Macro-économie / Taux
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Pourquoi Fitch Ratings a retiré à la France son double A / Consolidation budgétaire et fragmentation politique ne font pas bon ménage
La France rejoint la Belgique, l’Estonie, Malte ou encore l’Arabie saoudite. Dans les tableaux de Fitch Ratings, sa note de crédit, évaluation de sa solvabilité, est désormais la même que ces pays. L’agence de notation américaine vient de la dégrader d’un cran à A + et la perspective associée est stable.
L’incertitude politique qui sévit au pays des Lumières - cinq Premiers ministres en vingt et un mois - est l’une des raisons ayant poussé Fitch Ratings à prendre cette décision. "Depuis les élections législatives anticipées de mi-2024, la France a connu trois gouvernements différents. Cette instabilité affaiblit la capacité du système politique à mettre en œuvre une consolidation budgétaire substantielle et rend peu probable l’atteinte de l’objectif de réduction du déficit public à 3 % du PIB d’ici 2029, tel que visé par le gouvernement sortant", écrivent ses analystes.
Certes, des mesures de redressement, représentant 0,5 % du Produit intérieur brut (PIB), pourraient être déployées en 2026 et 2027, mais selon l’agence, cela n’empêcherait pas le déficit public de continuer à évoluer au-dessus de 5 % du PIB. Concrètement, ces efforts seraient absorbés par le renforcement des dépenses de défense et l’accroissement des charges d’intérêts.
La France souffrirait également de ce que Fitch nomme des rigidités budgétaires. D’une part, elle met en avant le fait que notre pays dispose du taux de prélèvements obligatoires le plus élevé de l’Union européenne, ce qui laisserait peu de marge pour de nouvelles mesures en recettes. D’autre part, elle estime que les tentatives de réduction des dépenses sociales, au travers de réformes structurelles lors de la dernière décennie, ont donné des résultats limités et se sont heurtées à une opposition politique et sociale importante.
Et Fitch n’est pas de ceux qui jugent que l’élection présidentielle prévue dans un peu moins de deux ans sera nécessairement salvatrice, évoquant une "forte probabilité" de prolongement de l’impasse politique au-delà de cette échéance.
Évidemment, le taux d’endettement public ferait les frais de tout cela. En 2024 (113,2 % du PIB), Fitch fait remarquer qu’il était déjà deux fois supérieur à la médiane des pays notés "A" et qu’il se classe au troisième rang le plus élevé parmi les États des catégories "A" et "AA".
D’après l’agence, il devrait atteindre 121 % du PIB en 2027. Dans le rapport d’avancement annuel (RAA), document qui synthétise les engagements européens de la France sur le plan budgétaire, on peut lire qu’il est censé s’établir à 118,1 % du PIB à cette date. " Cette augmentation de l’endettement public limite la capacité du pays à faire face à de nouveaux chocs sans détériorer davantage les finances publiques", pointe la firme, qui ne perçoit pas d’horizon de stabilisation.
L’apparition ou non d’un effet "boule de neige" vers la fin de cette décennie pourrait être un facteur décisif.
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