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Derichebourg
Derichebourg secoué par les tensions commerciales / Un avertissement sur résultats mais des relais de croissance intacts
Derichebourg occupe le devant de la rentrée boursière… pour de mauvaises raisons. L’offensive tarifaire américaine a désorganisé les chaînes de valeur des métaux et, à court terme, l’un des champions européens du recyclage en fait les frais. Particularité à garder à l’esprit : son exercice est décalé. C’est bien le second semestre 2024-2025 - d’avril à septembre - qui a encaissé le choc, avec des clients attentistes, des cours de matières recyclées en reflux et un dollar affaibli face à l’euro, trois facteurs qui ont comprimé les marges. À la clé, un avertissement sur résultats et un recalibrage des objectifs annuels.
Le message avait pourtant été encadré dès la publication semestrielle de mai : l’objectif d’excédent brut d'exploitation (Ebitda) courant de 350 miillions d'euros supposait un accord commercial "imminent" avec les États-Unis et un retour rapide des prix et volumes au niveau du premier semestre. L’hypothèse ne s’est pas matérialisée.
Entre droits de douane et dollar faible
Las, l’accord américano-européen n’est intervenu que fin juillet, trop tard dans le semestre pour créer l’effet de rattrapage escompté. Et surtout, les droits de douane restent élevés : 15 % au minimum et jusqu’à 50 % sur l’acier, l’aluminium et le cuivre. "Le regain d’activité économique attendu n’a donc pas eu lieu", constate le groupe, tandis que l’affaiblissement du dollar a mécaniquement pesé sur les prix en euros des ferrailles et métaux non ferreux, rognant les marges.
Le paysage européen n’a pas aidé : Bruxelles n’a, à ce stade, dégainé aucune mesure concrète pour freiner les importations de semi-produits sidérurgiques chinois ou soutenir la production d’acier sur le continent. La consommation de ferrailles en Europe demeure atone ; la Turquie, frappée par la même concurrence chinoise, a peu acheté sur la période.
Dans ces conditions, Derichebourg table désormais sur un chiffre d’affaires compris entre 3,25 et 3,4 milliards d’euros et sur un Ebitda courant de l'ordre de 300 à 310 millions d'euros (contre donc 350 millions d'euros visés initialement). Mercredi, l’action décrochait de 13 % à 5,11 euros en séance, sanctionnant cet abaissement des prévisions. Le groupe a toutefois annoncé l’annulation de 219 633 actions autodétenues (0,14 % du capital) et le lancement d’un nouveau programme de rachat portant jusqu’à 1 % du capital, un geste de nature à soutenir mécaniquement le cours une fois que la poussière sera retombée.
Le recyclage, pilier discret de la décarbonation
D’autant que les fondamentaux structurels restent solides. La montée en puissance de l’aciérie électrique (EAF) - grande consommatrice de ferrailles - offre un compromis convaincant entre coût et empreinte carbone ; l’investissement annoncé par ArcelorMittal à Dunkerque dans une nouvelle EAF en est un signal fort. S’ajoute la place centrale des métaux industriels dans la transition énergétique, où Derichebourg opère sur des niches rentables avec un parc d’actifs "best-in-class" et un maillage territorial difficilement égalé.
Le groupe maintient d'ailleurs ses investissements de développement dans des lignes de tri différenciantes - câble cuivre en Espagne (en complément des deux lignes françaises) et trois unités de traitement de ballons d’eau chaude en France - dont la contribution est attendue à partir de l’exercice 2026. Les dépenses de maintenance, elles, seront étalées, de sorte que l’enveloppe d’investissements reste voisine de 50 % de l’Ebitda courant et que l’impact sur le free cash-flow soit contenu.
Elior, un atout consolidé dans les comptes
Autre levier souvent sous-estimé : Elior. Depuis la prise de participation majoritaire (environ 48 %) et l’apport de Derichebourg Multiservices en avril 2023, ses résultats sont consolidés dans les comptes du groupe. Et pour la première fois, au premier semestre 2024-2025, la restauration collective a apporté une contribution significative au résultat net consolidé. Si la trajectoire d’Elior continue de s’améliorer, Derichebourg pourrait aussi en récolter les dividendes, au sens propre comme au figuré.
Par ailleurs, la direction souligne que la structure financière demeure "saine", préservant la capacité du groupe à investir ou à saisir des opportunités de croissance externe. Une manière de rappeler qu’au-delà d’une année de résistance, Derichebourg conserve les moyens de redevenir offensif lorsque les conditions de marché se normaliseront.
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