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Macro-économie / Taux

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France : ces 350 milliards d’euros qui ont échappé à la consommation / Les secrets de la hausse du taux d’épargne

Entre avril et juin, le taux d’épargne s’est encore accru pour s’établir à 18,9 % du revenu disponible brut, un étiage inédit - hors pandémie - depuis le premier trimestre… 1979. Sur un an, c’est 350 milliards d’euros qui n’ont pas été consommés. Les économistes rivalisent d’explications pour comprendre ce phénomène.
Riccardo Milani / Hans Lucas via AFP
Riccardo Milani / Hans Lucas via AFP

Jusqu’où ira le taux d’épargne des ménages ? Au deuxième trimestre, il s’est élevé à 18,9 % du revenu disponible brut (RDB), soit un sommet - hors pandémie - depuis le premier trimestre 1979, selon les données de l’Insee, après 18,6 % entre janvier et mars. Ainsi, sur l’ensemble du premier semestre 2025, ce ne sont pas moins de 177,6 milliards d’euros qui ont échappé à la consommation (350,2 milliards d’euros cumulés entre le deuxième trimestre 2024 et le deuxième trimestre 2025). Pour mémoire, pendant la décennie 2010, le taux d’épargne atteignait en moyenne 14,6 %.

La composante financière (épargne brute ajustée de la formation brute de capital fixe, c’est-à-dire surtout l’investissement en logement) envoie des signaux encore plus étonnants, s’établissant à 9,8 % du RDB, soit un plus haut - hors crise pandémique - depuis que l’Insee a commencé à la mesurer en 1949, après 9,5 % au premier trimestre. Sur un an, elle a atteint 178,2 milliards d’euros, un montant très légèrement supérieur au… déficit public de la France en 2024.

L’envol du taux d’épargne pendant la pandémie s’explique du fait de la difficulté à consommer. Son maintien à un niveau élevé par la suite est lié à la forte inflation qui a provoqué un effet d’encaisses réelles négatif, générant une volonté des ménages de protéger le pouvoir d’achat de leur patrimoine. Ces deux facteurs ayant disparu, sa réaccélération depuis deux ans interroge. En se concentrant sur la période 2019-2024, les économistes de la Banque de France identifient deux phénomènes importants pour appréhender la dynamique du taux d’épargne brute.

D’une part, les revenus de la propriété - dont les revenus financiers, en raison notamment de la hausse des taux d’intérêt - ont augmenté plus vite que le RDB des ménages (59 %, contre 26 %), à l’inverse des revenus d’activité et des prestations sociales (21 %).

Or, "les revenus financiers ont une propension marginale à être épargnés plus élevée que la moyenne des revenus, en raison notamment de leur concentration en haut de l’échelle des revenus (les ménages plus aisés ayant une plus grande propension marginale à épargner)", soulignent les économistes de l’institut d’émission. Des travaux rapportent que la propension marginale à consommer les revenus financiers est quasi-nulle (leur moindre liquidité joue aussi un rôle).

Par ailleurs, sur la période considérée, la baisse du poids des prélèvements obligatoires rapportés au RDB des ménages aurait elle aussi contribué à l’augmentation du taux d’épargne. "Les allégements de prélèvements obligatoires sont en général davantage épargnés car ils concernent davantage en proportion les ménages plus aisés", notent-ils.

D’autre part, la Banque de France met en avant l’incertitude économique, les ménages ayant pu augmenter leur épargne de précaution pour faire face aux aléas. Une étude de la Direction générale du Trésor estime que l’incertitude, liée au contexte politique à la suite de la dissolution de l’Assemblée nationale, a contribué au net repli de la confiance des ménages à l’automne 2024. Elle a pu favoriser des comportements attentistes en termes de consommation et contribuer au rebond de l’épargne.

Ces deux variables expliqueraient 60 % de la hausse enregistrée entre 2019 et 2024, juge la Banque de France. "La forte augmentation passée du taux d’endettement des ménages peut faire partie des autres explications. La hausse des remboursements des prêts immobiliers requiert en effet une épargne plus élevée pour stabiliser ce taux d’endettement, constituant ainsi une forme d’épargne contrainte", ajoute la Banque centrale.

En s’appuyant sur les données anonymisées relatives aux comptes bancaires d’un échantillon de 180 000 ménages représentatifs de la clientèle de La Banque Postale, l’Insee a apporté un autre élément dans le débat.

L’institut statistique montre que la ventilation croisant la catégorie d’âge avec le quintile de revenu indique que le taux d’épargne moyen a augmenté dans la quasi-totalité des regroupements entre 2023 et 2024, sauf pour quelques catégories parmi les plus jeunes et les moins aisées. Toutefois, quel que soit le niveau de revenu, c’est chez les plus âgés que la hausse du taux d’épargne en 2023 et 2024 a été la plus forte.

De sorte que, "dans l’échantillon de données bancaires mobilisées dans cette étude, les personnes âgées de 65 ans ou plus ont contribué pour environ deux tiers de la hausse du taux d’épargne entre 2023 et 2024", explique l’Insee, qui estime que cela a été causé, en particulier pour les retraités les plus modestes, par les revalorisations de pensions de retraite liées à l’inflation.

En avril, à l’occasion d’une audition par la Commission des finances de l’Assemblée nationale, Jean-Luc Tavernier, alors directeur général de l’Insee, avait mentionné un possible facteur explicatif supplémentaire. "Nous observons des changements de comportements, notamment chez les jeunes et les citadins, qui manifestent moins d’intérêt pour l’acquisition automobile", avait-il déclaré.

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