et 90 euros le mégawattheure). "Par ailleurs, la capacité d’autofinancement d’EDF est aussi conditionnée par les performances opérationnelles du parc nucléaire et la réussite de la prolongation de sa durée de vie. La mise en place de contrats de vente d’électricité de long terme, susceptible de sécuriser une partie des revenus d’EDF, a connu, quant à elle, une mise en place difficile, avec la question délicate du prix, et pour des volumes qui resteront de toute façon limités ", constate-t-elle.
Quant à la formule un temps envisagée - un contrat pour différence (CfD) sur le parc existant -, les Sages estiment qu’elle ne suffirait pas à couvrir les besoins, sauf à exploser la dette ou renoncer à reverser 50 % des bénéfices à l’État.
Des choix de financements publics à préciser
Dans ce contexte, la Cour le dit sans détour : l’État doit trancher. Si le Conseil de politique nucléaire a promis en mars un prêt bonifié couvrant la moitié des coûts des EPR2, cette annonce ne résout ni la question de l’endettement, ni celle du partage des risques entre EDF et l’État, prévient-elle, recommandant que ces modalités soient définies en amont de toute décision finale d’investissement, afin de garantir à la fois une incitation à la rigueur de gestion côté entreprise et une protection des finances publiques.
La Cour des comptes juge également nécessaire de clarifier rapidement la politique de dividendes qu’entend appliquer l’État, désormais actionnaire unique, un élément clé de la trajectoire financière d’EDF.
Autre critique : EDF n’a pas suffisamment remis en cause son périmètre. La stratégie lancée en 2024, centrée sur la génération de cash et la baisse des investissements à l’étranger, reste insuffisante pour la Cour des comptes, considérant qu’une revue stratégique des participations, filiales et investissements est nécessaire pour identifier les actifs pouvant être cédés ou redéployés en cas de tension financière. Selon elle, dans un scénario de prix bas, cette démarche permettrait de concentrer les ressources sur les priorités industrielles nationales.
Le prix de l’électricité, enjeu politique majeur
Et tout repose, in fine, sur le prix de l’électricité, le premier levier de financement pour EDF, rappelle la Cour des comptes, consciente qu’il s’agit aussi d’un sujet explosif, car il impacte notamment le pouvoir d’achat des ménages et la compétitivité des entreprises. Mais là encore, si elle note que l’État envisage de taxer les revenus du parc nucléaire existant pour financer les nouveaux réacteurs. Les futurs EPR2, eux, seront régulés par un contrat pour différence (CfD), les paramètres clés - prix de référence, durée, répercussions sur les consommateurs - restent flous.
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