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Entreprises / Actions

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Les gains des accélérateurs de Bpifrance, pour les entreprises, ne se démentent pas / Un accompagnement non financier aux retombées bien quantifiables

Les impacts des programmes d’accélérateurs de la banque publique d’investissement, principalement destinés aux PME françaises, n’ont pas perdu en vigueur au fil des années, et ce malgré un déploiement plus massif du dispositif. Un outil permettant de muscler le tissu d’entreprises à l’efficacité quantifiable, tant sur leurs revenus que sur les emplois créés. Et qui représente par ailleurs un poids bien moindre pour les finances publiques, en comparaison à d’autres dispositifs d’aides.
(Photo by Xose Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)
(Photo by Xose Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)

Il est une chose de proposer des programmes d’accélération aux PME françaises, une autre de mesurer concrètement les retombées financières de cette forme d’accompagnement… qui ne l’est justement pas. Quelques années après la parution d’une première étude d’évaluation scientifique ayant permis de quantifier l’impact des "accélérateurs" de Bpifrance, la banque publique d’investissement revient ce jeudi avec de nouveaux chiffres à l’appui, venant confirmer les précédents. Un travail d’évaluation conduit par le cabinet Veltys et ayant repris la méthode économétrique précédemment utilisée – à l’aide, néanmoins, d’un échantillon bien plus large. Il concerne cette fois 1 758 entreprises ayant intégré l’un des accélérateurs de la banque entre 2015 et 2022.

Grâce à des comparaisons avec des entreprises similaires, non accélérées, ayant permis d’isoler l’impact du programme sur la trajectoire économique des sociétés étudiées, le résultat est le suivant : elles ont rencontré un surcroît de croissance de 5 % de leur chiffre d’affaires trois années après leur entrée dans le programme et une hausse de 10 % des effectifs en équivalent temps plein. En moyenne, cela correspond à 761 000 euros de chiffre d’affaires supplémentaires sur la période, et 6 emplois, pour une société accélérée, par rapport à la population témoin. Les retombées peuvent néanmoins varier en fonction du type d’accélérateur, de la taille de l’entreprise ou de son champ d’activité. Par exemple, pour celles opérant dans l’industrie et les services à l’industrie, la hausse des revenus à l’horizon trois ans est de 8 %, tandis que l’impact sur les emplois est de 11 %. "Le déploiement du programme n’a pas induit de baisse de qualité des résultats par rapport à l’étude précédente. Au contraire, c’est un effet constant. Celui sur les finances publiques est en revanche faible : il est estimé, en brut, à 5 000 euros par emploi supplémentaire. Cela n’a rien à voir avec les montants que représentent les baisses de charges ou le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) dont le coût représente quant à lui 20 000 euros, au minimum, par emploi créé", explique à WanSquare Philippe Mutricy, directeur de l’évaluation des études et de la prospective de Bpifrance.

 

Une offre évolutive

 

Dans le détail, les programmes d’accélérateurs de Bpifrance reposent sur un triptyque d’accompagnement : de la formation, du conseil et de la mise en réseau entre dirigeants. Ils se déclinent en une multitude de thématiques, régionales, sectorielles, ou sur certains sujets spécifiques, comme l’export, entre autres. Ils durent généralement deux ans, avec du conseil réalisé selon le calendrier de l’entreprise, et une dizaine de journées par année de formation. "Cela prend du temps, il faut que les chefs d’entreprise en soient conscients et motivés", nous indique Emmanuelle Masson, économiste chez Bpifrance. Une volonté à y participer qui se traduit aussi dans leur engagement financier, puisque ces programmes d’accélération ne sont pas gratuits. Ils représentent un montant brut de soutien public de 30 000 euros par entreprise, en moyenne (les fonds sont fournis par les crédits en la matière octroyés par l’État, les régions, ou encore des fédérations et organisations professionnelles), tandis que le reste à charge pour un dirigeant qui choisirait de les intégrer est d’un montant équivalent.

Les programmes ne sont aussi pas réservés aux clients bancaires de Bpifrance (ils en représentent toutefois les trois quarts), mais intègrent plusieurs critères d’éligibilité – notamment de solvabilité financière, au regard de l’argent public engagé. "Ces programmes ont été, à l’origine, pensés pour les PME prêtes à devenir des ETI. Ils répondent à un objectif de politique publique, celui d’augmenter le nombre d’ETI en France. Les accélérateurs sont finalement faits pour muscler l’économie", précise Philippe Mutricy. Le profil des "accélérés" a néanmoins évolué au fur et à mesure de l’extension du dispositif, selon une analyse de ciblage menée sur plus de 3 600 entreprises ayant été accélérées entre 2015 et 2023. Certes, elles restent majoritairement matures, PME, avec un chiffre d’affaires excédant 10 millions d’euros l’année précédant leur entrée dans ce genre de programme pour 40 % d’entre elles.

D’autres constantes ressortent également : 45 % d’entre elles sont des industrielles – eu égard à des fédérations professionnelles plus actives pour lancer des accélérateurs, ainsi qu’à la stratégie de Bpifrance de mettre l’accent sur ce secteur -, 40 % sont considérées comme innovantes et près de la moitié d’entre elles a une activité d’export préexistante, représentant plus de 5 % de leurs revenus. "La vraie tendance d’évolution est celle de la taille des accélérés, nous avons voulu jouer sur toutes les chaînes du cycle d’évolution des entreprises en allant aussi vers les plus petites. Cela résulte finalement d’un élargissement de notre offre", nous fait remarquer Baptiste Thornary, responsable des études économiques et de la conjoncture de la banque publique d’investissement. La part des entreprises créées plus récemment et profitant de dispositif tend aussi à augmenter depuis 2021.

 

Plusieurs racines

 

Une offre en évolution constante sur laquelle Bpifrance ne compte donc pas mettre de coup de frein. "Ce ne sont pas tant les résultats et l’impact des accélérateurs qui nous étonnent, mais plutôt leur ampleur", se félicite Philippe Mutricy. Plusieurs raisons à cet effet boule de neige généré par cet apport de capital non financier. Tout d’abord, les retombées du conseil et de la formation, que la banque publique a souhaité ouvrir dès 2015 à une population de PME moins habituée (et parfois réticente) à y avoir recours. "Pour une entreprise familiale, par exemple, le conseil peut concerner la transformation du comité exécutif en un véritable espace professionnel, notamment lorsque des hauts cadres de la société ne sont pas des membres de la famille. De même, établir une feuille de route stratégique s’apprend", observe Emmanuelle Masson.

Il y a également l’effet de mise en réseau et d’entraînement, créé par le fait de pouvoir se retrouver dans une promotion de dirigeants aux mêmes problématiques, afin d’échanger des conseils et d’étoffer son carnet d’adresses pour la suite. "La solitude est le premier des problèmes des dirigeants de PME", rappelle Philippe Mutricy. Difficile de savoir, au travers de cette étude statistique, quels mécanismes parmi tous ceux proposés au sein d’un accélérateur sont les plus probants. Il n’empêche que, conjugués, ils produisent ensemble un effet qui ne perd pas en vigueur dans le temps. "Les gains d’efficacité opérationnelle gagnés grâce aux accélérateurs en sont un moteur. Et l’investissement reste guidé par des projections, des anticipations et de la volonté", souligne Baptiste Thornary. Depuis leur création en 2015, les programmes d’accélérateurs de Bpifrance ont en tout cas permis d’accompagner 6 000 entreprises. Le dispositif a rencontré une nette intensification ces dernières années, passant de 60 entreprises accélérées sur l’année 2015, à 950 en 2023.

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